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Edmond Auguste CALOIN (1874-1950)

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    P. CALOIN (Edmond) né le 22 mars 1874 à Etaples, diocèse d’Arras (Pas-de-Calais). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1892. Prêtre le 27 juin 1897. Parti pour Tôkyô le 4 août 1897. Mort à Shichirigahama le 22 juillet 1950.

    Le P. Edmond Caloin naquit le 22 mars 1874 à Etaples, petite ville du Pas-de-Calais, fière de son passé historique, mais surtout connue comme aujourd’hui par sa station balnéaire dont les palaces et les villas réjouissent pendant l’été les heureux de ce monde.

    Située à l’embouchure de la Canche, la ville possède un petit port de pêche très actif, et le père de notre regretté confrère était un forgeron de la marine assez aisé. C’était une de ces familles patriarcales comme on en trouve encore aujourd’hui dans la région du Nord ; sept enfants ornaient ce foyer : quatre garçons et trois filles. Dans ce parterre, Dieu se choisit trois fleurs : l’aîné et le benjamin Edmond furent appelés au sacerdoce, l’une des filles entra en religion. Cette famille est aussi remarquable par la longévité de ses membres : le P. Caloin laisse un frère et une sœur, tous deux octogénaires.

    Pour donner une idée du milieu, disons un mot de l’aîné, Rédemptoriste très estimé dans la région. Lors de la loi Briand sur les « Cultuelles », un curé du diocèse se rallia au petit groupe de prêtres qui les acceptèrent : une paroisse schismatique était née. L’évêque d’Arras cherchait un prêtre capable de ramener cette paroisse au bercail : tâche difficile, car les paroissiens suivaient tout bonnement leur curé, brave homme mais assez borné. Le P. Caloin demanda et obtint l’autorisation de remplir cette mission. Il se rendit au village, loua une grange, en fit son presbytère et son église et commença son apostolat. Il entra en relations avec la population, essaya d’éclairer les gens et, peu à peu, quelques paroissiens prirent, le dimanche, le chemin de la grange. Le P. Caloin était un peu rigoriste : il réussit à convaincre les habitants qu’ils manquaient leur salut et ces braves gens eurent peur ; l’église fut bientôt déserte le dimanche, tandis que la grange était pleine. Voyant la partie perdue, le curé réfractaire ne s’obstina pas davantage, et muni d’une pension de l’évêché, il s’en alla sans bruit. L’église fut recouvrée, on nomma un curé et le P. Caloin rejoignit modestement son couvent. Les Caloin sont des gens de foi robuste.

    Une grande différence d’âge séparait Edmond de son aîné, et autant celui-ci était sévère, autant le cadet se montrait indulgent ; de là, entre les deux frères une correspondance très amusante ; ils ne s’accordaient sur aucun point, mais ne s’en aimaient pas moins.

    Le Père Rédemptoriste mourut très âgé après une magnifique carrière de prédicateur de retraites, et sur la fin de sa vie, de directeur d’âmes très goûté. Il y avait pourtant des ressemblances entre les deux frères : ils étaient l’un et l’autre assez entiers dans leur façon de penser et tenaces ; la tâche commencée, ils ne l’abandonnaient jamais sans l’avoir menée à bonne fin.

    L’exemple d’un frère religieux et d’une sœur religieuse ne fut pas perdu. Le petit Edmond, turbulent et enclin à la colère, était d’autre part pieux et plein de zèle. A la fin de ses études primaires, il manifesta le désir d’entrer au petit séminaire de Boulogne-sur-mer, situé à une demi-heure de train de chez lui. Il y fut reçu sans difficulté et, paisiblement fit ses six années d’études. En rhétorique, il fit sa demande d’entrée aux Missions-Étrangères. Ses bons parents, qui auraient tant voulu avoir un fils curé dans le diocèse, firent volontiers ce sacrifice.

    Notre confrère vint donc à Bel-Air à l’automne de 1892. Après sa philosophie, il accomplit son service militaire à Saint-Omer, puis entra au Séminaire de théologie de la rue du Bac. Deux ans plus tard, le 27 juin 1897, au comble de ses vœux, il fut ordonné prêtre et le 4 août suivant, il s’embarqua à Marseille pour gagner au Japon la Mission de Tôkyô que ses supérieurs lui avaient assignée.

    Il fut reçu par ses confrères à Yokohama le 19 septembre 1897. Ce fut une joie pour les anciens de recevoir ce jeune homme à l’air affable, à la taille au-dessus de la moyenne et bien charpenté : tout faisait présager une longue carrière. Mgr Osouf le plaça à Sekiguchi, paroisse récente, mais plus indiquée que Tsukiji pour l’étude de la langue, à cause de l’orphelinat de garçons installé au centre même de la paroisse. Le P. Caloin y resta un an. A cette époque, dans un endroit très éloigné du centre, à Matsumoto, le P. Balet junior, se sentait trop isolé ; on jugea bon de lui donner un compagnon à peu près de son âge, et, le P. Caloin lui fut envoyé en septembre 1898. Là, pendant deux ans et demi, il se perfectionna dans l’étude du japonais ; mais tandis que le P. Balet apprenait la langue écrite et les caractères chinois, le P. Caloin approfondissait la langue parlée et arriva à s’en tirer fort bien. La qualité maîtresse du P. Caloin était un solide bon sens qu’il conserva toute sa vie. En 1901, on le chargea du poste de Tôyama, grande ville fanatisée par le bouddhisme et par conséquent très difficile pour l’apostolat. Néanmoins, comme un vrai Caloin, notre confrère y aurait travaillé longtemps dans l’aridité si, en 1903, toutes ces régions n’avaient pas été cédées aux Pères du Verbe divin. Quand le Père quitta Tôyama, il avait dix-sept chrétiens ; or, treize ans plus tard, le missionnaire allemand, chargé du poste, n’en avait plus que onze.

    Au retour de Tôyama, le P. Caloin fut nommé à Chiba. Cette ville formée d’un ramassis de gens venus de Tôkyô, n’était guère plus propice à l’apostolat. Le titulaire y trouva cependant quelques bonnes familles chrétiennes, noyau de la chrétienté qu’il commença à créer à Chiba, en même temps qu’il prenait soin de quelques autres petits postes dispersés dans le département. Il eut à Chiba une vraie vie de missionnaire, mais notre confrère était un grand timide qui n’arriva jamais complètement à vaincre son défaut. Il redoutait d’aller visiter ses fidèles ; il avait toujours peur de les déranger ou bien de n’avoir rien à leur dire ; il ne s’ouvrait parfaitement que dans un milieu ami, tel que ses bons et fidèles chrétiens ou ses confrères. Il était lui-même un très bon confrère qui rendait volontiers service à ses voisins et savait parfois aider discrètement de sa bourse des missionnaires en difficulté. Il aimait les travaux manuels et, durant son séjour à Chiba, il transforma la minable chapelle du début et rendit son presbytère agréable à habiter. En 1912, il fut envoyé à Kôfu, chef-lieu du Yamanashi. Il y avait un groupe important de chrétiens dans la ville même de Kôfu et un autre plus important encore à Yamashiro, dans un milieu paysan qui lui convenait ; mais en 1914, la guerre éclata et le P. Caloin fut mobilisé.

    Il fit la guerre comme infirmier en Charente, à Châteauneuf. Doué du don d’imitation, il revint de la guerre avec un stock d’histoires sur l’hôpital et les personnages qu’il avait connus durant la guerre ; sa façon de les raconter et sa mimique très expressive amusèrent ses confrères pendant de longs mois. Il voyait facilement les défauts des gens, ceux des Japonais en particulier ; mais il aimait beaucoup son pays d’adoption, et, la guerre terminée, il demanda à prendre le premier bateau en partance pour le Japon.

    En août 1919, l’André Lebon le déposait à Yokohama où il resta, chargé de la grande paroisse Saint-Michel à Wakabacho. Jamais il n’avait été si bien servi : c’était six ou sept cents chrétiens qu’on lui confiait, dont beaucoup d’ouvriers venus de Nagasaki. La timidité abandonnait le P. Caloin en chaire ; toute la Mission eut des échos de ses sermons à l’emporte-pièce... Mais ses chrétiens n’avaient affaire à lui qu’après le sermon : « Oh ! disaient-ils, il crie fort, mais il ne ferait pas de mal à une mouche » ; ils l’aimaient bien comme cela et s’ils ne le craignaient pas, ils le suivaient par affection. Le Père était en outre très hospitalier et heureux de recevoir, et il avait justement dans ce centre beaucoup de visiteurs. Tout était donc pour le mieux quand, le 1er septembre 1923, à midi, un terrible tremblement de terre détruisit complètement son église et son joli presbytère, en même temps que la ville entière. Le missionnaire n’eut la vie sauve que grâce à sa présence d’esprit : il se jeta sous son bureau massif qu’il avait justement réservé pour cet usage, le cas échéant. La maison s’écroula sur lui, mais protégé par ce quadrilatère, il put rester indemne et, aidé de son catéchiste, se tirer de sous les débris avant que l’incendie ne soit venu le dévorer. Ce même jour à Yokohama, deux de nos confrères périrent dans le feu.

    Le P. Caloin déblaya et égalisa le terrain et fit bâtir dessus une grande baraque servant de presbytère et d’église ; la reconstruction définitive n’eut lieu que six ans plus tard. Notre missionnaire jouit pendant huit années de ses bâtiments neufs, puis se sentant vieillir, il demanda à aller, comme aumônier, à l’hôpital Sainte-Thérèse, construit et dirigé par les Sœurs japonaises de la Visitation fondées par son compatriote, Mgr Breton. Avant de quitter Yokohama il laissa à sa cuisinière, une femme chargée d’enfants, qui l’avait servi longtemps avec beaucoup de dévouement, une somme d’argent qui lui permit de construire une maisonnette dans la banlieue de Yokohama. Ce geste d’affection à l’égard de domestiques impressionna énormément les Japonais peu habitués à la condescendance à l’égard des petits. En 1945, le P. Caloin quitta les malades pour aller, deux cents mètres au-delà de l’hôpital, remplir les fonctions d’aumônier au noviciat des Sœurs de la Visitation : c’est là qu’il terminera sa vie.

    En juin 1947, on fit au Père de magnifiques fêtes à l’occasion de ses noces d’or sacerdotales ; il fut heureux ce jour-là de voir la sympathie dont il était l’objet de la part de ses confrères. Au printemps de 1950, il commença à se plaindre de divers troubles imprécis, mais il ne fut jamais bien malade jusqu’à la crise d’urémie qui l’emporta le 22 juillet. Il mourut doucement après avoir reçu pieusement les derniers sacrements. Il avait 76 ans.

    Le P. Caloin, retiré dans son couvent, n’avait pas bien suivi la marche des événements et, sur la fin, ne savait plus très bien comment tournait la planète. Quand on lui disait le prix de telle denrée plus que centuplé, il s’écriait : « le monde est fou ». Si on lui parlait de politique : « le monde est fou », répétait-il comme un refrain. Vous ne pensiez pas si bien dire cher P. Caloin, et Pierre l’Ermite vous donnait raison en publiant à cette époque un livre intitulé : « Le monde est fou. » Du haut du ciel, priez pour nous, afin que nous, vos confrères, ne soyons pas de ce monde-là !

     

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    • Numéro : 2300
    • Pays : Japon
    • Année : None