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Jean Edouard CALMON (1906-1981)

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    • Né le 25 août 1906 à Cuzoul – Gramat (Lot) diocèse de Cahors
    • Entré aux Missions Etrangères le 16 novembre 1928
    • Prêtre le 2 juillet 1933 – Destination pour Rangoon (Birmanie)
    • Parti le 18 septembre 1933
    • En Mission de 1933 à 1970
    • Retiré à Gramat de 1970 à 1981
    • Décédé à Gramat le 4 octobre 1981
    • Inhumé à Gramat le 6 octobre 1981

     

    Enfance et jeunesse

     

    Edouard Calmon naquit à Cuzoul, village de la commune de Gramat, le 25 août 1906. Ses parents cultivateurs eurent trois fils: Frédéric l’aîné, puis deux jumeaux, Louis et Jean, appelé habituellement Edouard. C’était une famille modeste vivant de longue date dans les causses de Gramat, pays ingrat qui requiert un travail pénible pour un rendement très moyen. Mais la famille vivait une vie chrétienne simple et profonde. Les pauvres de passage recevaient tous au moins un morceau de pain et même partageaient le menu de la famille. Ces détails nous expliquent déjà des traits du caractère du P. Calmon : savoir se contenter de peu et avoir le souci des pauvres.

    Il fit ses études chez les Frères des Ecoles chrétiennes, à l’école St-Charles. « A peine âgés de six ans, nous prenions tous les deux le chemin de l’école, 5 km à pied matin et soir » écrit Louis, son frère jumeau. A l’âge de 14 ans, il entra au petit séminaire de Gourdon pour y faire ses études secondaires de 1920 à 1926.

    Nous n’avons aucun détail sur la naissance de sa vocation sacerdotale. Mais elle devait être déjà pour lui bien claire car, ses études secondaires terminées, il entra au grand séminaire de Cahors où il ne devait d’ailleurs rester qu’à peine une année scolaire. En effet, c’est au mois de mai 1927 qu’il accomplit son service militaire de 18 mois à Toulouse. Vers la fin du temps de service militaire, il adressa sa demande d’entrée aux Missions Etrangères. Le Supérieur du grand séminaire de Cahors consulté répondit de façon favorable ; dans sa lettre il transcrit les notes données au jeune séminariste Edouard Calmon durant son année au grand séminaire. Sur tous les points envisagés, la réponse est uniformément « Assez bien », et comme note d’examen : « Suffisant. » Le séminariste admis aux Missions Etrangères le 3 novembre 1928 et entré à Bièvres le 16 du même mois, une fois son service militaire accompli, n’était donc pas un « intellectuel de haut vol ». Cependant le bref récit que nous allons essayer de tracer de sa vie missionnaire va montrer quel travail il a accompli et avec quel dévouement ! On peut dire que le Père Calmon fut « un grand bonhomme » !

    En Mission

     

    Ordonné prêtre le 2 juillet 1933, il reçut sa destination pour la Mission de Rangoon, en Birmanie méridionale. Parti de France le 18 septembre, il arriva à Rangoon le 17 octobre. Rangoon est la capitale de ce pays aux races très variées : Birmans, Anglo-Indiens, Tamouls, Carians, Chinois etc. Donc en perspective, pour le missionnaire, plusieurs langues à apprendre.

    Tout d’abord, le P. Calmon commença à étudier l’anglais qui était la langue usuelle pour tout ce qui regardait les relations administratives et de plus était parlée par bon nombre de Birmans, sans compter les Anglais et les Anglo-Indiens. Après quoi, il fut envoyé à Moulmein, puis à Bassein pour s’initier à la langue birmane. Il se trouvait à Bassein quand il reçut de l’évêque, au mois de décembre 1934, une lettre le nommant vicaire du P. Loiseau à Papun, chez les Carians de la montagne.

    Si l’on jette un coup d’œil sur une carte, on voit que Papun est situé dans la montagne à l’est de la Birmanie et relativement proche des frontières de la Thaïlande, à quelques centaines de kilomètres tout de même.

    Pour l’intelligence de ce qui va suivre, faisons un bref historique de la fondation de ce poste de Papun. En 1922-1923, le P. Loiseau s’offrit à l’évêque pour aller fonder une mission en pays carian de la montagne à l’est, région qui n’avait jamais eu de missionnaire. Il fonda d’abord le poste de Theinzeik dans la plaine entre la Salween et le Sitang, non loin de la ligne de chemin de fer qui relie Moulmein à Rangoon. Quand ce poste fut suffisamment implanté et doté de ressources suffisantes, grâce à la plantation de caoutchouc que le P. Loiseau avait créée, il se proposa de pousser plus à l’est avec l’intention de fonder le poste de Papun à environ 100 km au nord-est de Theinzeik. Au cours de ses voyages, il avait constaté que les Carians de la montagne, isolés des autres races et peu touchés par le bouddhisme, avaient gardé leurs qualités premières : sens de l’honnêteté, de la pureté, de l’hospitalité et qu’ils étaient plus encore que leurs frères de la plaine perméables aux enseignements du christianisme. Après avoir obtenu l’approbation de son évêque, le P. Loiseau quitta Theinzeik et se dirigea vers Papun... pour repartir à zéro. Il lui fallut d’abord apprendre une nouvelle langue ; ce fut son premier travail. Puis il commença à bâtir : école, chapelle et maison pour le missionnaire. Tout en assurant son travail à Papun, il continua pendant un an à s’occuper du poste de Theinzeik à plus de 100 km, faisant la navette en charrette à bœufs.

    Papun est un centre d’une certaine importance, siège de l’administration du district. Bien que l’on soit en pays carian, ce sont presque uniquement des Birmans qui administrent le pays et, pour eux, ces pauvres Carians de la montagne sont des êtres arriérés et inférieurs, taillables et corvéables à merci. Cette attitude va d’ailleurs déclencher une rébellion de 1949 à 1953, comme nous le verrons dans la suite.

    Le P. Loiseau fut longtemps tout seul dans son poste excentrique. Au bout d’un certain temps, l’évêque lui envoya un prêtre carian et un missionnaire français, le P. Riouffreyt. Ce dernier, victime du paludisme, dut quitter Papun au bout de neuf mois. Quant aux divers prêtres carians, tous ou presque durent abandonner au bout d’un an pour raison de santé.

    Tel était le poste dans lequel arriva le jeune Père Calmon, le 19 mai 1935. C’était un immense district comptant 60.000 âmes au moins dont environ 3.000 chrétiens. Ces Carians de la montagne vivent en villages épars souvent difficiles à atteindre. Il n’y a aucune route, à peine des sentiers plus ou moins tracés. Très pauvres, sous-alimentés, presque tous illettrés, ils sont encore à cette époque semi-nomades. Pour un oui ou pour un non, ils quittent leur misérable village pour aller s’installer ailleurs, souvent victimes des sorciers qui les menacent des pires malheurs s’ils ne vont pas s’établir dans un autre endroit. Tel était le champ d’apostolat du P. Calmon. Son premier souci et son premier travail fut d’apprendre la langue parlée par les Carians Sgaw : une langue à six tons ! Et le Père n’avait guère d’instruments de travail. Quant au jeune homme qui était son « maître de langue », on ne pouvait guère compter sur lui. Malgré ces difficultés, le P. Calmon s’accrocha de toute son énergie. Il écrit lui-même : « C’est en parlant qu’on apprend à parler et j’ai parlé le plus possible sans me soucier outre mesure des “impairs” inévitables. » En janvier 1936, le P. Loiseau très fatigué dut rentrer en France. Voilà donc le P. Calmon tout seul. L’évêque lui proposa un prêtre carian pour l’aider. Le P. Calmon refusa en disant : « Si je suis seul, je serai obligé de me lancer. » Et c’est ce qu’il fit. « Je voyageais et prêchais chaque jour. » Naturellement il approfondit peu à peu la langue et fut à même d’entreprendre une traduction des Evangiles en carian. Il circule beaucoup et presque toujours à pied et pieds nus, vivant en toutes choses la vie des gens. Il avoua avoir souffert de la faim et aussi bien des fois de la qualité de la nourriture qu’on lui offrait. Un tel aveu dans la bouche du P. Calmon en dit long.

    Malgré toutes ces difficultés, le P. Calmon continuait sa « mission », avec ardeur. Hélas, la guerre allait survenir et anéantir tous ses efforts. La guerre ! Pourquoi la guerre ? Rappelons-nous que les Japonais avaient déclenché la guerre dans tout le Sud-Est asiatique. Après avoir conquis l’Indochine, la Malaisie, la Thaïlande, ils s’attaquèrent à la Birmanie et même plus tard pénétrèrent en Inde. Ils entrèrent en Birmanie de divers côtés venant de Thaïlande et peu à peu progressèrent vers Papun. Donnons un bref aperçu de ce qui se passa : en fin 1941, les troupes britanniques, après quelques escarmouches qui semèrent la panique dans la population, se retirèrent. Dans toute la région on se demanda ce qu’allaient faire les Japonais et les Siamois qui s’étaient ralliés à eux. La population désemparée voulait fuir. Le P. Calmon leur conseilla vivement de rester sur place et de continuer à travailler comme d’habitude. Naturellement pour lui il n’était pas question qu’il quitte son troupeau. Tout se passa à peu près bien jusqu’en février 1943. A cette époque, un détachement de 700 soldats japonais pénétra dans le territoire du district du P. Calmon. Ils voulaient se saisir des Européens et fusiller les missionnaires qu’ils considéraient comme des espions au service des Anglais. L’affaire fut éventée ; le P. Calmon prit ses précautions, et se mit en sécurité dans la montagne. Cette fois les Japonais ne réussirent pas à l’arrêter. Mais ils revinrent et le 14 février 1943, ils pillèrent la mission de Papun et un autre poste, incendièrent le tout. En se retirant, ils proférèrent les plus graves menaces si le P. Calmon n’était pas arrêté et exécuté. Une persécution générale menaçait d’éclater contre les chrétiens. Donc le P. Calmon décida de se livrer pour éviter un plus grand mal. Le 17 mars 1943 il arrive à Papun. Sans plus tarder il est interrogé et on lui réclame des armes qu’il est censé cacher. Mettant alors sur la table son bâton de voyage et son chapelet : « En voici une, mon bâton et voici l’autre, mon chapelet ; ce sont les seules armes que je possède. Si je me suis livré volontairement, c’est que je ne crains pas la mort. Si je dois mourir, que ce soit ici à Papun, au milieu des Carians que j’aime ; c’est la seule faveur que je demande. »

    Alors commence le long calvaire du P. Calmon. Il en a fait le récit dans une brochure intitulée : « Au pays des Carians », publiée en 1958. En voici un résumé : le 26 mars 1943, il est transféré à Thaton, chef-lieu du district voisin. Après de nombreux interrogatoires il fut relâché le 2 avril ; le 6, il était de retour à Papun. Ce ne fut pas pour longtemps, car le 15 avril il était de nouveau arrêté et de nouveau transféré à Thaton. Et les interrogatoires recommencent. Plusieurs Birmans sont également interrogés et torturés pour leur arracher des aveux contre le Père, mais en vain. Le 23 novembre, dans la nuit, il est conduit à la gendarmerie japonaise, étroitement ligoté, puis de là emmené à la gare. Et le 24 novembre dans la matinée, il arrive à Moulmein où il est emprisonné jusqu’au lendemain. Le 25 au soir il partait pour le camp de concentration de Tavoy situé au sud de Moulmein. Il y arriva le 26 novembre 1943.

    Bien sûr, à la mission de Rangoon on avait perdu toute trace du Père Calmon ; tout le monde, plus ou moins au courant des troubles à travers le pays, le considérait comme mort. La nouvelle en fut donnée au Séminaire de Paris comme une quasi-certitude. Sa famille en fut avertie officiellement par une lettre du Supérieur général en date du 16 novembre 1943. Plusieurs messes « de requiem » furent célébrées pour le repos de son âme. Heureusement c’était une fausse nouvelle. Les prières faites pour le P. Calmon l’aidèrent certainement à supporter les épreuves du camp de concentration et à en sortir. Le 10 septembre 1945 c’était la libération et le jour même il arrivait à Rangoon par avion. Dès le 14, il écrivit au P. Robert, Supérieur général. Dans cette lettre, il résume toutes ses épreuves et demande une chapelle portative légère, car il a tout perdu. Cela signifie qu’il n’a d’autre désir que de retourner à Papun.

    Et de fait, une fois suffisamment rétabli, il reprend le chemin de son poste, en fin 1945 ou début 1946. A Papun, tout est détruit ; là où était la Mission, c’est de nouveau la « brousse » qui a poussé. Le P. Calmon se remet courageusement au travail pour relever les ruines matérielles causées par la guerre et reprendre en main son troupeau qu’il visite par monts et par vaux. Peu à peu la Mission de Papun reprend son rythme de croisière : églises, écoles, dispensaires renaissent ; les demandes de conversion se font plus nombreuses, car la conduite du P. Calmon, son dévouement et ses épreuves pendant l’occupation japonaise lui ont conquis le cœur des Carians. Preuve encore plus significative de la vitalité de cette chrétienté, ce sont les vocations qui lèvent.

    Hélas ! en 1949, voici de nouveau la guerre, guerre civile cette fois, entre Birmans et Carians. Le P. Loiseau meurt le 19 mai 1950. Alors le P. Calmon se trouve seul, coupé de toutes communications avec le reste du diocèse. Cette situation va se prolonger jusqu’en 1955. Le 19 décembre 1953, le bombardement de la mission par l’aviation birmane détruit tout pour la seconde fois et sème la mort dans la localité. Mais notons un événement heureux qui s’est produit pour le P. Calmon au mois d’avril 1953. Il reçut la visite du P. Séguinotte, des Pères de Bétharram de la Mission de Chieng-Mai au nord de la Thaïlande, à quelque 300 km de Papun. Un petit voyage de huit jours à pied naturellement et à travers la montagne. Dans une lettre du 16 mai 1953 adressée à la vieille maman du P. Calmon, le P. Séguinotte souligne combien il a été frappé et par le zèle du P. Calmon et par son régime de vie. Le P. Calmon fut d’un grand secours pour la jeune Mission de Chieng-Mai en pays carian. Il passa quelques documents au P. Séguinotte et un peu plus tard lui envoya deux catéchistes carians : ce qui permit aux Pères de Bétharram d’apprendre la langue et de commencer leur apostolat parmi cette population. Le P. Séguinotte rencontra de nouveau le P. Calmon en février 1954 puis en janvier 1955 : grand acte de charité pour le P. Calmon privé de toute communication avec l’extérieur.

    Après les bombardements de la Mission de Papun par l’aviation birmane le P. Calmon se remit à l’œuvre avec un courage invincible, mobilisa toutes ses ressources – et elles n’étaient pas bien grandes – et reconstruisit les bâtiments nécessaires en matériaux légers, en attendant mieux. Tous ces efforts et tous ces tracas avaient altéré sérieusement la santé du P. Calmon. Il se vit donc obligé de prendre un congé en France. Arrivé le 24 mars 1958, il ne tarda pas à gagner Gramat où il fut reçu en triomphe, lui « le mort de 1943 ». Il se reposa visitant parents et amis. Mais il ne perd pas de vue la Mission de Papun. Avec le concours de son frère jumeau Louis, il établit tout un réseau de bienfaiteurs dont les secours généreux et fidèles l’aideront dans ses œuvres diverses chez les Carians. Leur appel retentit à ses oreilles. Aussi, ses 6 mois de congé terminés, il repart sans délai pour la Birmanie. Après un bref séjour à Rangoon, il regagna Papun et se remit au travail avec ardeur. Ainsi commence la troisième étape de la vie missionnaire du P. Calmon (1958-1970). Il porte surtout ses efforts sur les écoles pour ces pauvres montagnards afin d’assurer une formation humaine et chrétienne à ces jeunes Carians. On pourrait dire que c’est là son plus grand souci. Chaque année, il en ouvre autant qu’il peut. Au mois de mars 1969, il écrit : « Cette année nous ouvrirons en mai-juin plus de dix écoles pour lutter contre l’analphabétisme et enseigner la religion aux enfants des catholiques dispersés dans la montagne. »

    Comme on le voit, son activité ne se ralentissait pas, mais au mois d’octobre 1968 le P. Calmon fut frappé d’hémiplégie : grande épreuve pour lui si actif. Il s’en remit peu à peu mais il fut cependant obligé de demander un remplaçant pour faire le travail qu’il ne pouvait plus assurer. Malgré cela il continue à aider dans toute la mesure de ses forces jusqu’au jour où l’évêque et le docteur lui demandèrent un dernier sacrifice, celui de quitter Papun pour rentrer en France. C’est le cœur brisé qu’il laissa « ces pauvres du Bon Dieu » auxquels il avait consacré toute sa vie.

    Arrivé en France 37 ans après son premier départ, il passa quelques jours au séminaire de la Rue du Bac puis, dès le 6 novembre 1970, il gagna Gramat son pays natal. Pris généreusement en charge par le diocèse de Cahors, il se retira au Foyer Pierre-Bonhomme à Gramat où il fut assuré des soins vigilants des Religieuses de N.-D. du Calvaire et du dévouement du personnel. C’est dans cette maison qu’il continua à prier pour ses chers Carians et à travailler encore pour eux en rédigeant dans leur langue de brefs commentaires de l’Evangile. Son frère jumeau Louis veillait aussi sur lui avec grande attention. C’est dans cette maison que le Seigneur le rappela à lui le matin du 4 octobre 1981. On le trouva mort dans sa chambre, agenouillé au pied de son lit, les bras appuyés sur une chaise. Il semblait plongé dans une profonde prière. L’aide-soignante l’interpella ; il ne répondit pas. Il était rentré dans son repos éternel sans bruit, sans déranger personne.

    Ses obsèques eurent lieu le 6 octobre dans la simplicité comme il l’avait demandé dans son testament, mais avec une grande ferveur et aussi une profonde émotion au cœur de tous ceux qui connaissaient le P. Calmon.

    Telle fut dans ses grandes lignes la vie sacerdotale et missionnaire du P. Calmon. Mais ce « curriculum vitæ » est bien insuffisant pour évoquer l’homme, le prêtre que fut le P. Calmon et le travail qu’il a accompli à partir pratiquement de zéro, en terrain neuf.

    Le P. Calmon fut un homme rude dans son aspect, rude dans son genre de vie, se contentant de la même nourriture que les Carians, rude dans ses voyages, ses tournées incessantes dans les villages, marchant toujours pieds nus et couchant là où il pouvait dans les pauvres cases des habitants. Tout cela dénote un esprit et une réalité de renoncement dignes des « pionniers ». Un passage du compte rendu de la Mission de Rangoon le dépeint très bien : « Exigeant pour ses collaborateurs, le P. Calmon commande beaucoup, mais comme il paie de sa personne il entraîne tout le monde dans son sillage. »

    Mais rude ne veut pas dire insensible. Sous cette écorce battait un cœur rempli d’amour pour le Seigneur et le dévouement pour ses Carians, catholiques ou non. Dans son allocution prononcée lors de la messe d’action de grâces célébrée lors de son retour en 1970, il disait : « Pour eux tous j’étais le papa et ils resteront jusqu’au dernier moment de ma vie mes « enfants » auxquels j’ai donné à tous et à chacun tout mon cœur. »

    Ce dévouement apostolique s’est concrétisé de diverses manières. D’abord par une persévérance confiante : deux fois au moins tout a été détruit. Il ne s’est pas découragé ; il a repris son œuvre à la base, reconstruisant église, maisons, écoles. Que ceux qui lisent ces lignes essaient d’imaginer ce que cela représente d’efforts, de courage dans un pays si difficile et avec des ouvriers qui ne savent pratiquement rien faire.

    Un des objectifs constants du P. Calmon fut d’ouvrir des écoles, non seulement au centre de la Mission mais aussi dans les villages de la montagne. Une grande partie de ses ressources était consacrée à cette œuvre des écoles : les établir, les maintenir, payer convenablement les maîtres. De ces pauvres Carians attardés il voulait faire des « hommes debout », leur assurer une promotion à la fois humaine et spirituelle, les « élever » et les mettre à même de défendre leurs droits auprès d’une administration composée en majorité de Birmans qui méprisaient les Carians et avaient fortement tendance à les « brimer ». L’école était aussi et en même temps un puissant moyen d’évangélisation et de formation chrétienne.

    Malgré son dévouement sans mesure, le P. Calmon avait besoin de collaborateurs et collaboratrices, de catéchistes. Il fonda donc ce qu’il appela une « Ecole de Bible ». On y enseignait la Bible, la doctrine, la musique tant grégorienne que profane. Etablie d’abord au village de T’moya, à une centaine de km au sud-est de Papun, elle fut transférée ensuite à Papun même, dans un baraquement près de l’église. Peu à peu des bâtiments mieux adaptés pour cette école furent construits au prix de lourds sacrifices. La bénédiction des locaux eut lieu en 1965. L’école comptait alors 17 élèves. Il y en avait 27 en 1967. Aux matières déjà prévues au programme, on ajouta des leçons d’hygiène et d’histoire de l’Eglise. Puis pour couronner le tout un orchestre fut créé qui animait les grandes fêtes et réjouissait grandement les fidèles venus de leurs lointains villages. En 1968, le nombre des étudiants s’éleva à 36, répartis en groupe de 12 pour chacune des 3 années. Et le jour de Noël 1968, dans l’après-midi, ce fut la remise de diplômes au premier groupe de 12, garçons et filles, ayant terminé le cycle complet. Cette cérémonie eut lieu en présence du P. Calmon encore bien faible, des suites de son attaque d’hémiplégie. Ce fut pour lui une grande joie. Ainsi il était assuré que la mission allait continuer grâce à ces jeunes apôtres et à ceux et celles qui viendraient après eux.

    Le P. Calmon se soucia aussi de sélectionner quelques garçons et quelques filles pour que ces jeunes conquièrent des diplômes et deviennent des « leaders » parmi leurs frères. Les succès ne répondirent pas toujours à ses espoirs. Ces jeunes Carians avaient en effet plusieurs handicaps, notamment leur faiblesse en birman et en anglais. Pour ceux et celles qui ont persévéré se dessinent quelques vocations au sacerdoce et à la vie religieuse.

    Un point des activités du P. Calmon est encore à signaler ; il est d’ordre économique. Dans ce pays, le commerce est surtout entre les mains des Indiens qui n’hésitent pas à pratiquer des prix très élevés. « En 1957, écrit le Père, un Carian païen sans formation mais très honnête recueillit quelques milliers de « Kyats » pour reprendre le projet qui avait échoué avec les Baptistes. Il me demanda mon avis. Je lui conseillai de constituer une coopérative chrétienne catholique. En moins d’un an, sur les articles que nous pouvions fournir, les prix baissèrent de 50 % sur le marché de Papun. Si nous pouvions investir des sommes plus importantes, nous arriverions à procurer à peu près tout et à des prix très réduits aux pauvres gens de la montagne.»

    Telles furent, en résumé, les activités de ce séminariste « moyen » que présentait le Supérieur du grand séminaire de Cahors en 1928.

    On ne peut mieux terminer cette chronique qu’en citant un passage de l’article du P. Séguinotte dans la Revue des Pères de Bétharram, en octobre 1981 : « Le P. Edouard a maintenant reçu la récompense du bon et fidèle serviteur ; auprès de Dieu, il continue certainement à veiller sur nous et à intercéder en notre faveur. Son exemple, le souvenir de son abnégation et de son dévouement au service des pauvres parmi les plus pauvres continueront à stimuler et soutenir nos efforts pour l’extension du Royaume de Dieu chez les montagnards Carians. »

     

     

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    • Numéro : 3489
    • Pays : Birmanie
    • Année : None