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Louis François CAGNON (1850-1908)

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    M. Louis-François Cagnon est né à Sarrières, canton de Ruffieux (Savoie), le 22 décembre 1850. Issu d’une famille foncièrement chrétienne, de bonne heure il entendit la voix de Dieu qui l’invitait à se sacrifier pour le salut des âmes dans la vie apostolique. Il lui répondit en demandant d’être admis au Séminaire des Missions-Étrangères, où il arriva le 14 octobre 1871. Il fut ordonné prêtre le 30 mai 1874, et le 1er juillet suivant il quittait la France pour se rendre dans sa mission, la Cochinchine occidentale.

    M. Cagnon avait, en sa faveur, une physionomie calme, engageante et sympathique. Son caractère s’harmonisait avec ces dehors si prévenants ; il était fait de douceur teintée de mélancolie.

    En l’envoyant à Ba-giông, à son arrivée en mission (1874), son évêque, sans y songer probablement, lui assigne le poste qui semblait cadrer le mieux avec les aspirations et les sentiments de son âme, tels qu’on les pouvait soupçonner alors. Ba-giông est une chrétienté située en bordure de la mystérieuse Plaine des joncs, jungle immense, où l’alluvion du Mékong dépose des richesses que toute la Basse-Cochinchine convoite, sans que personne ait, jusqu’à ce jour, trouvé le moyen facile et pratique de les exploiter. En attendant, elle produit à profusion, comme son nom l’indique, un jonc très résistant, que les habitants de Ba-giông tissent en nattes grossières et vendent, pour ne pas mourir de faim.

    Le P. Cagnon y trouva la pauvreté établie à chaque foyer mais en chaque famille, il trouva, comme contrepoids : l’amour intense du sol natal, comme adoucissement : la religion simplement et fidèlement pratiquée. Pendant dix ans il fut la providence de ces pauvres gens. Il partagea avec eux ses maigres ressources, et, dans les relations de vie patriarcale qu’il entretenait avec eux, son égalité d’humeur, sa placidité étaient telles, qu’on aurait cru que son âme participait au calme profond qui enveloppe toute la nature.

    Sous l’influence de quelles causes contracta-t-il le mal étrange qui modifia si radicalement tout son être ? Nul ne le saura jamais. Lui, vers qui convergeaient toutes les sympathies, se persuada qu’il était entouré d’un réseau de gens mal intentionnés, au premier rang desquels son imagination, oubliant et son esprit et son cœur, plaçait ses meilleurs camarades et ses connaissances les plus intimes.

    Sous la poussée des soupçons pénibles qui l’envahissaient et l’obsédaient, une nature plus expansive eût éprouvé le besoin de consulter, de contrôler, d’accepter surtout le secours et la direction d’un ami. La sienne, un peu concentrée, n’y songea pas. Si l’ami ne s’offrit point de lui-même et ne vint pas à temps pour enrayer le mal, c’est que ce mal, absolument insoupçonné par ses plus proches voisins, n’éclata au dehors qu’au moment où il atteignit au dedans sa période aiguë.

    C’est à cette époque (1884), qu’abandonnant la chrétienté de Ba-giông, il vint se fixer à Tan-an, un de ses petits postes, dont il fit sa résidence principale, parce qu’il était plus populeux et plus central. Si la solitude avait été la cause de son mal, l’animation qui règne en Cochinchine, aux alentours d’un grand marché, allait peut-être opérer une diversion salutaire, et amener une réaction.

    A quelque temps de là, les circonstances occasionnèrent pour lui un autre  changement plus favorable encore : il fut envoyé à Ba-ria (1887), une des belles et bonnes chrétientés du sud-est de la mission. Ce devait être un spécifique souverain contre sa maladie, en supposant qu’elle eût pris naissance au contact d’ennuis passagers, de préoccupations locales, puisqu’il passait d’un quartier à un autre tout différent comme site, comme cultures, comme ressources et comme esprit chez les chrétiens. Il eût pu même voir, en ce changement nouveau, un témoignage de confiance, une preuve officielle du cas que son Supérieur faisait de ses qualités et de son expérience, ce qui n’était que l’exacte vérité.

    Tan-an ne remédia à rien, Ba-ria aggrava son état. Il devint nerveux, irascible, morose, et finalement demanda son retour en France (1892).

    Nous avons longtemps compté sur sa rentrée en Cochinchine; tant de qualités natives, tant de facultés en plein épanouissement ne pouvaient, pensions-nous, sombrer irrémédiablement sous l’attaque d’un mal qui paraissait si incompréhensible dans l’état actuel de la mission. Mais pour si incompréhensible qu’il ait été, il n’en a pourtant pas été moins implacable, et M. Cagnon ne nous est jamais revenu.

    Notre cher confrère demanda et obtint un poste au diocèse d’Autun. Au mois d’août 1893, il fut installé curé de Curdin, dans l’archiprêtré de Gueugnon 1. Par suite de circonstances particulières, cette petite paroisse était privée de curé depuis près de trois ans. M. Cagnon y fut accueilli avec empressement par la population, heureuse de retrouver un pasteur.

    Il y avait bien des choses à réorganiser à Curdin. Le nouveau curé s’y employa avec un zèle aussi prudent que persévérant. Les enfants, les pauvres et les malades étaient ceux avec lesquels il allait de préférence et il ne croyait jamais avoir assez fait pour eux. Dur à lui-même, il savait être d’une extrême bonté pour les autres.

    Ses journées étaient réglées comme celles d’un religieux. Levé de grand matin, il donnait les trois premières heures à l’oraison et aux exercices de piété.

    Dans la journée on le trouvait plus souvent agenouillé devant le très saint Sacrement dans son église qu’en tout autre endroit. « Le curé de Curdin est un saint », disaient les gens qui n’avaient pas tardé à remarquer cette assiduité à la prière.

    Cependant, M.Cagnon souffrait depuis longtemps d’une maladie d’entrailles. Vers la fin de 1997, les médecins diagnostiquèrent une tumeur. Le voyant trop isolé, trop seul, M. l’abbé Butet le pria d’accepter l’hospitalité qu’on lui offrait à l’hospice des forges Campionnet et Cie, à Gueugnon. C’est là que notre confrère s’est éteint doucement, après avoir édifié tous les témoins de ses souffrances, par sa patience et sa résignation. Il mourut pieusement le 19 mars, le jour de la fête de saint Joseph.

     

    1. Nous devons ces notes sur les dernières années de notre confrère à M. l’abbé Butet, archiprêtre de Gueugnon, qui avait su gagner la confiance absolue du pauvre malade. Il fut pour lui  un ami et un soutien. Grâce à la charité de M. Butet, M.Cagnon passa ses derniers jours dans le calme et la paix

     

     

     

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    • Numéro : 1199
    • Pays : Vietnam
    • Année : None