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Étienne Louis CADART (1881-1912)

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    M. Cadart avait apporté de France le germe de la maladie qui le terrassa. Déjà, pendant ses études de langue, il se plaignait d’accès de fièvre lente, qu’il attribuait à une bronchite contractée jadis à la caserne.

    Aussi, au bout d’un an, il fut envoyé au Nord de la Mission, dans l’espoir qu’il y trouverait un climat plus favorable. Le district de Yang-Hien, qui lui était confié, est situé sur la grande route de Tchen-Tou à Tchong-King et Shang-Hai, et tout près de la ville de Tchen-Tou.

    Ravi de pouvoir enfin réaliser le rêve de toute sa vie, il oublie sa maladie qu’il appelait un malaise, pour se donner tout entier au ministère des âmes qui lui étaient confiées. On eût dit qu’il sentait que le temps lui serait mesuré, tant il mettait de soin à l’employer avec profit.

    Son premier compte rendu (1907) accuse un réveil de la foi chez les vieux chrétiens endormis et un mouvement de conversions parmi les païens. En 1908, son zèle reçoit la seule récompense qu’il ambitionne : on agrandit son champ d’action, en adjoignant à son district la préfecture de Tse-Tchéou, qu’il entraîne pareillement dans un renouveau de vie chrétienne et de ferveur.

    Cependant, aggravé par les labeurs du ministère, le malaise général s’accentuait chaque jour davantage. Les docteurs que notre confrère put consulter au passage, l’avertirent du danger qui le menaçait, l’invitant à ménager ses forces et à s’astreindre à un régime régulier. Mais le soldat courageux supporte avec peine qu’on l’éloigne du champ de bataille pour soigner une blessure, pendant que ses frères succombent dans la mêlée. M. Cadart continua donc ses travaux, surmontant avec entrain les lassitudes de la maladie ; un jour, pourtant, devant les progrès inquiétants du mal, il se décida à tenter une cure à l’hôpital de Tchen-Tou. Les médecins constatèrent la gravité du cas, et le Dr Legendre, qui connaissait bien le Kien-Tchang, où il faillit être massacré l’an dernier, lui conseilla d’aller s’y établir, pour y trouver un climat plus favorable à sa santé. Le Kien-Tchang n’étant pas encore érigé en vicariat, M. Cadart n’aurait donc pas eu à changer de Mission. Mais considérant le long et pénible voyage qu’il lui faudrait entreprendre, pour un résultat tout problématique, alors que Dieu semblait lui indiquer sa voie par les bénédictions accordées à ses travaux, il préféra rester au poste où l’avait placé la Providence.

    Après un court séjour à l’hôpital, il revint au milieu de son troupeau pour lui consacrer toutes ses forces. Ces dernières années furent très fructueuses, comme si Dieu eût voulu lui témoigner qu’il acceptait son sacrifice.

    En 1910, Mgr Fayolle, faisant la tournée pastorale dans ces parages, fut frappé du grand nombre et de la ferveur des nouveaux chrétiens qui se pressaient sur son passage, et en même temps de l’insuffisance de la pauvre église de Yang-Hien. Comme témoignage de sa satisfaction, Sa Grandeur promit son aide au pasteur diligent pour la construc­tion d’un nouveau sanctuaire. L’espace manquait sur le terrain de la mission ; il fallait donc acquérir, dans le voisinage, un emplacement convenable, à prix modéré. Le problème n’est pas ordinairement sans difficulté. M. Cadart sut trouver la solution heureuse. Déjà à Tse-Tchéou il avait abordé une question semblable. La mission ne possédait qu’une maison étroite, située en dehors de la ville et exposée aux inondations, et les missionnaires, tentant meilleure opération, s’étaient heurtés à des difficultés inextricables. Plus heureux que ses prédécesseurs, M. Cadart put, dans de bonnes conditions, acquérir une maison spacieuse et bien située. A Yang-Hien ses efforts furent pareillement couronnés de succès. Il acquit, à proximité de sa résidence, un emplacement fort convenable. Déjà les matériaux étaient rassemblés pour commencer les travaux de la nouvelle église, mais Dieu lui a refusé la consolation de l’édifier.

    Malgré l’assistance que lui prêtait un prêtre chinois, ses forces déclinaient rapidement. Au mois de septembre 1912, il rentrait à  Tse-Tchéou après une période de vacances qui semblait avoir procuré une amélioration. Le 13, une attaque de dysenterie se déclarait : malgré les soins dévoués de M. Puech, la faiblesse augmenta de plus en plus. Le cher malade dut partir pour l’hôpital de Tchen-Tou. Bientôt apparurent des complications alarmantes dans l’état des poumons, puis des crises de suffocation survinrent, qui, dès lors, firent prévoir le dénouement fatal. La tuberculose pulmonaire, accélérée par la dysenterie était arrivée à sa dernière période.

    M. Cadart sentait lui-même approcher la fin ; le 13 octobre, assisté de son voisin et ami, M. Dubois, il fit son acte de résignation à la mort et offrit son sacrifice pour ses néophytes, pour la mission et tous ses bienfaiteurs ; puis, se tournant vers Dieu, il demanda les derniers sacrements. Chaque jour, il reçut, dès lors, la sainte communion, et puisa dans l’union à Jésus une patience et une sérénité qui firent l’admiration de tous ceux qui l’approchèrent : son âme attendait en paix l’heure de la délivrance.

    Elle arriva le 20 octobre, à 10 heures du soir. Pendant que ses Confrères agenouillés récitaient les prières des agonisants, l’âme du Missionnaire s’en allait au Ciel rejoindre le cortège des néophytes, auxquels il avait déjà ouvert les portes du Paradis.

    Le corps fut exposé à l’hôpital, dans la chapelle des Religieuses Franciscaines, où un service funèbre fut célébré solennellement, le surlendemain du décès, en présence de nombreux missionnaires et de toute la colonie française de Tchen-Tou. Il repose maintenant parmi ses aînés au cimetière de la Mission de Soui-Fou.

    Jeune encore, M. Cadart est mort à la peine. A son arrivée à Yang-Hien, il n’y trouva qu’un petit troupeau de 650 fidèles ; ce chiffre s’est élevé à 1.250, sans compter les nombreux catéchumènes qui remplissent ses écoles, prêts à entrer dans le bercail de l’Eglise.

    Au point de vue intellectuel et moral, M. Cadart était doué de belles et solides qualités. Intelligent, instruit, il unissait à un jugement droit un grand sens pratique.

     

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    • Numéro : 2857
    • Pays : Chine
    • Année : None