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Marie Théodore CACAULD (1875-1961)

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    CACAULD Marie-Théodore, né le 31 octobre 1875 à Croisances, par Saint-Préjet-d’Allier (Hte-Loire), diocèse du Puy. Etudes primaires chez les Béates au pays natal, puis chez les Frères des Ecoles chrétiennes à Saugues ; études secondaires à l’école apostolique de N.-D de Montciel à Lons-le-Saunier (Jura). Entré aux M.- E. en 1894. Sous-diacre en septembre 1898, diacre en février et prêtre le 25 juin 1899. Parti pour le Szechwan oriental (mission de Chungking) le 26 juillet de la même année. Expulsé en octobre 1951. Décédé à Chatillon-sur-Indre le 9 avril 1961.

    Ce fut avec une douloureuse surprise que les missionnaires de Chungking apprirent le décès de leur confrère le P. Théodore Cacauld. Sa robuste constitution leur paraissait en effet lui promettre de longs jours encore ici-bas. La Providence en avait autrement décrété.

    Fatigué au cours de la Semaine Sainte, notre confrère voulut néanmoins célébrer la messe le jour de Pâques. Ce ne fut qu’à grand’peine, qu’il put achever. Aussitôt après il s’alita pour ne plus se relever. Le docteur diagnostiqua une crise cardiaque et mit tout en œuvre pour enrayer le mal : ce fut sans résultat. Dès qu’ils en furent informés plusieurs membres de sa famille se rendirent à son chevet. Ils le trouvèrent lucide, gai même, heureux de revoir les siens, et entièrement soumis à la volonté divine de quelque manière qu’elle dût s’exprimer. Vers 16 heures le malade perdit connaissance, et sans avoir repris ses sens s’éteignit doucement vers 21 h 30 entre les bras d’un de ses petits neveux séminariste à Mende. C’était le dimanche in albis 9 avril 1961.

    Le P. Cacauld était né le 31 octobre 1875 à Croisances, petite commune du doyenné de Saugues, au diocèse du Puy. Il fit ses études classiques chez les PP. Jésuites à N.-D de Montciel à Lons-le-Saunier Jura et entra laïc à la rue du Bac. Ordonné prêtre le 25 juin 1899, il partit le 20 juillet suivant pour le Szechwan oriental (depuis mission de Chungking) où il retrouva son frère Casimir plus âgé que lui de douze ans.

    Monseigneur envoya le nouveau missionnaire s’initier aux arcanes de la langue chinoise et faire ses débuts dans le ministère à Hopaotchang sous la direction de son aîné, alors curé de cette paroisse.

    Peu après celle des Boxeurs en 1900 à Péking, éclata au Szechwan la persécution du Yumantse aussi cruelle que la première, mais plus courte et circonscrite à quelques sous-préfectures seulement, dont celle de Juintchang à laquelle est rattaché Hopaotchang. L’orage passé, en 1901 le P. Casimir demeure chargé de relever les ruines de sou district et le P. Théodore est envoyé dans une contrée plus tranquille, celle de Kiu dans le nord de la mission.

    La paroisse qui lui était confiée était celle de Tchenkiawuan. Pondéré et prudent, le Père s’attacha d’abord à bien connaître l’esprit et les besoins de son troupeau. Ss bonté, sa simplicité quasi enfantine, ses contacts amicaux avec tous lui attirèrent vite l’estime générale. Aussi, dès la première année de son ministère eut-il la joie de ramener au bercail trois chrétiens qui avaient abandonné la religion et d’inscrire plusieurs familles au nombre de ses catéchumènes. L’avenir lui souriait.

    En 1903 il accuse 24 baptêmes d’adultes et un nombre important d’adorateurs. L’année suivante c’est 93 baptêmes d’adultes qu’il confère et inscrit encore de nombreux adorateurs.

    En 1905 une sécheresse persistante occasionna une terrible famine dans la région. Le missionnaire se porta courageusement au secours des faméliques, les visitant dans leurs demeures et leur distribuant riz et menue monnaie autant que ses modestes ressources le lui permettaient. Sa charité ne tarda pas à recevoir sa récompense. Dans le rapport en effet qu’il adressait l’année suivante à son évêque, le P. Cacauld soulignait que malgré la mortalité et l’exode d’une partie de la population il avait baptisé 134 adultes et 980 enfants moribonds. Et il ajoutait que le nombre des élèves de son école dépassait le chiffre de 200. Quant à celui des chrétiens, il avait doublé en cinq ans.

    Le mouvement de conversions s’accentuant encore, le missionnaire craignit de ne pouvoir seul suffire à la tâche ; aussi demanda-t-il de l’aide à son évêque qui lui adjoignit comme vicaire le P. Mee. Ce prêtre chinois, jeune, pieux et débordant de zèle lui apporta un précieux concours. Toujours par monts et par vaux il ne cessait de prêcher et de catéchiser. Mais la famine avait semé la misère et d’autre part l’élan des conversions ne se ralentissait pas. Il fallait secourir les uns et enseigner les autres. Pour résoudre le problème le P. Cacauld employa les faméliques plus instruits comme catéchistes bénévoles dans les familles de néophytes plus fortunés. Ainsi les uns trouvèrent la nourriture du corps et les autres celle de l’âme.

    Le nombre des catéchumènes grossissant toujours, il fallut pour une meilleure administration songer à diviser la paroisse. Le P. Mee avait acquis un pied-à-terre au marché de Loeultin, il s’y installa en 1910. Toutefois le démon ne restait pas inactif. En 1911 il suscita un apostat dont les menées subversives occasionnèrent bien des tracas et des difficultés aux deux missionnaires. Mais, au lieu de baisser, le nombre des baptêmes augmenta de sorte qu’en 1912 il atteignit le chiffre de 236 et l’année suivante celui de 307. Une seconde division s’imposait ; elle fut créée à Tsinkitchang avec le P. Simon Ouang comme premier pasteur.

    Le P. Cacauld se trouvait ainsi seul à desservir Tchenkiawuan et ses environs immédiats quand l’atteignit la mobilisation générale de 1914. Il confia sa paroisse à un nouveau venu, le P. Yang, et partit pour Péking où étaient convoqués les mobilisés de Chine. A Péking il fut affecté à un poste de garde de la voie ferrée Péking-Tientsin, puis fit partie en janvier 1915 du contingent de mobilisés rapatriés. Dès son arrivée à Marseille il fut dirigé aux le front et chargé comme infirmier de convoyer les trains de blessés dans les divers hôpitaux de l’intérieur. Il conserva cette fonction jusqu’à la fin de la guerre.

    La paix revenue, et malgré l’attachement qu’il avait toujours montré pour les siens (ne se plaisait-il pas en effet à dire qu’il pouvait nommer par son prénom chacun des 130 neveux ou nièces de sa parenté ?), le Père avait hâte de revoir, la Chine. Il s’embarqua en juin 1919, et quelques mois plus tard retrouva son cher Tchenkiawuan. Il devait rester à ce poste quelques années encore, mais le mouvement de conversions qui s’était produit avant la guerre s’était bien ralenti ; le missionnaire profita du calme revenu pour parfaire l’instruction de son troupeau.

    Lorsque quelques années plus tard fut créé le vicariat apostolique de Wanshien confié au clergé chinois, la sous-préfecture de Kiu dont dépendait Tchenkiawuan fut englobée dans le nouveau vicariat. Le Père quitta Tchenkiawuan en 1928 où il avait passé trente années de sa vie de missionnaire pour Chouiiatang. Il trouva là des chrétiens de vieille souche mais pauvres et d’une mentalité toute différente de celle qu’il avait connue à Tchenkiawuan. Néanmoins il sut vite s’adapter et comme à Tchenkiawuan conquérir l’estime et l’affection de ses ouailles. Aussi en 1938 se plaisait-il à témoigner de l’excellent esprit de ses 800 fidèles.

    Au terme de cette année 1938 sa santé laissant quelque peu à désirer, Monseigneur le nomma à Chapinpa, aumônier de l’Institut Ste-Anne pour les écoles des campagnes et il le chargea en même temps de la petite communauté chrétienne des environs. Chapinpa est le centre universitaire de la ville de Chungking. Dans le but d’y créer des œuvres, Monseigneur adjoignit un plus jeune confrère au P. Cacauld puis lui confia un nouveau venu de France pour l’initier à la langue et aux coutumes chinoises.

    Le P. Cacauld avait fêté depuis peu dans la plus stricte intimité le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale quand Chapinpa fut occupé par les communistes, Malgré bien des ennuis, des interrogatoires et des perquisitions, les trois missionnaires réussirent à se maintenir à leur poste pendant un an ; mais en 1950 ils furent chassés de leur résidence et autorises à se replier sur Tsemouchan en pleine campagne, non loin de Chungking. Le curé du lieu les accueillit les bras ouverts. Pendant quelques mois ils jouirent ensemble d’une totale liberté. Mais un jour se présentèrent deux tout jeunes soldats en armes qui, au nom de la police, venaient leur signifier que désormais ils ne devaient plus sortir de la maison. Ils étaient amis en résidence surveillée avec deux “anges gardiens” à la porte d’entrée. Cette situation dura plus de six mois. De temps à autre la police les appelait en ville pour divers interrogatoires. Enfin, en 1951, au mois d’octobre, sans autre forme de procès, la police les convoqua pour leur intimer l’ordre d’avoir à quitter le territoire chinois. Ils furent tous les quatre embarqués à fond de cale sur un petit vapeur fluvial jusqu’à Hankeou puis dirigés par voie ferrée jusqu’à Hongkong. Ils ne devaient plus revoir la Chine, le rideau de bambou était tombé derrière eux.

    Après quelques mois de repos en famille d’abord, puis à Voreppe, le P. Cacauld accepta le poste d’aumônier à l’hôpital-hospice de Chatillon-sur-Indre que lui proposaient ses supérieurs. Il se montra là, comme durant toute sa vie missionnaire, tout entier fidèle à ses devoirs d’état et s’acquit vite l’estime de tous. Deux témoignages le prouveront. C’est d’abord le nom de “bon Père” sous lequel il était uniquement connu par la population de Chatillon et c’est ensuite la volonté de cette même population qui voulut lui faire de solennelles funérailles auxquelles elle assista nombreuse ayant à sa tête son conseil municipal au complet.

    Si le P. Cacauld n’avait jamais exprimé de désir sur le lieu où il souhaitait reposer après sa mort, toute sa parenté fut d’accord pour ramener au pays sa dépouille mortelle non pas à Croisances mais tout près, dans la commune d’Alleyras où l’un de ses neveux possède un caveau. C’est donc à Alleyras qu’eurent lieu les obsèques le 12 avril en présence de tous les siens, neveux ou petits neveux, du délégué de Mgr l’évêque du Puy, son premier vicaire général qui prononça l’oraison funèbre du défunt, d’une vingtaine de prêtres du voisinage et de trois missionnaires représentant la Société des Missions-Étrangères et dont l’un célébra la sainte messe.

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    • Numéro : 2425
    • Pays : Chine
    • Année : None