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François Ferdinand CABIRAN (1876-1930)

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    M. CABIRAN (François-Ferdinand), né à Faget-Abbatial (Auch, Gers), le 6 septembre 1876. Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Etrangères le 27 novembre 1897. Prêtre le 24 juin 1900. Parti pour Kumbakonam le 25 juillet 1900. Mort à Bangalore le 8 janvier 1930.

    « L’homme naît pour la douleur comme l’oiseau pour le vol. » Cette observation du saint homme Job s’est vérifiée de frappante manière dans la vie de M. Cabiran, vie qui fut un martyre à petit feu, un long chemin de croix aboutissant au Calvaire.

    Après avoir commencé l’étude du latin chez le curé de sa paroisse, M. Cabiran entra au Petit Séminaire, en classe de cinquième ; son intelligence, son esprit de travail, le classèrent parmi les bons élèves Excellent camarade, studieux et surtout très pieux il fit partie de la Congrégation de la Sainte Vierge, qui se recrute parmi l’élite des élèves. Après sa rhétorique, il entra au Grand Séminaire d’Auch ; il y fit sa philosophie et y reçut la tonsure. Malgré l’opposition de sa famille et de son curé que contrariaient ses idées de vocation missionnaire, il s’en fut frapper à la porte du Séminaire des Missions-Etrangères de Paris. Au moment des adieux, la porte de la maison paternelle lui fut fermée, sa famille refu­sant de le recevoir et d’avoir désormais avec lui aucune relation ; cet ostracisme  dura dix ans et ne cessa que lors de son retour en France pour refaire sa santé délabrée. A cette très dure épreuve morale, les souffrances physiques s’ajouteront bien vite.

    M. Cabiran, bien que n’ayant jamais fait de grave maladie, n’était pas robuste ; il fut toujours chétif au Petit et au Grand Séminaire à la rue du Bac, il dut s’astreindre à un régime spécial, et le docteur de la maison douta de son aptitude au travail dans les Missions, parmi les labeurs et les fatigues. On jugea pourtant que le climat des Indes, loin de lui nuire, ne pourrait que lui faire du bien, et c’est ainsi qu’il fut affecté à la Mission de Kumbakonam.

    Cette Mission venait d’être détachée de Pondichéry ; elle comptait une population de 90.000 catholiques et ne possédait qu’une quinzaine de missionnaires et autant de prêtres indigènes ; du renfort s’imposait ; aussi le Séminaire de Paris, sur les instances pressantes de Mgr Bottero, premier Evêque de Kumbakonam, en­voyait-il quatre nouveaux missionnaires à la nouvelle Mission ; M. Cabiran était du nombre.

    Après quelques mois d’apprentissage chez un ancien pour se mettre au courant de la langue tamoule, comme aussi des us et coutumes du pays, M. Cabiran fut jugé par son Evêque capable de diriger une chrétienté. Il occupa successivement les postes de Mikelpatty, de Vadavickam, de Yercours ; malgré son état maladif, il parvint à faire face aux exigences du ministère et à maintenir l’ordre et la discipline parmi ses chrétiens, il eut même la force de construire deux chapelles, l’une avec dôme, l’autre avec campanille.

    Les difficultés ne lui manquent pas ; les qualités qu’il tient de sa province natale, cette finesse d’esprit, cette fertilité de ressources et même d’habiletés dont elle est, paraît-il, si bien pourvue, lui servent grandement dans ce milieu à mentalité si complexe, tout en réticences et en détours : bref, ses bons Indiens trouvent à qui parler. Et puis sa connaissance du tamoul, tel qu’il est parlé, lui permet de tout saisir, son oreille perçoit toutes les nuances, et le ton nasillard de sa parole les reproduit fidèlement. Bien doué du côté de l’esprit, il a vite saisi les divers aspects d’une question, et vite aussi trouvé le joint qui s’impose : aussi ses avis sont recherchés, même au conseil épiscopal, dont il est membre.

    Petit à petit, les forces de notre confrère déclinaient : la phtisie se déclara, il lui fallut rentrer en France. Un traitement bien suivi paraissant enrayer les progrès du mal, il put rendre quelques services, soit à la procure de Londres, soit à celle de Marseille. Repris par la nostalgie du pays d’adoption, il retourne dans l’Inde et obtient du service actif, se croyant bien assuré de tenir longtemps. Il se faisait illusion : la tuberculose, si énergiquement combattue en France, reprend de plus belle, ses ravages s’étendent à tout l’origanisme, le mal de Pott se déclare. Notre malade est obligé de quitter tout ministère ; il se retire à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore, où les bons soins des religieuses du Bon-Pasteur prolongeront sa vie et son martyre de neuf longues années.

    Ces années furent pour M. Cabiran comme autant de stations d’un chemin de croix, comme autant d’étapes vers le Calvaire, qu’il eut à gravir lentement, se consumant peu à peu, s’offrant lui-même en holocauste au Divin Maître. Sur cette période crucifiante, laissons parler celui qui fut son compagnon d’hôpital et son directeur spirituel, en mesure de suivre pas à pas cette belle âme dans ses luttes et dans ses progrès  vers le terme final.

    « Je suis heureux de vous fournir quelques détails sur la vie et la mort du regretté M. Cabiran ; j’ai été son compagnon et son directeur durant ces huit dernières années de sa vie. M. Cabiran avait la réputation d’être très vif de caractère ; aussi, quand il arriva à l’hôpital en 1921 avec une maladie douloureuse et incurable, craignit-on qu’il ne lassât la patience de ceux qui devaient le soigner. Dès le commencement, le médecin lui déclara qu’il souffrait du mal de Pott, et qu’une maladie longue et très pénible était devant lui. Tout le monde fut agréablement surpris de la façon calme et courageuse avec laquelle il accepta l’épreuve. La vivacité naturelle de caractère se laissait voir de temps en temps, mais elle était bien vite réprimée pour faire place à une patience et une résignation qui doivent avoir fait l’admiration des Anges eux-mêmes.

    « Le mal de Pott, qui depuis une année déjà lui rongeait l’épine dorsale, gagna graduellement les os des bras et des jambes, ceux de la tête, et enfin la langue, les reins, et la vessie ; tout le corps était pris, le cœur seul était intact. Les poumons étaient atteints depuis longtemps, la tuberculose étant active et causant de fréquents crachements de sang. Le médecin et les bonnes Sœurs infirmières firent tout ce qui était en leur pouvoir pour diminuer les souffrances du pauvre malade ; sur l’avis de son directeur, il accepta de prendre tous les soulagements que la science médicale mettait à sa disposition ; malgré tout, ce qu’il endura de souffrances physiques et d’angoisses durant ces huit années défie toute description.

    « Sa patience était vraiment héroïque, et il refusa constamment de demander au Bon Dieu de diminuer ses souffrances ou de le guérir : « Si le Seigneur, disait-il, veut me guérir pour que je puisse encore travailler pour lui, j’accepte la guérison avec reconnaissance, mais je ne veux pas le lui demander ; que sa volonté soit faite en tout, et comme il le préfère ; je ne veux  l’importuner par mes prières de peur de gêner en quoi que ce soit l’action de la divine Providence sur moi. » Avec le consentement de son directeur spirituel il persévéra dans cette attitude héroïque. Dans les derniers mois, la maladie attaqua les yeux, la lecture lui devint à peu près impossible, et il dut renoncer, à son très grand regret, à la récitation du bréviaire qu’il remplaça journellement par autant de chapelets qu’il pouvait en dire. L’approche de la cécité complète l’effraya, car elle lui aurait enlevé la possibilité de célébrer la sainte messe, la grande consolation de sa vie, et il consentit à prier Dieu de lui épargner cette dernière épreuve : « Cependant, disait-il, si le Bon Dieu veut que je devienne aveugle tout à fait, j’accepte cela, avec le reste, de sa main divine. »

    « La première année de son séjour à l’hôpital, M. Cabiran avait obtenu du Souverain Pontife par l’intermédiaire du Délégué Apostolique Mgr Pisani, la permission de célébrer assis. Même dans ces conditions, la célébration des saints mystères causait souvent au cher malade des douleurs terribles qui l’épuisaient complètement, mais à moins d’impossibilité absolue, il n’omettait jamais de célébrer. Plusieurs fois il eut des scrupules, se demandant s’il ne ferait pas mieux d’omettre la célébration de la messe en raison de son impossibilité à observer toutes les cérémonies ou à concentrer suffisamment son attention sur les prières ; son directeur le tranquillisa, lui conseillant de continuer à dire la sainte messe avec toute la dévotion dont il était capable et de s’en remettre à Dieu pour ce qu’il n’était pas capable de faire.

    « Pour ses méditations, il s’attachait de préférence à la Passion de Notre-Seigneur et à la Sainte Eucharistie ; l’idée de la récompense l’attirait peu, c’était surtout l’amour du Sauveur qui l’impressionnait, et c’était l’amour de Dieu pur et désintéressé qui le guidait dans ses actions et dans l’acceptation sans réserve de toutes les épreuves qu’il plaisait au Seigneur de lui envoyer. Se tenir uni à Notre-Seigeur souffrant et se donnant tout entier pour nous était le but de toutes ses oraisons et de tous ses efforts ; aussi fit-il de rapides progrès dans la voie de la contemplation ; Dieu le favorisa de grâces extraordinaires : Notre-Seigneur daigna lui apparaître nombre de fois pour le réconforter dans ses terribles douleurs ; apparitions non corporelles, mais visions intellectuelles, que le malade recevait en toute humilité et qui faisaient déborder son cœur de gratitude envers Dieu « si bon, si bon pour lui », comme il disait et aimait à répéter.

    « Vers la fin de décembre, de violents maux de tête et une somnolence presque invincible annoncèrent une crise. Le 1er janvier 1930 au soir, une congestion du cerveau et des poumons enleva sa connaissance au malade ; je lui administrai les derniers sacrements ; vers dix heures du soir il reprit assez de connaissance pour recevoir très pieusement le Saint Viatique. Les jours suivants se passèrent dans un demi coma ; une seule fois il reprit assez de connaissance pour recevoir encore la sainte communion. Enfin, le 8 janvier, après une agonie assez longue, il expirait doucement vers les 9 heures du matin ; il sembla avoir eu sa pleine connaissance jusqu’à la fin, car chaque fois que je lui présentais le crucifix, il le baisait avec grande piété.

    « M. Cabiran fut un modèle héroïque de patience dans des souffrances longues et extrêmement vives, et d’union complète et continue avec la sainte volonté de Dieu. »

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    • Numéro : 2506
    • Pays : Inde
    • Année : None