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Jean-Baptiste CABANNE (1880-1910)

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    Jean-Baptiste Cabanne était entré au Séminaire de l’Immaculée-Conception de Bièvres, le 17 octobre 1902. Ses études cléricales, commencées au Grand Séminaire de Bayonne, dans son diocèse d’origine, où il avait reçu la tonsure et le premier ordre mineur, étaient déjà avancées : il pouvait légitimement espérer une date prochaine à son départ pour les Missions.

    Mais, malgré les apparences d’une robuste constitution, sa santé était chétive, et la maladie le visita fréquemment, soit à Bièvres, soit à la rue du Bac, si bien que, après son ordination à la prêtrise, qui eut lieu le 26 février 1905, il fut autorisé à prendre du repos avant de pouvoir songer à affronter les fatigues du ministère.

    Les soins qu’il trouva dans sa famille, et l’air du pays natal contribuèrent à le rétablir. A son retour au Séminaire, il reçut sa destination pour la Mission de Kumbakonam et s’embarqua le 26 septembre 1906.

    Viragalur fut le premier poste où s’exerça son zèle. M. Cabanne, d’un tempérament naturellement ardent, apporta dans ses essais d’apostolat tout l’élan et l’enthousiasme d’un débutant heureux de mettre en jeu sa grande activité. Il avait d’ailleurs raison d’être satisfait : car il ne pouvait souhaiter un milieu plus favorable ni une meilleure école, pour apprendre la langue du pays, sous la direction de son curé, et s’initier aux us et coutumes des Indiens. Il se mit courageusement à l’étude du tamoul.

    La pénurie de missionnaires obligea son Évêque à le retirer de Viragalur au bout de deux ou trois mois pour le placer à Mollatoar, où il resta peu de temps. Il fut ensuite transféré à Uttamanur qu’il quitta bien vite aussi pour prendre la direction du poste important, mais difficile, de Coneycoody. Ce district avait une population catholique de près de 3.000 chrétiens, dispersés dans une quinzaine de villages assez pénibles à desservir. Les gens de Coneycoody n’étaient pas précisément dévots ni très dociles : disons aussi que plusieurs parias, subissant l’influence de leurs maîtres païens, faisaient encore quelquefois la part du diable. Le champ confié au jeune Missionnaire était vaste et le travail abondant. M. Cabanne, aussitôt installé, lui donna tous ses soins. Son unique désir était d’amener ses chrétiens à une vie meilleure : il se dévoua corps et âme pour arriver à son but.

    Bien que la langue du pays ne lui fût pas encore très familière, il fit tout son possible pour les instruire. Il ne se lassait pas de donner de bons conseils à ceux avec qui il avait l’occasion de s’entretenir. Il était surtout assidu à procurer les secours de la religion aux mourants. Rien n’était capable de l’arrêter quand il s’agissait d’aller administrer un malade. Aussitôt averti, il se mettait en route, et, plus d’une fois, il a fait de nombreux kilomètres à travers les rizières, en plein soleil, pour aller assister un chrétien en danger. Les enfants étaient, de sa part, l’objet d’attentions spéciales. Il s’appliquait à leur apprendre les prières et le catéchisme et son bonheur était de leur donner la sainte communion.

    Pour arriver plus sûrement aux âmes, il s’était fait le médecin de ses paroissiens. Il n’épargnait ni sa peine, ni son argent, pour leur donner les médicaments nécessaires. Sa charité était sans limites, et il lui arriva souvent, en temps de choléra, de porter lui-même, plusieurs fois dans une nuit, des remèdes aux malades.

    Notre Confrère avait une grande dévotion à Notre-Dame de Lourdes. Son rêve était de lui élever une petite chapelle. Il avait déjà entrepris cette œuvre, que la mort ne lui a pas laissé le temps de mener à bonne fin. Sa grande joie fut la conversion de quelques protestants et de plusieurs païens. A l’égard de ces nouvelles recrues, il était d’une générosité extraordinaire ; il donnait sans compter.

    Avec ses Confrères, M. Cabanne était charmant, plein de charité. Il était le boute-en-train de toutes les réunions : lui présent, on était sûr de ne pas trouver le temps long. Il avait d’ailleurs de nombreuses histoires à raconter. Il est vrai qu’il racontait souvent les mêmes ; mais il y mettait toujours une variante, qui faisait croire que l’histoire était nouvelle.

    Quoique d’une santé délicate, il travaillait avec ardeur et ne se plaignait jamais ; personne ne pensait qu’il dût si tôt nous quitter. Le 25 janvier 1910, il vint à Kumbakonam assister au jubilé du vénéré Mgr Bottero. Il était encore très dispos et nous égayait par ses bons mots. De retour dans son district, il se sentit, à la suite d’une légère imprudence, sérieusement indisposé. Il ne crut pas à la gravité du mal, s’administra lui-même quelques remèdes, et, plein de confiance, attendit le résultat de ce traitement sommaire.

    Malgré la fatigue qu’il éprouvait, il se crut obligé d’aller dans des villages éloignés administrer des malades en danger de mort. Ces courses l’abattirent : « Je ne suis pas bien, écrivait-il alors ; je vais mieux que la semaine dernière : cependant, si vous pouvez venir me voir, vous me ferez plaisir. » « J’allai donc chez lui, raconte le Confrère à qui était adressé ce billet. Il était fatigué : mais rien de grave n’apparaissait. Je passai deux jours en sa compagnie, pendant lesquels il fut aussi gai qu’auparavant. Je revins chez moi, et, pendant quinze jours, je n’eus pas de ses nouvelles. J’étais per­suadé que tout allait bien.

    « Le samedi soir, 11 mars, je reçus un nouveau billet : « Je suis au lit depuis deux jours ; je ne vais pas bien du tout ! Venez me voir, lundi ! »

    « Le dimanche matin, quelque temps avant la messe, un courrier arrivait de Coneycoody, disant que le Père était tout à fait mal et qu’il me réclamait tout de suite. Je célébrai immédiatement le saint sacrifice, et je partis pour Coneycoody où j’arrivai à midi. Je trouvai le Père très malade, mais nullement abattu. Ce qui me frappa surtout, ce fut la froideur des mains : elles étaient glaciales. Il ne pouvait supporter aucune nourriture : l’estomac rendait immédiatement tout ce qu’il prenait.

    « Il m’exprima, lui-même, le désir d’aller à Trichinopoly consulter un docteur européen.

    « Effrayé de son état, je lui dis alors que nous pourrions très bien partir dans la soirée et arriver à Trichinopoly le lundi matin. « Le plus tôt possible sera le meilleur ; nous saurons, au moins, à quoi nous en tenir. » Des voitures furent préparées et nous partîmes. Nous arrivâmes à Trichinopoly le lundi à 11 heures. Le doc­teur, appelé aussitôt, venait vers midi. Il examina le malade minutieusement, lui posa quelques questions et ne dit rien. Ce mutisme donna quelques soupçons au Père sur la gravité de son état.

    « A 4 heures, le docteur revint et diagnostiqua une occlusion intestinale : il déclara que notre cher M. Cabanne était perdu, car une opération lui paraissait inutile, vu sa faiblesse extrême. Il voulut cependant consulter ses collègues. Un autre médecin ayant exprimé quelque espoir de sauver le malade, il fut décidé que l’opération aurait lieu.

    « Le Révérend Père Supérieur des Jésuites, informé de la présence et de la situation du Missionnaire, arriva aussitôt et se proposa lui-même pour l’avertir du danger. Sa tâche fut aisée : M. Cabanne ne manifesta aucune crainte, fit preuve d’une grande résignation à la volonté de Dieu, et, bien loin d’être ému, il trouva même le mot pour rire. Le Père Supérieur, émerveillé de cette gaieté, déclara ensuite que jamais il n’avait vu mourir quelqu’un si gaiement.

    « M. Cabanne donna alors quelques indications au sujet des comptes des différentes églises et se prépara à recevoir les derniers sacrements. Il communia en viatique avec grande ferveur et grand amour, demanda humblement pardon des peines qu’il aurait pu causer à ses Confrères et des mauvais exemples qu’il aurait pu leur donner. Il répondait lui-même aux prières. A 8 heures, il fut mis sur la table d’opération. Il fit alors un grand signe de croix : tout le monde admira encore son calme parfait.

    « Hélas ! ce qui avait été prévu arriva ; il ne put supporter l’opération, conduite d’ailleurs très habilement. Malgré les soins de trois docteurs européens, la vie s’en allait : il reprit ses sens, mais il lui était difficile de parler. A minuit, il parut évident qu’il ne lui restait que quelques heures à vivre. A 1 h. ½  , nous dîmes les prières des agonisants. Le Père Supérieur lui suggérait quelques bonnes pensées et le regard du malade témoignait qu’il comprenait. Enfin, sans souffrances apparentes, il rendit le dernier soupir à  2 h. 10 minutes après minuit.

    « Un télégramme, envoyé aussitôt à l’évêché de Kumbakonam, apporta la triste nouvelle qui consterna évêque, missionnaires et chrétiens. Le Procureur de la Mission prit le premier train en partance et put assister à l’enterrement. Les Missionnaires les plus rapprochés de Trichinopoly furent également avertis et se firent un devoir d’être présents aux funérailles. L’inhumation eut lieu à 5 heures du soir, le mardi. Douze prêtres accompagnèrent notre regretté Confrère à sa dernière demeure ; l’église était remplie de fidèles. »

     

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    • Numéro : 2876
    • Pays : Inde
    • Année : None