Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Jean-Marie BURNICHON (1869-1931)

Add this

    Né le 26 janvier 1869 à Ronno, canton d’Amplepuis, au diocèse de Lyon, M. Burnichon était le second d’une famille qui comptait treize enfants vivants au moment de son départ pour les Missions. Lui et deux sœurs religieuses furent la part de Dieu dans ce foyer vraiment chrétien. C’était toujours avec une espèce de dévotion qu’il parlait de cette chère famille, des petits neveux et nièces qu’il n’avait jamais vus et qui venaient bien souvent grossir l’effectif de la « tribu Burnichon » , ainsi qu’il aimait à appeler sa nombreuse parenté.

    L’enfant prit auprès du vicaire de sa paroisse quelques leçons de latin. Il entra au Séminaire de Saint-Jodard, et ce fut là une grande joie pour sa pieuse mère ; son père le laissa partir, mais non sans regret : on n’était guère à l’aise à la maison, avec tant d’enfants à élever, avec un fermage à payer, on avait si grand besoin de bras !

    Les études du jeune Jean-Marie ne furent pas particulièrement brillantes, la course et le jeu de ballon avaient ses préférences il n’en fut pas moins un élève pieux et sérieux ; et ses qualités physiques jointes à son bon sens et à sa piété feraient de lui un zélé et solide missionnaire : de bonne heure, en effet, il se sentait l’attrait pour l’apostolat lointain ; des obstacles se présentèrent, et ce ne fut qu’après une année de philosophie au Petit Séminaire d’Alix qu’il reçut la permission d’entrer au Séminaire de la rue du Bac. Il y fut ordonné prêtre le 27 mai 1893 et reçut sa destination pour la Mission du Setchoan Méridional. Parti en juillet de la même année, il arriva à Suifu au début de 1894, la montée du Fleuve Bleu n’étant pas à cette époque aussi rapide qu’aujourd’hui.

    Le Vicaire Apostolique, Mgr Chatagnon, envoya son nouveau missionnaire dans la partie oocidentale de la Mission, ordinairement nommée Kientchang. Dans cette région, où travaillent actuellement un évêque et vingt prêtres européens ou chinois, il n’y avait alors que deux missionnaires, M. Uzureau à Mienning ­et M. de Guébriant à Lou-kou ; c’est ce dernier qui devait recevoir M. Burnichon. A si bonne école et grâce à son bon esprit, le jeune missionnaire acquit rapidement ce goût des choses chinoises qu’il manifesta toute sa vie ; la langue du pays ne semble pas lui avoir coûté des efforts très particuliers : il l’apprit surtout en

    conversant avec les chrétiens et s’assimila parfaitement le «  tour » de la phrase chinoise ; ses catéchismes préparés avec soin, ses sermons émaillés d’une foule d’anecdotes instructives, étaient un plaisir à entendre.

    La mort de M. Uzureau survenue le 12 août 1894, le départ de M. de Guébriant pour une grande tournée dans le Nord et l’Ouest du Kientchang, déterminèrent celui-ci, devenu Supérieur local, à envoyer M. Burnichon dans le Sud à Hong-pou-so, vieille station chrétienne ; il n’y fut pas longtemps, en octobre il rentrait à Lou-kou ; son passage au marché de Te-tchang fut marqué par un de ces incidents que connaissent bien les missionnaires de cette époque : la foule, excitée contre les Européens, le prit en chasse aux cris de : « Mort à l’étranger ! », cependant qu’une grêle de pierres s’abattaient sur lui.

    L’année suivante la persécution obligea nos confrères à gagner le Yunnan. Le calme reve-nu, M. Burnichon rentra à Loukou, dont l’oratoire avait été pillé, et fut placé à Mienning. A l’Ouest de cette ville, les conversions étaient nombreuses dans la région d’Eul-se-in; le missionnaire s’attacha à ses catéchumènes, les soutint par ses visites réitérées et réussit à les amener en grand nombre au baptême. C’est au retour d’une de ces tournées, en 1897, qu’il trouva sa résidence détruite par un incendie fortuit ; avec l’autorisation de son Supérieur alors installé à Te-tchang, il rebâtit ; grâce à ses talents de constructeur nous possédons à Mienning une belle église.

    À quelque temps de là, M. Burnichon quittait Mienning pour Houi-li-tcheou, la sous-préfecture du Sud. Nous avions là un petit pied-à-terre, une seule famille était chrétienne. Il fallait avoir la foi pour construire dans de pareilles conditions ; qui dira les déboires de M. Burnichon ? plus d’une fois l’argent vint à manquer, et pas d’espoir de s’en procurer dans ce milieu hostile ! Ne disait-il pas (mais il est permis de croire ici à une figure de rhétorique) que sa barbe et ses cheveux avaient blanchi à Houi-li-tcheou ? Ses constructions ont duré jusqu’en 1928, et il en a vu, mais sans regret, la démolition qui permettait les améliorations et les agrandissements nécessités par une situation considérablement développée.

    De 1900 à 1907 nous trouvons M. Burnichon à Che-li-chan, district de vieux chrétiens au pied de la fameuse montagne d’O-mi, puis à Ma-liou-tchang. Le Kientchang le revoit en 1907 curé de Lou-kou jusqu’en 1911, époque à laquelle le Kientchang fut détaché de la Mission de Suifu pour constituer une Mission autonome : le nombre des chrétiens avait augmenté, celui des missionnaires aussi : le bon travail des anciens trouvait son couronnement et sa récompense.

    En 1912 notre missionnaire fut forcé de descendre à Hongkong, une légère infirmité nécessitant une opération. Rapidement guéri, il revient sans tarder à son poste, et ce poste était la procure de       la Mission qu’on lui confiait en l’absence de M. Bourgain parti pour la France. A Ningyuanfu les travaux de construction du presbytère et de l’église pro-cathédrale étaient commencés : il les poussa avec sa diligence habituelle et prépara même un couvent pour les Franciscaines Missionnaires de Marie ; il administra les biens de l’Eglise avec zèle, discrétion, avec parfaite soumission aux directives imposées : à ce point de vue il fut vraiment exemplaire. Exemplaire aussi sa confiance dans la Providence : ne demandant jamais rien, il voyait tout lui arriver selon ses désirs. C’est vers cette époque, exactement en 1915, qu’il eut sa première crise d’emphysème : un nouveau voyage à Hongkong lui fit grand bien, mais la guérison n’était pas complète. Deux ans après il accompagnait son Vicaire Apostolique transféré à Canton, et à son retour fut placé à Te-tchang, station fervente, bien changée depuis le jour où on l’en chassait à coup de pierres. Pendant cinq ans il travailla avec acharnement : chaque année lui apportait une cinquantaine de baptêmes d’adultes ; sa popularité était extraordinaire, chrétiens et païens ne pouvaient se passer de ses conseils, toujours écoutés à cause de son bon sens et de son expérience des choses chinoises ; il était  au mieux avec les autorités qui elles-mêmes eurent souvent recours à lui. Ne nous en étonnons pas, car notre brave confrère avait l’humeur enjouée portée naturellement à la gaieté : « Je sais quel rôle vous jouerez dans cette ­circonstance, lui écrivait-on un jour, le rôle que vous avez tou­jours joué et qui sera devant Dieu le plus grand mérite peut-être ­de votre vie, le rôle du bon esprit, du dévouement et de la bonne humeur quand même. » Nul ne pourrait contredire ces paroles du premier Vicaire Apostolique du Kientchang à son missionnaire.

    En 1923, M. Burnichon revint à Ningyuanfu, mais pour peu de temps ; Mgr Bourgain avait besoin d’un missionnaire pour Kiang-tcheou, dans le Sud de la Mission, district très rude, moins par l’aspérité de ses montagnes que par le caractère de ses habitants même chinois; M. Burnichon y fut envoyé. Là encore, il déploya tout son zèle, affermissant les anciens chrétiens dans la foi, formant de nouveaux fidèles, arrangeant les affaires. Il avait la garde du tombeau de M. Castanet, et ses pèlerinages à la sépulture de notre martyr lui inspiraient des pensées toujours plus apostoliques.

    Cependant l’âge venait, traînant son cortège de malaises : notre vétéran sentait son ardeur native se refroidir. En 1929, sur l’avis des médecins de Hanoï, il dut renoncer à la vie de missionnaire ambulant ; les courses dans son âpre district le fatiguaient énormement, il fut placé à Ho-si, district tranquille, favorable à un repos au moins relatif. Livré davantage à ses pensées, il médita quelque temps de retourner en France, où sa famille le réclamait : « Mais, disait-il, je repousse cette idée comme une tentation du diable. » Et il se mit avec ardeur à la préparation d’une retraite pour les Religieuses.

    Le 16 juillet 1931, il arrivait à Ningyuanfu pour la réunion de détente : les confrères ne le reconnaissaient plus, tant il était amaigri, et puis le souffle manquait ; on eut le pressentiment de sa fin prochaine. Cependant la réunion se passa sans incident. A l’emphysème, qui l’épuisait par de violents accès de toux, se joi­gnit la malaria, et la chaleur intolérable de ces journées d’été ajouta encore à la gravité de son état. Pendant une dizaine de jours il ne put dire sa messe, mais il se traînait jusqu’à la chapelle de Monseigneur.

    Le 24 août il parut plus abattu ; on lui proposa les derniers sacrements. Il les reçut avec un grand calme, fit généreusement le sacrilice de sa vie, puis reprit la récitation de son bréviaire. Le soir, les confrères s’entretenaient avec lui, et rien ne faisait prévoir une fin aussi brusque ; vers sept heures et demie, comme il se mettait au lit, une crise d’essoufflement survint : Monseigneur accourut, lui donna une dernière absolution, et presque en même temps notre confrère rendait son âme à Dieu. Aussitôt les prières des chrétiens s’unirent à celles des prêtres devant le corps exposé. Le 26, S. Exc. le Vicaire Apostolique chanta la messe des morts, et les restes mortels de notre regretté doyen furent conduits à sa dernière demeure.

    Puissent ses trente-huit années de vie apostolique, couronnées par une mort acceptée généreusement, obtenir au plus tôt au vieux missionnaire la récompense promise au bon serviteur !

     

     

     

    • Numéro : 2064
    • Pays : Chine
    • Année : 1893