Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Joseph BURGUIÈRE (1877-1934)

Add this

    Joseph-Albert Burguière naquit le 8 avril 1877, à Lunel, au diocèse de Rodez. Ses parents profondément chrétiens lui assurèrent le bonheur du baptême le jour même de sa naissance.

     

    En octobre 1888, il entra à l’Institution de l’Immaculée Conception à Espalion.. Ce que fut son application et les résultats obtenus au cours de ses études secondaires, on put le constater par l’ensemble de ses connaissances complètes et solides. En septembre 1895, il est admis au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris et commence sa philosophie à Bel Air. Sa piété profonde le maintenait dans la voie simple de l’application à ses devoirs de tous les jours. Sérieux sans raideur, enjoué sans bruit, il était estimé de tous ses confrères aspirants et si parfois, avec ceux de son diocèse d’origine, il aimait à parler le langage sonore du Rouergue, il savait éviter la tendance naturelle au régionalisme. Soit à Bel Air, soit à Paris, il apporta dans ses études un esprit clair et précis ; il ne voulait rien de flou et plus d’une fois dans ses conversations il amusa par sa soif de « définitions ».

     

    Prêtre en 1900, il fut désigné pour le Laos où il arriva le 1er janvier 1901. Le poste qui lui fut assigné pour ses débuts fut Oubone, dans la partie sud de la Mission. Il y avait là un bon noyau de chrétiens, des premiers de la Mission, puisque c’est à Oubone que MM. Prodhomme et Guégo avaient établi tout d’abord leur centre ; mais le champ était ouvert bien large dans un rayon de 60 ou 80 kilomètres par suite de la fondation de nouvelles chrétientés.

     

    Le jeune missionnaire qui arrive tout plein de zèle est d’abord réduit à la plus complète impuissance : A a a, Domine, ecce nescio loqui ; il faut s’assimiler un vocabulaire et des formes de langage bien loin de nos langues européennes ; il y a surtout ces fameux tons qui sont autant de pièges pour les débutants. M. Burguière attaqua la difficulté froidement mais à fond ; toujours méthodique, il sut vite suppléer à ce qui lui manquait du côté de l’oreille et des cordes vocales. Quelques phrases où il avait su grouper les difficultés des tons et de la prononciation lui servaient d’exercice d’assouplissement ; il les redisait à haute voix, souvent dans la journée, soumettant à quelque laotien les résultats de ses efforts et lui demandant de le reprendre s’il prononçait mal. Tout yeux et tout oreilles, il s’efforçait de saisir comment l’indigène arrivait à produire ces sons qui le déroutaient ; aussi, eut-il vite discipliné l’organe de sa voix et malgré les appréhensions du début, il parvenait à avoir une prononciation très correcte. Il ne s’en tint pas là ; il étudia soigneusement la langue et soit en laotien, soit en siamois il devint sans tarder capable de prendre du ministère.

     

    Oubone avait plusieurs annexes ; c’est à Ban Bua et à Sithan que M. Burguière se dévoua plus particulièrement. Les habitants des deux petits villages de Ban Bua et Vang-Kang-rung sont presque tous des gens originaires du nord du Laos que leurs chefs vendaient autrefois comme esclaves et que M. Prodhomme délivra en 1881 ; hommes rudes et frustes, mais énergiques et fidèles. Ces deux groupements peu distants l’un de l’autre, sont à une quinzaine de kilomètres d’Oubone. M. Burguière s’installa à Ban Bua dans ses tournées et pouvait y faire venir les enfants de l’autre village ; le catéchisme fut l’objet de tous ses soins et il réussit à développer la vie chrétienne dans les âmes avec un heureux succès.

     

    En amont d’Oubone, à environ 35 kilomètres, Ban Sithan l’attirait aussi ; avec l’aide de M. Dabin il y construisit une église plus vaste et plus commode que l’ancienne paillote qui tombait en ruines ; là également l’instruction des fidèles fut complétée et il essaya de rayonner aux alentours, mais ces essais ne devaient porter leur fruit appréciable que plus tard quand il put créer la chrétienté de Nong-Tham.

     

    L’administration de ses différents postes ne lui faisait pas négliger l’étude ; son plaisir était de compléter sa bibliothèque de quelques bons ouvrages ; les sciences profanes, dans lesquelles il aurait pu briller, ne l’attiraient pas : Scire Jesum et hune crucifixum, comme l’Apôtre était sa seule ambition. Dogme, morale ascétisme, pastorale, il ne laissait aucune de ces branches sans les étudier à fond dans de bons auteurs. Dans les conversations avec ses confrères, sans repousser la bonne gaîté, il aimait surtout les questions sérieuses : les moyens d’apostolat, le développement de la vie chrétienne chez les chrétiens, la solution des cas plus ou moins compliqués qui se rencontrent souvent en mission, étaient ses sujets favoris ; il y apportait une remarquable connaissance des principes théologiques, mais avec une telle modestie qu’il semblait vouloir s’instruire auprès des autres.

     

    Pendant les séjours qu’il fit à Oubone, il s’occupait beaucoup des enfants et veillait à ce qu’ils fréquentassent fidèlement l’école et le catéchisme. Sa bonté avait vite gagné tout son petit monde ; les turbulents savaient qu’il fallait marcher droit car il avait des pénitences à lui ; la plus grave était la chaîne. Oh ! la chaîne de M. Burguière ! Le délinquant était amarré solidement par un pied à l’une des colonnes de l’école... avec un mètre cinquante de fil à coudre ! et cela tenait ! On riait du coupable, mais le coupable ne riait pas ; il comprenait facilement le symbolisme de la pénitence et, touché par la bonté du Père, prenait des résolutions sincères   mais peut-être pas toujours durables.

     

    En 1905, M. Burguière fut appelé à prendre la direction du séminaire. Il se donna tout entier à ces nouvelles fonctions ; ses classes étaient préparées avec soin et la règle observée strictement. Plus d’une fois quelque confrère de passage à l’évêché et poussant une visite au séminaire, se vit, après un aimable accueil pendant la récréation, accompagné non moins aimablement jusqu’à la porte, au moment où la cloche sonnait pour la classe. Peu de temps après le séminaire fut transformé en école de catéchistes ; les sujets donnant quelque espoir de vocation solide furent envoyés au séminaire de la Mission de Bangkok, les autres suivirent des cours spéciaux pour devenir catéchistes. M. Burguière garda la direction de la maison ainsi transformée.

     

    En 1908, Mgr Cuaz épuisé par la maladie, dut rentrer en France, M. Prodhomme, Provicaire, prit la direction de la Mission ; celui-ci crut bon de supprimer le collège des catéchistes, et M. Burguière revint vicaire à Oubone. Chargé d’abord des enfants, comme tou-jours il apporta tous ses soins à leur instruction et à leur formation ; ses visites à Ban-Bua, où il avait si bien travaillé autrefois, se firent plus fréquentes et il finit par en faire son point d’attache.

     

    En 1912, Mgr Cuaz ne pouvant plus espérer rétablir sa santé suffisamment pour reprendre la direction de la Mission, donna sa démission de Vicaire Apostolique et fut remplacé en 1913 par Mgr Prodhomme. Le nouvel évêque ne tarda pas à placer M. Burguière à la tête du district d’Oubone ; il le nomma Provicaire, spécialement chargé de diriger en son nom la région du sud de la Mission. Oubone était une lourde charge : bâtiments insuffisants et d’un provisoire déjà ancien, couvent des Amantes de la Croix, orphelinat, écoles ; mais notre confrère n’était pas homme à se laisser vaincre par les difficultés ; il se mit résolument à l’œuvre ; malheureusement la guerre vint tout bouleverser et interrompre ses entreprises. Mobilisé dès le début, il dut partir aussitôt pour la France et fut affecté à un hôpital de Perpignan. Le Provicaire du Laos se trouva à la tête du service d’une buanderie... En mars 1917, il fut versé dans un régiment d’infanterie où il resta jusqu’à l’armistice. Partout où il passa, il laissa le souvenir d’un vrai missionnaire, pieux et zélé.

     

    Il comptait que les hostilités seraient vite terminées et qu’il ne tarderait pas à revenir à son poste. Dès 1915, voyant la situation sous son vrai jour et désireux de mettre son évêque bien à l’aise pour les changements que l’absence de nombreux missionnaires peut rendre nécessaire, il demande d’être remplacé définitivement à Oubone et relevé de sa charge de Provicaire ; mais il ajoute : « Mes goûts personnels souhaiteraient un coin calme et retiré, ils ne doivent pas entrer en ligne de compte ; je m’en remets cependant, entièrement à la volonté du bon Dieu et au bon plaisir de Volte Grandeur. » En janvier 1919 seulement, il apprit que ses désirs étaient exaucés. A. son retour au Laos, il reprit son ancien poste de Ban Bua où il se décida aussi à faire un presbytère, mais là il se contenta de deux pièces de trois mètres sur trois, avec une véranda ; cela lui suffisait, se privant parfois du nécessaire pour pouvoir soutenir ses œuvres. Les écoles surtout étaient le premier objet de ses soins ; car il était convaincu que c’est par les écoles que les enfants peuvent être mieux instruits de la religion et que l’avenir de la Mission est dans les générations futures.

     

    Ce qu’il cherchait le plus pour ses chrétiens c’était une vie chrétienne intense ; il les exhortait vivement à la communion fréquente, et tous les matins avant la classe il distribuait la Sainte Communion aux enfants que la distance empêchait d’arriver à temps pour la Sainte Messe.

     

    Sa santé avait toujours été assez précaire : entérite, laryngite, asthme, le gênaient souvent sans l’arrêter, tant il avait à cœur de se dépenser pour ses chrétiens. Un jour, bien que fortement enrhumé, il se mit en route pour aller visiter la chrétienté de Ban-Uet, négligeant d’emporter le flacon de sirop que lui avait donné M. Cavaillier ; inévitablement ce rhume se changea en bronchite chronique qui épuisa vite ses forces et bientôt il lui fut impossible de tenir plus longtemps et de supporter les fatigues des voyages que nécessitaient les chrétientés dont il avait la charge. Mgr Gouin le voyant très fatigué, l’invita à se reposer à Oubone où il pourrait plus facilement, se soigner. C’est ainsi qu’au début de l’année 1931 nous le trouvons à Oubone où il remplit avec zèle les fonctions d’aumônier du Couvent des Amantes de la Croix. Logé au presbytère, il y vivait dans une régularité parfaite toujours plongé dans l’étude. Les confrères du voisinage, que leurs affaires amenaient à Oubone, avaient le plus grand plaisir à jouir de sa conversation édifiante et instructive. Ses idées et ses méthodes furent parfois critiquées : le radicalisme de son esprit surnaturel et de son zèle lui faisait, dit-on, faire trop abstraction des contingences ; s’il fut taxé d’exagération, il est possible de croire que cette exagération était surtout relative. Mais tous sont d’accord pour admirer sa haute vertu. Sa délicate charité lui faisait craindre de faire de la peine et s’il pensait avoir blessé l’un de ses confrères, il s’ingéniait sans retard à effarer toute amertume par une bonté inaltérable ; il savait être tout à tous. La situation de M. Burguière à Oubone aurait pu laisser espérer pour lui encore quelques années de vie ; mais en janvier 1934, une épidémie de grippe sévit dans cette ville ; en peu de jours il y eut une vingtaine de décès. Le curé de la paroisse étant absent, M. Burguière fut appelé pour un malade ; contracta-t-il le germe du mal dans cette visite ? c’est possible toujours est-il que peu après il fut pris de pneumonie qui s’aggrava très vite. Mgr Gouin averti, se rendit immédiatement de Paksé, où il se trouvait, auprès du malade avec le docteur, médecin-chef de l’ambulance de cette ville. Les soins suivis que demandaient son état nécessitaient son hospitalisation ; il fut donc en toute hâte amené à Paksé. Le voyage, bien qu’assez pénible, s’effectua dans de bonnes conditions et, après un jour de soins assidus le docteur eut la satisfaction de constater une amélioration, mais il craignait pour le cœur qui était très faible. Le cher malade se voyant en danger accepta volontiers tout ce que le bon Dieu voulait de lui, édifiant par son calme tous ceux qui l’approchaient

     

    Rassurés sur l’état de santé de notre cher confrère, Mgr Gouin et M. Jantet le quittèrent pour aller continuer leur ministère interrompu auprès des chrétiens du voisinage. Mais dans la nuit du 9 au 10, M. Burguière eut une crise d’asthme très pénible. L’infirmier de garde appela le docteur, qui jugea l’état du malade très grave et l’assista de son mieux. Malgré les soins empressés qui lui furent donnés, le cœur s’arrêta et le cher Père rendit son âme à Dieu après avoir gardé toute sa connaissance et tout son calme jusqu’à la dernière minute.

     

    Les funérailles eurent lieu à Paksé. Toute la population européenne de cette ville y assista et quelques chrétiens d’Oubone vinrent témoigner par leur présence combien le cher défunt était regretté dans les chrétientés où il avait travaillé. Son souvenir restera pour tous un exemple et une force. Defuntus adhuc lo­quitur ».

     

     

    • Numéro : 2541
    • Pays : Laos Thaïlande
    • Année : 1900