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Louis BURGHOFFER (1873-1935)

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    Louis Burghoffer naquit à Colmar le 11 février 1873. Il était le cadet d’une famille de cinq enfants dont les parents étaient des cultivateurs à la foi solide et profonde.  Dès son bas âge il fut au service de l’église Saint-Martin de Colmar et en devint le maître de cérémonies. Il acquit ainsi un grand ascendant sur ses camarades et attira l’attention du clergé de la paroisse par sa ferme piété et sa vive intelligence. Grâce au zèle et à la prévoyance de M. l’abbé Ruehuz, vicaire à Colmar, Louis fut envoyé au petit séminaire de Zillisheim où il fit une partie de ses études qu’il termina à Strasbourg.

     

    Plusieurs prêtres d’Alsace dévoués aux Missions s’ingéniaient à susciter des vocations apostoliques et à les diriger sur le Séminaire des Missions-Étrangères.  C’est par le soin d’un de ces prêtres que M. Burghoffer fut admis dans la petite communauté dirigée à Issy par les Pères de N.-D. de Sion où il ne resta que quelques semaines. Ses Supérieurs le jugèrent capable de commencer ses études philosophiques et sur son désir le firent admettre au Séminaire de la rue du Bac. Ordonné prêtre le 28 juin 1896, il fut destiné à la Mission de Malacca où il arriva vers la fin de la même année. Il aimait lui-même à raconter qu’il était venu juste à temps pour remplir l’office de maître de cérémonies à la consécration épiscopale de Mgr Fée qui eut lieu à cette époque à la cathédrale de Singapore. M. Méneuvrier, alors curé de l’église indienne de Notre-Dame de Lourdes à Singapore, l’initia à la langue et aux coutumes de ses paroissiens. Après quelques mois, le jeune vicaire fut à même de remplacer  son curé appelé à d’autres charges. Ce poste de ville convenait bien à la santé délicate de M. Burghoffer. Le ministère ambulant de la plupart des missionnaires eut été au-dessus de ses forces. Aussi ses Supérieurs ne songèrent jamais à le changer. Il eût été difficile de rompre les liens de mutuelle estime et de profonde affection qui peu à peu s’étaient créés entre le pasteur et les fidèles. Ces derniers lui portaient un filial respect et le lui témoignaient de bien des façons. De son côté, leur curé avait pour eux un dévouement au-dessus de tout éloge. Ses paroissiens étaient tout pour lui, son bon cœur de père les lui faisait placer au-dessus de tout et de tous. Cet amour de prédilection ne l’empêchait pas d’être ferme avec eux. Il avait son franc-parler, savait maintenir son autorité et en faisait bon usage pour le bien spirituel de ses ouailles.

     

    En 1914, l’état de sa santé nécessite un voyage en France. Il trouva à Colmar deux de ses sœurs qui n’avaient jamais quitté la maison paternelle et qui l’entourèrent des soins les plus affectueux. Il eût bien vite regagné sa Mission si la guerre n’était venue le surprendre et le retenir en territoire allemand. Son âge et sa délicate santé le dispensèrent d’aller combattre contre la France dans les rangs ennemis, mais il eut à subir avec sa famille toutes les tracasseries et les privations auxquelles les populations civiles furent condamnées. Elles lui parurent longues ces années d’inaction et d’attente de la victoire, d’où dépendait l’avenir de son cher pays d’Alsace ! Quelle joie et quel bonheur le jour où il vit l’entrée triomphante des soldats français dans sa chère ville de Colmar redevenue française. Il eut alors vite oublié les souffrances et les misères de sa captivité, et la pensée d’être à nouveau rendu à la patrie française lui redonna courage et santé. Mais il se garda de s’endormir dans ces délices. Après avoir récupéré les forces que des jeûnes involontaires lui avaient fait perdre, il s’empressa de regagner sa chère Mission dont il avait été éloigné pendant cinq ans.

     

    Ce fut avec une grande joie qu’il retrouva ses chers indiens de Notre-Dame de Lourdes. L’édifice matériel avait besoin d’une sérieuse restauration ; il s’y appliqua. Puis, le zélé Missionnaire voulait grouper la jeunesse et l’avoir sous la main pour la guider et la préserver des mauvais contacts de la ville. Il lui faillait pour cela une salle d’œuvres et de réunions. Il fut compris de ses paroissiens ; les dons affluèrent et il eut bientôt une belle salle qui sert aussi d’école des filles. M. Burghoffer prit toujours un grand intérêt à la presse catholique dont il comprenait toute l’importance, aussi personne ne fut plus heureux que lui, le jour où fut fondé le premier journal catholique, « Le Malaya Catholic Leader ». Il y fit paraître quelques articles où il réfutait plusieurs erreurs protestantes, touchant surtout à des points d’histoire.

     

    M. Burghoffer a été toujours le confrère simple, bon et accueillant, aimant à faire plaisir et à rendre service. Aussi était-il aimé de tous. Les pauvres connaissaient la bonté et la générosité de leur pasteur, il se laissait facilement toucher et compatissait de tout son cœur à leurs misères spirituelles et temporelles. Eprouvant une lassitude  et une faiblesse plus grande que d’habitude, il partit tout joyeux au sanatorium de Cameron au début de juillet 1935, espérant y trouver le repos avec l’air frais de la montagne ; mais le cœur était malade ; l’altitude, en tout cas, ne fit qu’augmenter le malaise dont il souffrait ; et, au bout de quelques jours, il redescendit dans la plaine et passa le reste de ses vacances à Kuala Lumpur chez son ami et compatriote M. Hermann. Dès son retour à Singapore, il éprouva une plus grande fatigue, continua néanmoins son travail sans se plaindre. Au début de septembre, il sentit de fortes douleurs à la jambe gauche et dut s’aliter pendant quelques jours. Le docteur constata que le cœur était atteint. Sans hésiter, notre confrère se décida à faire un séjour à l’hôpital de Singapore, dans le but de permettre un examen plus approfondi de son cas. Après être resté quinze jours en observation, les médecins lui permirent de rentrer chez lui, lui recommandant d’éviter tout surmenage et même tout travail.

     

    Le samedi 21 septembre, il avait retrouvé sa résidence, et ses chers paroissiens tout heureux vinrent le féliciter. Le dimanche matin, il demanda à deux de ses jeunes gens de lui servir la messe, « C’est peut-être ma dernière messe, disait-il en plaisantant, je veux la dire pour mes paroissiens ». Avec grande peine, il put arriver à la fin du Saint Sacrifice et, immédiatement après l’office, on dut le porter au presbytère, n’ayant plus la force de marcher. Après avoir pris un peu de repos, il parut bien remis et accueillit, pendant la journée, ses confrères et les chrétiens. Vers 5 heures du soir, on l’aperçut disant son bréviaire selon son habitude en se promenant sous la véranda. Son bréviaire terminé, il prit son chapelet et s’étendit dans une chaise longue. C’est là, que vers 6 heures, un paroissien de ses amis le trouva endormi de son dernier sommeil. La triste nouvelle se répandit bien vite. Ses chrétiens éplorés le veillèrent et prièrent  toute la nuit. Mgr Devals présida ses funérailles célébrées au milieu d’une foule considérable de fidèles de toutes races. Les nombreuses messes offertes par ses paroissiens pour le repos de son âme témoignent du respect et de la reconnaissance qu’ils ont à l’égard de celui qui fut leur dévoué pasteur pendant 39 ans.

     

     

    • Numéro : 2251
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : 1896