Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Jules BULLIARD (1881-1963)

Add this

    Jules, François BULLIARD est né le 15 mai 1881 à Pin l’Emagny (Haute-Saône), dans le diocèse de Besançon.

     

    Il fit de très bonnes études secondaires au petit séminaire de Marnais, et sa philosophie au grand séminaire de Vesoul. il avait une mémoire prodigieuse et était doué pour l’étude des langues étrangères. Il fut admis dans la société des Missions Etrangères de Paris le 30 septembre 1900, ordonné prêtre le 26 juin 1904 et désigné pour la Mission de Kumbakonam, en Inde. Il s’embarqua à Marseille le 21 août 1904 et arriva à destination le mardi 13 septembre. Il se mit immédiatement à la disposition de son évêque, Mgr BOTTERO.

     

    Il fut d’abord nommé vicaire à Viragalur en octobre 1904. Il était là pour se former au ministère, et il est certain que pendant le mois qu’il y passa il apprit beaucoup, grâce aux bons conseils et aux encouragements du P. MARDINE. En novembre 1904, il fut envoyé à Pullambadi, où il demeura seul pendant cinq mois. Il fut alors désigné pour Tondhamandurai, nouveau district détaché de celui de Paléam. S’il n’était pas encore très fort en tamoul, il en savait assez pour terminer l’église paroissiale. Cependant, pour l’étude de la langue, son heureuse mémoire le servit à souhait ; il devait devenir l’un des meilleurs et plus distingués tamoulisants de l’Inde méridionale.

     

    En janvier 1908, il reçut une nomination inattendue : il était affecté à Kottopalayam. Abasourdi par cette nouvelle et mécontent, il quitta précipitamment sa paroisse de Tondhamandurai, pour ne pas se laisser gagner par l’émotion de ses chrétiens. Il s’y plaisait, il y avait fait de beaux projets et commençait à se dédommager de la peine qu’il y avait endurée pendant près de trois ans ; et on l’en arrachait sans crier gare. Il avait le cœur  d’autant plus gros qu’on l’envoyait dans un vilain presbytère, avec une église à terminer, des chrétiens divisés entre eux et de mauvaise réputation. Il y resta cinq ans et n’eut pas à regretter son sacrifice. C’était une grosse paroisse de 2 500 âmes. Les fidèles se montrèrent assez dociles à ses instructions, venant régulièrement à l’église, même pendant la semaine, fréquentant les sacrements et se faisant un devoir d’envoyer leurs enfants au catéchisme. Son district devint même le meilleur du diocèse ; ses chrétiens furent réputés pour leur piété et fournirent pas mal de prêtres et de religieuses. A Kotta même les gens n’avaient plus assez de place dans leur vieille église ; aussi le P. BULLIARD se mit-il avec ardeur à continuer les travaux de cette belle et grande église qu’il avait trouvé commencée à son arrivée, mais abandonnée à hauteur des fenêtres. Lui s’occupait de la confection des matériaux et surveillait les travaux de construction, pendant que les chrétiens accomplissaient les corvées convenues et que Mgr CHAPUIS, son nouvel évêque, lui fournissait un appoint en argent. Dans sa paroisse, il y avait aussi un couvent de religieuses, ce qui lui permit d’avoir une école de filles.

     

    En 1913, il prit son congé régulier en France ; il ne l’avait pas encore terminé lorsqu’éclata la première guerre mondiale, qui le retint loin de sa mission jusqu’en 1919. il y revint décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre ; mais il avait été victime des gaz, ce qui devait provoquer par la suite de fréquents troubles d’estomac et d’intestins, dont il n’arriva jamais à se débarrasser complètement.

     

    Le 30 octobre 1919, il était de nouveau à Viragalur. Il y resta jusqu’en novembre 1920, date à laquelle il fut nommé à Vadavikkam. Là il reprit avec courage la construction de l’église, dont les travaux de fondation avaient été entrepris dix ans auparavant. Avec ses économies, quelques secours venus de France, l’aide de ses chrétiens dont il avait réussi à gagner l’affection, il se procura les briques dont il avait besoin. Après bien des efforts et des soucis pour mener à bien ce qu’il avait commencé, il réussit, en 1926, à édifier jusqu’à la toiture une très belle église. Mais à ce moment il était à bout de forces et dut rentrer en France. En février 1929, de guerre lasse, il fit une cure à Vichy, mais il n’y trouva ni guérison ni amélioration sensible. Cependant en novembre 1930 il rentrait aux Indes, totalement remis sur pied par son long séjour en France.

     

    C’était alors la première année d’existence du diocèse de Salem, auquel il avait été affecté. A son arrivée, il alla s’enquérir du poste de Madagoondapally, vieille chrétienté jadis fondée par le P. DE NOBILI. L’impression qu’il remporta de cette première visite n’était guère optimiste. Cependant il accepta ce poste, situé dans le nouveau district de Mattagiri, et prit en charge la moitié de la chrétienté de Hossour. il répara son presbytère ; il fonda une école à. Salliburam, et comme il lui fallait un instituteur Canara et qu’il ne pouvait en trouver dans le diocèse qui ne parlait que le tamoul, il se mit lui-même à l’étude du canara, ce qui n’était pas d’ailleurs la façon de résoudre le problème de l’école. Bientôt il attrapa une adénite et fit de la furonculose, ce qui exigea un petit stage à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore.

     

    Vers avril 1932, le Père céda son poste à un prêtre indien et vint s’installer à Elathagiri. Là encore il acheva le presbytère et agrandit l’école. En septembre de cette même année, Bangalore mit à contribution le talent oratoire du P. BULLIARD, sa parole vivante, imagée, dans un style à l’emporte-pièces, pour la prédication d’une neuvaine à la paroisse de Blackpally, et une retraite au couvent du Bon Pasteur. En février 1933, il recueillit, au conseil  épiscopal et à Chrisnagiri, la succession du P. PLAYOUST ; il construisit, tambour battant, dans cette nouvelle paroisse, un presbytère très simple, mais des mieux conditionnés.

     

    Vers la fin de 1934, le P. BULLIARD fut appelé pour visiter les chrétiens tamouls de la Malaisie. Au bout de cinq mois d’un dur apostolat, qu’il fut parfois obligé d’interrompre pour se reposer, il reprit le chemin de Elathagiri, laissant aux confrères de Malaisie le souvenir d’un semeur de rire sonore et de franche gaieté. Jusqu’en décembre 1935, il partagea son temps entre Elathagiri et Chrisnagiri, où il donnait des leçons de tamoul aux sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et à leur aumônier, le P. HAR0U.

     

    En janvier 1936, le Père offrit sa démission et, sur sa demande, fut envoyé à Settiapatti ; il y allait sans connaître le poste ; il le trouva dans un état infect. En deux mois, il transforma complètement sa nouvelle résidence, restaura l’église, agrandit et répara le presbytère qui menaçait ruine. En août, il revint plein de santé du sanatorium Saint-Théodore où il avait passé un mois. Il était fin prêt pour aller prêcher une retraite aux tertiaires de l’hôpital Sainte-Marthe. En mai 1937, malgré quelques douleurs intestinales, il alla donner une retraite aux fidèles du P. CAPELLE, puis passa un mois aux Nilgiris. En novembre 1937, en descendant les marches de sa véranda, par suite d’un faux pas, il se tordit le pied gauche. En avril 1938, il alla passer près de trois mois auprès de son compatriote Mgr TOURNIER, qui souffrait terriblement .

     

    En septembre 1938, il quitta la mission pour aller demander à la France le rétablissement d’une santé que n’avait pu lui procurer son dernier séjour à l’hôpital Sainte-Marthe. Au début de 1939, il fut opéré à Marseille et passa sa convalescence à la Procure ; en juillet, il fut repris par ses douleurs intestinales et retourna à l’hôpital. La guerre l’empêcha de rentrer aux Indes et l’archevêché de Besançon le nomma curé de Châtillon-le-Duc, non loin de son village natal. En 1944, il passa une nouvelle fois sur la table d’opération.

     

    Dès le 16 mai 1946, il s’embarqua, avec tout un groupe de jeunes partants, sur Je Pasteur. A la mi-juin, il était de retour dans sa mission et nommé à Kovilur, où il donna des leçons de tamoul à deux jeunes missionnaires. Malgré ses nombreuses et douloureuses opérations, il était resté jeune et vaillant. En mai 1949, il passa la main au P. SOLVIGNON et se retira dans les environs, à Pallipatti. En décembre, il retraça dans un tamoul impeccable, avec l’esprit, la verve et le feu qui le caractérisaient, l’histoire presque légendaire des premiers temps du diocèse.

     

    Le 14 janvier 1950, n’acceptant pas de travailler sous la direction d’un évêque indien, il préféra rentrer en France. Mais en novembre 1950, il quitta Paris pour Saigon, où, depuis longtemps, la présence d’un prêtre parlant tamoul était fort désirée par les 2 000 catholiques français de l’Inde, fonctionnaires ou assimilés. Le P. BULLIARD avait accepté cette charge ; malgré ses 70 ans d’âge et ses 46 années de mission, il se faisait encore remarquer par son entrain. Ses nouveaux paroissiens ne lui laissèrent même pas le temps de se reposer des fatigues du voyage ; il s’installa dans une ancienne école, en plein quartier indien, et y aménagea une chapelle dédiée à saint François-Xavier. Il y fêta ses noces d’or : le jubilaire pouvait se plaindre de ses yeux et de ses jambes ; mais le verbe et le cœur faisaient encore envie à plus d’un jeune. A partir de 1956, l’élément indien de Cochinchine fut peu à peu rapatrié et la paroisse indienne disloquée ; la vue du Père baissait et ses rhumatismes le handicapaient sérieusement, bien qu’il n’eût rien perdu de sa bonne humeur. Aussi se décida-t-il à rentrer en France.

     

    Le 1er juillet, il se retira à Voreppe. C’est là que la mort est venue subitement le chercher dans la nuit du 30 décembre 1963.

     

    Forte personnalité, portant en lui les défauts de ses qualités, il se heurta souvent à ses confrères qui n’avaient pas les mêmes idées que lui. De la flamme même de son zèle, il faillit souvent allumer des incendies dévastateurs. Des années de retraite à Voreppe, dans la souffrance, la prière et l’humilité, réussirent à purifier cette ardeur, pour qu’elle brûlât toute simple pour le Seigneur.

    • Numéro : 2790
    • Pays : Inde Vietnam
    • Année : 1904