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Félix BRYGIER (1920-2006)

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    Bien malin qui aurait détecté chez Félix Brygier une origine polonaise. D’ailleurs il se disait être, par son père, un descendant des soldats de Napoléon, puis il précisait « possible descendant ! » Il aimait plaisanter de la sorte.

    Grand, bien bâti, sportif – un bon joueur de football et de basketball – il mettait ses visiteurs à l’aise et, après avoir patiemment écouté en tirant sur sa pipe, il savait décrisper une situation, apporter la paix aux anxieux et simplifier ce qu’on a tendance à compliquer. « Les choses ne vont pas si mal que ça, les gens, dans le fond, sont serviables et le Seigneur ne nous laisse pas tomber.. Alors, ne noud énervons pas… ». Il insistait sur le bon côté des choses et refusait toute exagération. Simple, certes, d’aucuns diront simpliste … Mais alors Félix répliquerait bien vite, « Fais mieux, toi, si tu es si malin ! »

    Il n’était pas l’homme des grands projets, ni de plans bien définis. Au jour le jour était sa philosophie, faire ce qu’on à faire et se laisser oublier. Répondre présent lorsqu’on nous appelle, mais ne pas se mettre en avant. Il y en a d’autres qui pensent faire mieux que moi .. et qui n’attendent que cela.

    Apparemment, il était imperturbable. Son côté slave se faisait jour dans la manière dont il était discret sur sa personne, sur ses choix, ses besoins. Nommé dan une nouvelle paroisse, il ne venait plus nous retrouver pour nos réunions hebdomadaires. « Alors, Félix, on ne te voit plus ! » Oh, oh ! j’étudie la route … dans quelques semaines et puis, tu sais, je suis devenu « casernier » comme on dit ! » Il excellait en ce genre de calembours. Mais la réalité c’est que ses rhumatismes rendaient difficile la conduite de la voiture. On arriva, après un temps, à deviner la réalité et il apprécia beaucoup qu’un confrère le transporte mais il ne l’aurait jamais demandé. Il ne faut pas ennuyer les gens avec ses misères !. « Alors, comment vont les jambes ? » À la résurrection, elles iront bien … attendons ! » Et un bon rire ou un sourire accompagnait le tout. La surface voulait rester sans rides et lorsqu’il ne lui fut plus possible de donner le change, les dernières années de sa maladie, il s’enferma dans un mutisme qui le protégeait.

    Enfance et jeunesse

    Félix Brygier et né en Allemagne, près d’Essen, le 24 juillet 1920. Il est le dixième de douze enfants – sept garçons et cinq filles – et le plus jeune des garçons. Ses parents avaient quitté leur Pologne natale. Ils avaient même été jusqu’aux Etats-Unis dans leurs jeunes années. Venus en France lorsque Félix avait deux ans, ils se fixèrent à Sains-les-Mines, dans le Pas de Calais, le papa travaillant dans les mines.

    Pendant ses années à l’école primaire catholique, un enseignant laïc pose à Félix la question du sacerdoce. À douze ans, il entre au petit séminaire d’Arras. Bon élève, il saute la 4ème et termine avec son baccalauréat de philosophie. « Je fus le seul de ma classe à être reçu ! » disait-il avec un clin d’œil.

    Il entre au grand séminaire du diocèse en 1938 et là, se précise l‘appel vers la Mission. Deux conférenciers MEP l’orientent ver l’Asie, mais, à cause de la guerre, il ne rentre aux Missions Étrangères qu’en 1941. Ayant gardé la nationalité polonaise – ce qui lui vaudra bien des difficultés plus tard – il termine son séminaire sans tracasseries de travail obligatoire et autres. Il est ordonné à vingt-deux ans et demi avec René Challet. Cérémonie plus que discrète, à six heures et demie du matin, dans la chapelle privée de Mgr Le Hunsec, supérieur général des Pères du Saint-Esprit. Il reçoit s destination pour Kweiyang en Chine du Sud.

    Avec la guerre, pas question de départ pour l’Asie et le nouvel ordonné va offrir ses services pendant près de trois ans à Troyes, paroisse Saint-Martin-les-Vignes. Ils y sont trois vicaires et Félix, tout en desservant la communauté de Les Noes, s’engage à fond dans l’apostolat auprès des jeunes, aumônier de JOC, Scouts et Guides. Il est certainement apprécié car il recevait encore à Singapour du courrier de quelques personnes qu’il avait alors connues.

    Début 1946, il passe quelques semaines en famille pour préparer son départ et le 1er mars, s’embarque sur le Moncay en compagnie de cinq ou six autres jeunes confrères, L. Amiotte, A. Turc, Ch. Barnier, etc. Le bateau transportant de la dynamite, ils voguent sans arrêt d’Aden à Saigon. Ceux pour la Chine du Sud vont sur Haiphong, traversent la baie d’Along sur un sampan et gagnent Pakhoi. Trois ou quatre jours de camion et le 1er juillet, Félix est à Kweiyang, en compagnie de R. Juignier.

    La Chine, 1946-1951

    Ils sont douze de Chungking, de Anlung, et de Kweiyang au probatorium de Szetzepah, apprenant le mandarin avec des séminaristes et jeunes prêtres chinois sous la paternelle direction du P. Etcheverry. Parmi eux, P. Abrial, A. Julien, A. Van Gaver, A. Presse et Félix bien sûr. En souvenir des douze maréchaux de l’Empire, l’école fut qualifiée d’École des Maréchaux !

    Après neuf mois, il repartent dans leurs missions. Quant à Félix, le voici à Huishui, dans le sud du diocèse, vicaire d’un prête chinois, chargé d’une communauté d’un millier de chrétiens éparpillés dans les montagnes. Il les visite souvent avec les catéchistes, laissant son vieux curé au centre. Il baptise quelques adultes, mais, fin 1948, il est appelé à Kweiyang pour y remplacer le P.V. Thiry comme procureur de la mission. Une vraie galère avec l’arrivée des communistes fin 1949. Avec calme et simplicité, sans panique, il vide les caisses de la mission pour payer les sommes exigées par les nouveaux maîtres. « Tu parles, j’ai dû charger une charrette avec les taëls du diocèse et pousser à la roue, car le petit cheval n’arrivait pas à démarrer. On payait les impôts cinquante ans à l’avance ! » Bientôt, il n’y a plus d’argent et les tracasseries augmentent. Le procureur n’a plus rien à donner. On l’accuse alors d’avoir tué quelqu’un. Il reste calme et continue avec l’aumônerie des Sœurs canadiennes de Notre-Dame des Anges qui, pendant un temps, sont laissées en paix car elles tiennent un dispensaire dont on a bien besoin ; on l’emmène dans un village de campagne pour lui faire subir un jugement populaire, mais personne ne l’accuse. Finalement, il est expulsé et, après quelques jours de camion, se retrouve à Chungking. Descente du fleuve et arrivée à Hongkong le 4 décembre 1951.

    Nouvelle destination : la mission de Malacca où l’on accueille volontiers les confrères parlant chinois. Il se repose à Béthanie jusqu’au 4 février 1952 et débarque à Singapour le 11 en compagnie de L. Magnin, de Kunming, et P. Grandvuillemin, lui aussi de Kweiyang. Le 22, il est à la paroisse Saint-Michel d’Ipoh, avec les pères J. François et J. Ciatti.

    Les premières années en Malaisie, 1952-1956

    Le mandarin appris en Chine lui sert bien pour la catéchèse dans les écoles de Sam Tet – les Trois Vertus – école paroissiale de garçons tenue par les Frères Maristes, eux aussi expulsés du continent, et au couvent de l’Ave Maria. Deux institutions renommées pour leur discipline, culte des valeurs traditionnelles … et leurs résultats académiques. Mais il lui faut aussi se familiariser avec l’anglais et le dialecte hakka. Apparemment sans problème. Il a un don d’imitation qui l’aide beaucoup à apprendre les langues.

    Mais dès  septembre 1953, il est envoyé dans le Sud : Sainte-Thérèse de Malacca, une grosse communauté où l’on parle le teochew de Swatow. D’abord vicaire du P.R. Challet son condisciple, il lui succédera comme curé jusqu’à son congé, en octobre 1956. Là encore, il s’initie à une culture et une manière de vivre différentes : les paroissiens sont des ruraux – rizières et plantations d’hévéas – et la paroisse est administrée par le groupe des « notables » représentant les différents quartiers. Les jeunes trouvent en lui un excellent joueur de basket, mais il entre en France avec des problèmes de vertèbres déplacées. « Je me fais vieux » dit-il avec philosophie.

    Singapour : Sainte-Thérèse, 1957-1972

    À son retour en août 1957, il reste sur l’île de Singapour où, après quelques mois, il succède au vicaire général chinois comme curé de Sainte-Thérèse, la paroisse du port, à côté du Carmel, bâtie en 1929 et servant les communautés chinoises et indiennes qui la composent. Il y a, en effet, de nombreux dockers en majorité tamouls et, à la paroisse, un prêtre qui peut parler leur langue auprès du curé chargé des Chinois.

    Pour Félix, il s’initie maintenant au hokkien, dialecte cousin to teochew, parlé encore par les paroissiens du troisième âge. Les prêtres vont se succéder autour de lui ; car il reste quinze ans à Sainte-Thérèse. Il ne peut pas rentrer en congé : il n’a pas de passeport, n’étant pas citoyen français (il le deviendra plus tard… lorsqu’il ne sera plus soumis aux « obligations militaires » vu son âge). Les solutions de facilité du passé ont des répercussions !

    Il se donne à plein à sa mission de pasteur : celui qui rassemble et guide sans bousculer. Il vit au quotidien : pas de gros plans et pas de nostalgie du passé. On pourrait le dire inspiré par la sagesse taoïste. Mais il réagirait, « Je suis ici pour Jésus Christ ! »

    Il est bien présent à ses gens, sortant rarement de sa paroisse. Il n’est guère présent à nos rencontres MEP. Une boutade l’excuse, « Oh, oh ! Je suis étranger ! » Il accueille, écoute, réconforte. Il encourage les enseignants de l’école paroissiale chinoise, aussi bien que les groupes traditionnels de Légion de Marie, St Vincent de Paul… Il laisse toute initiative à ses vicaires. C’est ainsi qu’en 1969 débute, à Sainte-Thérèse, une pratique maintenant commune à toutes les paroisses de Singapour : le catéchisme du week-end à la paroisse pour les enfants, dont la plupart n’ont pas ou très peu d’instruction religieuse dans les écoles qu’ils fréquentent.

    Bientôt le grand territoire de Sainte-Thérèse va être partagé Dès 1959, le P. Abrial se taille la part du lion avec la paroisse Sainte-Bernadette qui, en 1963, donnera naissance à celle du Saint-Sacrement au cœur de la première ville-satellite du Singapour moderne, Queen’s Town – la ville de la Reine ! La jeune république indépendante ne rejette pas les souvenirs du passé colonial ! « Mon voisin a les dents longues, dit Félix, mais moins j’en ai et mieux je peux m’occuper des autres ! » Et comme il ne visite pas à domicile, le curé de Sainte-Bernadette, force de la nature et bulldozer de caractère, s’en donne à pleine joie, débordant les artificielles limites paroissiales.

    C’est la période du Concile. Félix se tient au courant et s’adapte, sans enthousiasme pour autant. « Il faut bien changer, mais l’Église ne change pas ! » Ni pionnier, ni arrière-garde, il reste dans le peloton et s’amuse des excès. Il reste au service de tous, avec une fibre prioritaire pour les Chinois, prenant parfois à rebrousse poil les confrères chargés des Indiens, qui ont à animer des communautés plus difficiles, moins riches et moins influentes.

    Il passe presque tout son temps à enseigner et préparer des adultes au Baptême. Il ne fait plus de sport, sa distraction favorite est de jouer aux échecs. Il élève aussi des poissons d’aquarium, qu’il donne volontiers aux enfants, moyennant cinq centimes pour les pauvres. « Il faut les éduquer et les aider à partager ! » .. »Les poissons, c’est formidable : ils sont beaux à voir et ils ne font pas de bruit ! C’est mieux que les oiseaux de mon vicaire .. ».

    Les années passent et finalement, grâce au P. Challet qui a des connaissances à la secrétairerie d’État, il obtient un passeport du Vatican, valide pour un an. Il part en congé en mars 1972 et il est temps, car il vient de faire une embolie pulmonaire – premier signe des troubles circulatoires qui  iront en s’aggravant.

    Toujours en faveur des solutions simples, il n’emporte avec lui aucun cadeau mais distribue autour de lui des enveloppes rouges bien chinoises contenant une sympathique offrande. Ce sera l’occasion d’expliquer les traditions de ses paroissiens. Il se repose jusqu’en novembre et prend part volontiers à plusieurs sessions pour missionnaires en congé.

    Saint François-Xavier et Saint Joseph, 1972-1982

    De retour en novembre 1972, il est d’abord curé intérimaire de Saint François-Xavier, paroisse fondée en1959, au coeur d’un quartier résidentiel. Puis, en janvier 1974, il devient vicaire de la paroisse Saint Joseph de Bukit Timah – la colline de l‘étain – dont les débuts remontent à 1846 ! Donc, des gens de tradition et de dialecte et culture teochew. Il y est auprès du P. Challet jusqu’en 1977, puis continue, après son congé, avec un prêtre chinois, originaire de Singapour, jusqu’en 1982. Sans le dire, il est gêné par l’artériosclérose ; son commentaire et simple : « Attendons la Résurrection ! »

    Son style simple, ses homélies pittoresques, sa gentillesse complètent le style de ses curés qui sont d’excellents administrateurs et organisateurs. Il a du temps et il se plonge dans l’étude de la Bible. Sans être un exégète, il en devient un bon connaisseur qui sait partager avec les gens : catéchise pour adultes et cours de Bible sont son fort.

    En 1982, il est curé en titre de Saint François-Xavier. Il y apporte calme et modération et y est bientôt connu comme un maître difficile à battre aux échecs. Il accompagne plus qu’il ne dirige et laisse faire plus qu’il n’organise. Les paroissiens se sentent appréciés et ils ont champ libre pour l’animation des divers groupes paroissiaux. Il est là, sachant dire le mot qu’il faut et animer sans s’imposer.

    De juin 1986 à décembre, il prend un dernier congé en France et, à son retour, va travailler auprès du P. Nicholas Chia, notre futur archevêque, à la paroisse de la Sainte-Croix. Parmi les prêtres, il est celui qui tient la résidence, écoute, conseille et s’occupe plus spécialement des groupes de langue chinoise. Sa santé semble se maintenir. L’hémorragie cérébrale qui le paralyse du côté gauche surprend tout le monde. C’était le 5 janvier 1990 ; il allait sur ses soixante-dix ans.

    La dernière étape, à Béthanie, 1990-2006

    Après quelques semaines d’hospitalisation, il se retire à Béthanie, la maison pour prêtes âgés et handicapés, juste à-côté de l’établissement tenu par les Petites Sœurs des Pauvres. Il va y durer seize ans ! Pendant les premières années, il reste actif, enseignant des catéchumènes adultes, donnant des classes de Bible et même de français. Il célèbre une messe tous les jours à 10h30 ; une quarantaine de personnes de l’extérieur viennent y prendre part. Il est simple et direct et beaucoup l’apprécient. Il partage ses repas avec les autres confrères là  aussi à la retraite et qui vont partir avant lui, les P.H. Berthold, F. Dufay, A. Fortier et d’autres.

    Sa santé toutefois se détériore. Il devient moins mobile ; il ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant et reste allongé sur son lit le reste du temps. En 2002, il fait une chute, qui se solde par une fracture du crâne. Cette même année, il faut l’amputer d’une jambe qui se gangrène. Il souffre mais ne se plaint pas. Une fois seulement je l’ai entendu dire « c’est long, c’est long ! ». Tant qu’il le peut, il rejoint les confrères lors de diverses réunions ou célébrations.

    Mais bientôt, c’est trop et, petit à petit, il s’enferme dans un mutisme volontaire, ne parlant que rarement et à certaines personnes. Il est pourtant bien alerte le jour où nous fêtons ses soixante ans de sacerdoce et il manifeste par ses sourires et ses clins d’œil sa reconnaissance et sa joie. Son départ vers le Père le 26 mars 2006 est vraiment une délivrance. Il approchait de 86 ans. Les obsèques furent concélébrées par l’archevêque et une soixantaine de prêtres dans la chapelle de la maison et ses cendres  reposent au columbarium de la paroisse Sainte-Thérèse où il avait servi pendant quinze ans.

    Félix … tout simplement

    Il aime passer inaperçu. D’un abord simple et souriant, il n’est pas de ceux qui révèlent leur état d’âme. Il faut savoir le deviner et, derrière ses boutades, découvrir sa personnalité.

    La lettre qu’il écrivit pour demander la tonsure, alors qu’il était au séminaire d’Arras, est du Brygier grand cru :

    « 9 mai 1940

    Il a fallu la petite note de la circulaire pour me réveiller de ma torpeur, mais mieux vaut tard que jamais.

    En effet, je désire recevoir la tonsure qui me  liera plus étroitement à la famille des Missions Étrangères .. d’une façon juridique et cordiale. Inutile de vous dire mon indignité, c’est évident ; ma joie, c’est compréhensible ; et mon espérance, c’est humain.

    Je suis très heureux aussi de pouvoir vous dire que le moral est excellent : avec le Bon Dieu, on est bien n’importe où.

    Je me recommande enfin à vos charitables prières, ainsi qu’à tûtes celles de la Grande Famille et, d’avance, je vous en remercie, car j’en a besoin ».

    Un écrit qui sort de l’ordinaire !

    Il va de l’avant sans se précipiter. Il sait garder ce que le passé a de bon et donner espace et temps de réflexion aux gens qui l’approchent.

    Mais il est aussi l’homme de l’impromptu et de l’inédit, aimant dérouter ceux qui l’écoutent, puis il remet tout au clair avec un sourire et une boutade.

    Il expédie les affaires courantes au jour le jour, sans plan d’ensemble, ni vision lointaine, mais on le trouve toujours là où on a besoin de lui. Il sait se rendre disponible.

    Intelligent et curieux, l’étude de la Bible l’intéresse beaucoup. Il s’y donne avec persévérance, pour mieux la partager autour de lui. La préparation des adultes au Baptême est son fort et ce qu’il dit comble les lacunes du petit catéchisme traditionnel qu’il continue à suivre. Si on lui parle de livres mieux adaptés, il s’esquive en disant « c’est bon pour toi qui es intelligent. Moi, c’est la simplicité ! »

    Bien qu’il en parle peu, il reste attaché à sa famille et visite ses neveux et nièces lors de ses congés, souvent sans les avertir à l’avance. Un passage rapide, une enveloppe rouge qu’il tient à donner, un repas peut-être, quelques plaisanteries et il continue son chemin. Une de ses réussites, c’est d’avoir été confondu par un de ses neveux par alliance avec feu son frère aîné, « le tonton qui est mort est à la porte ! » dit-il à son épouse, n’en revenant pas de cette apparition. Comme il riait en nous racontant cette histoire !

    Bien marqué par ses années en Chine, il n’en était pas pour autant nostalgique, comme d’autres confrères. Ce qui compte, c’est aujourd’hui, ici.

    La Pologne, il l’évoquait parfois et, la dernière année de sa vie, il parlait en polonais avec un séminariste originaire d’Ukraine. Quand on le taquinait sur Jean Paul II, « Le Pape, c’est ton cousin ? », la réplique venait vite, « Ah, ah ! tu es jaloux .. ça t’en bouche un coin ! »

    C’est pendant ses longues années de maladie que l’on a pu deviner la profondeur et la simplicité de sa foi. On le trouvait souvent avec le chapelet à la main. Il s’abandonnait au Seigneur et le mutisme volontaire qu’il adopte alors est sans doute sa manière de rentrer dans l’intimité de Dieu.

    « Allons, me dirait-il, tu n’avais pas besoin de raconter tout ça !»

    Au revoir, Félix. Soixante ans de vie missionnaire en Asie, cela se marque.

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3675
    • Pays : Chine Malaisie Singapore
    • Année : 1946