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Jean-Pierre BRUYÈRE (1842-1883)

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    À la date du 14 décembre dernier, Mgr Puginier nous écrivait : « Je reçois une lettre m’annonçant que M. Jean-Pierre Bruyère vient de succomber, le 7 décembre, à une fluxion de poitrine, dans le séminaire de Phuc-Nhac, muni des derniers sacrements et assisté de quatre Missionnaires. Il a conservé la connaissance jusqu’au dernier soupir, et on n’a distingué son trépas que par un léger tressaillement, qui s’est fait remarquer sur son visage. On peut bien dire de lui que sa mort a été, comme sa vie, précieuse devant le Seigneur, car il était vraiment un homme de Dieu.

    M. Jean-Pierre Bruyère, né en 1842 dans le diocèse du Puy, qui a fourni un très grand nombre de Missionnaires à notre Congrégation, appartenait à une de ces familles patriarcales qu’une foi vive dispose aux grands sacrifices. Celle de notre cher et regretté confrère a donné trois prêtres à l’Église, dont deux se sont dévoués aux Missions-Étrangères.

    Le P. Bruyère étudia la théologie au séminaire des Missions-Étrangères de Paris, où il se fit remarquer par sa régularité, sa piété et son amour du travail. C’était un séminariste sérieux, agissant par esprit de devoir, mais qui, austère pour lui-même, ne l’était pas pour les autres. Ordonné prêtre à la Trinité de l’année 1870, il fut destiné à la Mission du Tong-King Ocidental, et le 1er janvier 1871, il mettait le pied sur la terre du Tong-King, objet de ses désirs, accompagné de dix Missionnaires, dont cinq pour notre Mission, trois pour celle du Tong-King Méridional, et deux pour le Tong-King Oriental.

    À l’exemple de ses confrères, il se mit avec ardeur à l’étude de la langue annamite, mais un défaut d’accent lui rendit difficile, dans les commencements, la prononciation des différents tons.

    Lorsqu’il fut en état de prêcher et d’entendre les confessions, je l’adjoignis à un vrai apôtre, le P. Thoral, auprès duquel il devait étudier les coutumes du pays et s’exercer au saint ministère.

    En 1874, au moment où nos chrétiens étaient en butte aux persécutions des lettrés, il montra une grande fermeté, et il préserva plusieurs villages des malheurs qui les menaçaient.

    Je lui confiai ensuite la direction d’un vaste district composé de six paroisses. Il a montré là un dévouement pour le salut des âmes au-dessus de tout éloge.

    Son zèle s’est exercé surtout dans une grande paroisse nouvellement érigée, où se trouvait un ramassis de chrétiens, que la pauvreté forçait à mener une existence presque vagabonde pour gagner leur vie. Ces malheureux étaient, en matière de religion, d’une grande ignorance, et ils étaient impliqués dans un vrai labyrinthe d’embarras de conscience. Notre cher confrère a travaillé pendant trois ans, sans bruit et avec une opiniâtreté remarquable, à les instruire et à les réconcilier avec Dieu. Il parcourait les maisons païennes, où il savait trouver des brebis égarées, et a ainsi ramené par centaines des familles qui auparavant n’avaient de chrétien que le nom de baptême.

    Il passait la plus grande partie des journées au saint tribunal, sans tenir compte de fréquents accès de fièvre, que sa force d’âme lui faisait surmonter. L’excès  de travail l’a souvent fait tomber évanoui, et mis dans un état qui faisait craindre pour ses jours.

    Plusieurs fois il a ainsi reçu l’extrême-onction ; mais, grâce à son énergie et à l’efficacité du sacrement, il finissait par prendre le dessus et, oubliant son mal, il continuait son travail comme auparavant.

    Il était très assidu à donner aux enfants une instruction religieuse aussi sérieuse que le comportait leur jeune âge, et à les préparer à la première communion.

    Mais tout en se dévouant aux soins des chrétiens, il ne négligeait pas la conversion des païens, et il a obtenu des résultats très consolants.

    En 1881, le P. Bruyère fut miné par une maladie, qui exigea un voyage au Sanatorium de Hong-Kong. Lorsque, grâce aux soins du bon P. Patriat, il fut assez bien remis pour reprendre le chemin du Tong-King, il se trouva heureux de retourner à son poste.

    Il entreprit alors la visite d’une vaste paroisse composée d’une trentaine de chrétientés dont un grand nombre, situées dans les montagnes, sont réputées et  sont en  effet malsaines, Là, pendant seize mois, il a encore travaillé avec une énergie incroyable, et le bon Dieu a béni ses travaux, car il y fait un bien immense.

    Au mois de juillet dernier, je l’invitai très instamment à prendre un peu de repos, mais le Père avait entrepris la visite de quelques chrétientés, et il voulut la terminer, malgré les fortes chaleurs de l’été ; ce n’est que vers la mi-novembre qu’il a consenti à prendre un peu de vacances ; et il se sentait, disait-il, aussi vigoureux que jamais.

    Malheureusement il a été  exposé par accident, pendant plusieurs heures, à une forte pluie qui lui a occasionné la fluxion de poitrine dont il est mort au bout de huit jours.

    Je puis bien dire que j’ai perdu en M. Bruyère un des plus saints et  des plus zélés Missionnaires que j’aie connus. Plusieurs prêtres indigènes, qui travaillaient avec lui, m’ont dit avoir été effrayés, à plusieurs reprises, de sa ténacité au travail, malgré l’état de maladie et de faiblesse extrême où il se trouvait. Il a combattu les combats du Seigneur, il a rempli sa carrière, bien qu’il fût encore dans la force de l’âge, et, la veille de la fête de l’Immaculée-Conception, il est allé recevoir la récompense promise aux bons et fidèles serviteurs.

     

    Fortis est ut mors dilectio.

    ( Cant, VIII, 6 )

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1081
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1870