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Cyprien BRUGIDOU (1887-1962)

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    Les années de préparation

    Le Père Cyprien BRUGIDOU est né le 4 octobre 1887 à Cransac, cité importante du bassin houiller de Decazeville, où son père est entrepreneur des mines.

     

    Ses parents, avec leurs quatre enfants, dont l’aîné est une fille, et Cyprien, le second des trois garçons, viennent bientôt s’établir au Gua, paroisse voisine de Cransac, et ils ne tardent pas à y gagner l’estime de toute la population. Un vicaire zélé remarque bien vite, dans cette famille profondément chrétienne, les trois jeunes frères, et il les envoie l’un après l’autre au petit séminaire Saint-Pierre de Rodez. Les deux premiers arriveront au sacerdoce.

     

    Cyprien est de santé assez fragile et d’apparence frêle. C’est un hon élève, aimé de ses maîtres et de ses camarades. Il est un peu taquin, pince-sans-rire, mais il a des sentiments profonds très délicats et une amitié fidèle.

     

    Après sa Rhétorique, il entre au grand séminaire de Rodez. Il a alors 18 ans. Aussi, pour éviter la loi de trois ans qui menace les séminaristes, est-il invité à s’engager pour un an dans l’armée. C’est pendant son service militaire que se précise sa vocation missionnaire. Et, le 3 octobre 1906, il arrive au séminaire de la rue du Bac où d’emblée il se trouve dans son élément, nullement dépaysé, puisque, à cette époque, ils sont nombreux les jeunes Aveyronnais qui entrent aux Missions Etrangères de Paris. Mais, en janvier 1907, il est rappelé à l’armée où il restera jusqu’en août 1908. Revenu au séminaire, il est ordonné sous-diacre le 11 mars 1911 et diacre le 1er avril suivant. Toujours fragile de santé, il obtient de passer quelque temps au sein de sa famille ; pendant ce repos forcé, il s’occupe des garçons de la paroisse, qui ne demandent qu’à suivre celui qui sait si bien les aimer et les comprendre. Rentré à la rue du Bac, il est ordonné prêtre le 29 septembre 1912. Le soir même il reçoit son affectation pour la Mission de la Cochinchine Occidentale ; mais on lui demande de surseoir à son départ jusqu’à ce que sa santé soit suffisamment forte. Ce temps de répit, il le passe, en compagnie de son frère aîné, à l’Institut Catholique de Toulouse où il obtient sa licence en théologie.

     

    Enfin, le 14 mai 1913, il s’embarque à Marseille pour sa Mission. Dès son arrivée à Saigon, il est envoyé à Cho Dui, grosse paroisse de la banlieue, puis dans l’Ouest cochinchinois, à Caimon, une chrétienté modèle. Sa connaissance de la langue est jugée suffisante dès 1914, puisqu’il est alors nommé curé de Tayninh. Il n’y reste pas longtemps car, en 1915, il est mobilisé, d’abord à Saigon, comme infirmier, puis en France, comme caporal brancardier. Il reste au front jusqu’à la fin de la guerre, y gagne une citation à l’ordre de son régiment et la croix de guerre, mais il y récolte aussi les « gaz  », dont il se ressentira toute sa vie.

     

     

    Le Missionnaire

     

    En 1919 la guerre est terminée et c’est le second départ. Le P. BRU­GIDOU ne se sent pas le courage de dire adieu aux siens. Un jour, il prétexte un voyage qu’il doit faire à la Procure de Marseille. « Tu embrasseras maman pour moi, et tous, dit-il à son frère, à la gare de Cransac; je ne la reverrai pas. »  Et de fait il n’acceptera jamais de revenir voir sa famille et son pays, ce qui ne l’empêchera pas de leur conserver un amour profond, comme ne cessera de le témoigner sa correspondance durant toute sa vie de missionnaire.

     

    Rentré au Vietnam, il est d’abord nommé à Rentre, au sud-ouest de Saigon ; puis, en 1921, il passe au nord, à Thudaumot. Sa paroisse c’est toute une province, qui commence seulement à se couvrir ici et là de plantations d’hévéas, arrachées à la brousse. C’est en charrette à bœufs  qu’il va rendre visite à ses chrétiens dispersés, et, au cours de ses longues randonnées, il lui arrive de rencontrer tigres et panthères qui lui font parfois plus de peur que les Allemands durant la guerre...

     

    Après une dizaine d’années passées dans cette région malsaine où il a contracté le paludisme, il est nommé en 1930 dans un poste plus sain, à Phanthiet, le plus gros port de pêche du Vietnam, qui compte alors un millier de chrétiens. Il y restera pendant trente deux ans, jusqu’à sa mort. Il s’y montrera missionnaire missionnant, prêtre dans toute l’acception du terme, dévoué, aimant et aimé. Malgré Sa carrure imposante et sa voix puissante, il n’effraie personne, tant sa bonté transparaît à travers ses plaisanteries. La Providence ne lui épargne ni peine ni maladies, maintenant son apostolat à l’ombre de la Croix. Les « gaz » et le paludisme continuent à lui mener la vie dure ; il leur oppose ses moyens de défense à lui, ses médicaments à lui ; et il finit, tant bien que mal, par en triompher provisoirement. Comme chef de district, il voyage beaucoup pour visiter ses petites chrétientés ; mais, pour cela, il a remplacé la charrette à bœufs par une héroïque 5 CV Citroën, à laquelle il a fait subir d’originales transformations pour qu’elle puisse rendre les services qu’il exige d’elle.

     

    En mars 1945, peu après le coup de force nippon, il est arrêté par les Japonais, incarcéré et nus aux fers à la prison provinciale sous le fallacieux prétexte qu’il aurait fait des signaux lumineux à un sous-marin américain croisant devant son presbytère dans la baie de Phanthiet. Il est relâché au bout d’un mois, couvert de vermine et très affaibli, et évacué sur la clinique Saint-Paul de Saigon.

     

    Lorsque Phanthiet est réoccupé par les troupes françaises, à h fin de 1945, le P. BRUGIDOU regagne son poste ; mais il y retrouve son beau presbytère incendié et une partie de son église détruite par les Vietminh. Très prosaïquement il s’installe dans une partie de son école restée intacte et se met à reconstruire. Lorsque le presbytère est terminé, au lieu d’aller l’occuper, il y loge les sœurs de N.-D. des Missions, qui ont bien voulu venir diriger ses écoles.

     

    Bientôt sa paroisse s’accroît de toute une masse de réfugiés du Tonkin, fuyant le communisme. Là où il n’y avait qu’un millier de chrétiens en 1945, il y en aura bientôt plus de 20 000 qui se grouperont en de nouvelles paroisses. Celle du P. BRUGIDOU en gardera près de 4 000 ; c’est trop pour un curé seul ; un vicaire lui est accordé, sur lequel le Père ne tardera pas à se décharger de presque toutes ses fonctions. En 1957, à la suite d’une nouvelle division ecclésiastique, le district de Phanthiet est détaché du vicariat apostolique de Saigon et intégré à celui de Nhatrang. Le Père en profite pour demander à son nouvel évêque, Mgr PIQUET, une « toute petite place », l’aumônerie de la communauté des sœurs de N.-D. des Missions. Il reste cependant fidèle à son confessionnal et passe chaque semaine plusieurs heures à l’église à la disposition de ses pénitents. Et c’est dans l’accomplissement régulier de cette tâche quotidienne qu’il entend se maintenir à Phanthiet jusqu’à sa mort.

     

     

    Les derniers mois

     

    En mars 1960, le Père a un accident de bicyclette. L’année suivante, la maladie lui fait perdre 25 kilos. Il s’affaiblit de plus en plus , il ne cesse plus de tousser et son emphysème l’oppresse. Mais il ne se plaint jamais, ayant l’habitude de la souffrance rédemptrice. Son évêque lui propose une place à la villa Cuénot, maison de retraite des vieux missionnaires à Nhatrang. Il décline cette offre, voulant mourir dans sa paroisse. Mais il se fait une joie d’aller à l’évêché, au début de 1962, pour participer aux exercices de la retraite annuelle. Hélas ! au moment voulu il se trouve trop faible et doit en faire le sacrifice. Bientôt il doit renoncer à l’air frais qu’il venait humer, un livre à la main, sur les marches de l’école, car il ne peut plus supporter le moindre courant d’air. Il est obligé de supprimer sa douche d’eau chaude et finalement il en arrive à ne plus pouvoir se laver, ne serait-ce qu’avec un linge humidifié. A mesure que le mal augmente, il souffre de sa solitude ; et, souvent, il se rend jusqu’à la cure faire une petite visite et s’enquérir des nouvelles.

     

    Dans la matinée du 18 juin 1962, il heurte un meuble en circulant dans sa chambre ; sa jambe droite enfle et, le lendemain, il ne peut célébrer la sainte messe. Le médecin veut le faire hospitaliser à Saigon ; il s’y refuse catégoriquement, ne se rendant pas compte de son état. En cachette, il se fait faire quelques piqûres par un infirmier. Dans la nuit du 26 au 27, son ancien vicaire le trouve au plus mal ; au matin, le Père lui-même, en pleine connaissance, recon­naît que sa fin approche. Il se montre alors très docile. Il reçoit les derniers sacrements avec un grand esprit de foi, et c’est dans une paix profonde qu’il passe sa dernière heure. Il répond doucement aux pieuses suggestions qui lui sont faites et, à 10 heures, il rend le dernier soupir, assisté du vicaire vietnamien qu’il estimait beaucoup et qui ne l’a pas quitté un seul instant.

     

    Toute la paroisse prend le deuil, organise la veillée funèbre et collecte de l’argent pour faire célébrer de nombreuses messes. Les obsèques ont lieu le 30 juin, en présence d’une vingtaine de prêtres et de deux mille fidèles. Le P. CAILLON, curé de son ancienne paroisse, chante la messe des funérailles, avec diacre et sous-diacre. Le P. DOZANCE, supérieur régional, fait la conduite au cimetière ; mais, avant de revenir au chevet de l’église, où doit avoir lieu l’inhumation, le convoi funèbre fait le tour du quartier catholique, le bon pasteur passant une dernière fois au milieu de ceux qui furent les siens.

     

     

    • Numéro : 3147
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1913