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Roland BROSSARD (1919-2000)

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    Forte carrure, allure décidée, voix qui commande, barbe abondante, il possède tout ce qui est requis d’un curé de paroissiens tamouls. Flanqué pour un temps d’un grand chien danois efflanqué, puis de bergers allemands qu’il fait obéir en leur parlant français, il ajoute au folklore dans la cour de l’église de Teluk Anson. Et pourtant, ce Franc-Comtois à l’aspect si robuste a toujours dû faire face à des accrocs de santé. « Pendant son séminaire, il n’a jamais pu arriver au bout d’une année scolaire » dit un de ses amis.

     

    Né à Charquemont, dans le Doubs, de parents cultivateurs, qui surtout en hiver font aussi de l’horlogerie, il est l’un des treize enfants – huit garçons et cinq filles – de la maison. Après les années d’école primaire, où il est un boute-en-train doué, il entre au petit séminaire de Maîche où il passe son baccalauréat, puis poursuit ses études à Faverney et fait une année de théologie à Besançon. Son supérieur écrit : « Nous n’avons eu qu’à nous lourer de son bon esprit, de son dévouement et de son travail. Gai et plein d’entrain, il paraît vigoureux et rien ne laissait prévoir la nouvelle défaillance (de santé) qui l’a arrêté durant son noviciat à Tournus ».

     

    En effet, Roland qui est le cousin du père Hippolyte Berthold déjà en poste à Singapour, désire aussi être missionnaire, et pour ce faire joint les Pères Blancs. Après quatre semaines chez  eux, il est pris d’une grande fatigue, qu’on ne peut expliquer. « Il est clair qu’il ne pourra pas tenir dans les chaudes régions africaines, et les Missions Étrangères lui offriront un champ d’apostolat moins redoutable ! » Ainsi s’exprime le même supérieur de Besançon dans sa lettre au séminaire de la rue du Bac. A-t-on encore en mémoire cette remarque lorsqu’on le destine à la mission de Malacca, si près de l’Équateur ? Alors qu’il avait été mobilisé en fin d’année 1939, il sera réformé au bout de trois semaines ; il ne fera donc ni service ni guerre.

     

    Admis aux Missions Étrangères en octobre 1943, il s’y trouve à l’aise, aspirant agréable, simple et sans histoire, et toujours boute-en-train. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1946 par Mgr Lemaire et reçoit sa destination pour la mission de Malacca en février 1947. Parmi les confrères du « bateau », on trouve P. Decroix, M. Sumon, J. Jacquemin, F. Godesdt.

     

    Les débuts, 1947-1953

    Parti en mai 1947 et débarqué à Singapour un mois plus tard, il est affecté à l’apostolat auprès des Indiens tamouls. Il est envoyé à Penang pour s’initier à leur langue et coutumes, auprès d’un vétéran, le P. Louis Riboud. Missionnaire de plein vent pendant de longues années dans les plantations du Nord de la Malaisie, ce dernier est maintenant curé de la paroisse St François Xavier où il vit d’une manière toute spartiate. Les paroissiens sont nombreux, plutôt pauvres, et il y a certainement du travail pour le nouvel arrivant.

     

    Un an à la « Riboudiière » comme certains appelaient le presbytère délabré, et il est temps de faire un saut à Singapour. Il assiste le P. Aloysius, un prêtre tamoul, grand ami des Missions Étrangères – qui deviendra plus tard membre honoraire de la Société – à la paroisse de Notre Dame de Lourdes. Il se lance et prêche un triduum pour la fête de la paroisse. Il y rencontre de nouveaux confrères et y retrouve ses compatriotes, les pères H. Berthold et P. Barthoulot.

     

    Puis, de mai 1949 à février 1952, Roland Brossard est à la paroisse Saint Antoine de Kuala Lumpur, auprès du P. D. Vendargon qui, en 1955, deviendra le premier évêque de la capitale. Paroisse urbaine, avec une présence à assurer dans les plantations d’hévéas  et plusieurs petites villes sur un rayon de 50 à 80 km. Il circule à moto. Sa bonne connaissance de l’anglais et du tamoul facilite les contacts. À cette époque-là, il n’y a que quatre paroisses dans la ville et la pastorale des Chrétiens se fait selon les langues et les ethnies : l’anglais à St Jean, le chinois au Rosaire, le tamoul à St Antoine et à St Joseph dans le faubourg de Sentul.

     

    Le P. Brossard se donne à plein, mais dès février 1952, fatigué, vidé, il doit prendre plusieurs mois de congé. En juillet, il se remet à la pastorale comme « co-curé » du P. Mamet – encore un « pays » - à 25 km au Sud de la capitale, dans la petite ville de Kajang, réputée pour ses brochettes de viande grillée que l’on déguste avec une sauce à base de cacahuètes. Tout semble rentrer dans l’ordre et en avril 1953, il est nommé à Teluk Anson – nom changé aujourd’hui en Teluk Intan – petite ville de la côte Ouest, à 150 km au Nord de Kuala Lumpur.

     

     

    Teluk Anson, avril 1953-octobre 1959

    Il s’agit là d’une communauté importante, d’environ 3.000 Chrétiens. Le père chargé des Indiens en est traditionnellement le curé, assisté, dans la mesure du possible, par un autre prêtre pasteur des Chinois. Le P. Brossard s’occupe de quelque 2.300 paroissiens tamouls dispersés en 25 villages et plantations sur des distances qui vont de 7 à 150 km. Il est assisté, pour les Chrétiens chinois, par le père Grandvillemin, lui aussi Franc-Comtois, puis par le P. Montagne, suivi du P. K’l, un Chinois originaire du Yunnan. Les baptêmes d’adultes sont nombreux ; on en compte une centaine en 1955.

     

    Le P. Brossard a aussi la responsabilité directe de cinq écoles. En ville, les Dames de Saint-Maur et les Frères des Écoles Chrétiennes ont des institutions en pleine croissance. Il va jusqu’à la station d’attitude de Cameron Highlands pour célébrer avec les Chrétiens travaillant dans les plantations de thé. C’est loin de chez lui, mais il a une bonne voiture, et là-haut il peut passer quelques jours avec son ami, le P. Mamet, pasteur des Chinois et responsable de la maison régionale.

     

    C’est un fonceur et il ne sait pas ménager ses forces. Le couvre-feu – résultat de l’état d’urgence par lequel l’armée anglaise essaie de contrôler la guérilla  communiste anti-coloniale – rend les longs voyages difficiles. Les villages où ont été regroupés les paysans chinois sont entourés, de barbelés ; il n’y a plus de culture en dehors du périmètre contrôlé. La police et l’armée surveillent strictement l’entrée et la sortie de ces « nouveaux villages »,zones dites stratégiques, trouvaille tactique du général Templer : les véhicules, les sacs, et même les poches sont passés au peigne fin. Il faut une permission pour avoir avec soi des médicaments, des boîtes de conserve, du riz, même en petite quantité. Pour Cameron Highlands, on ne peut y monter ou en descendre qu’en convoi, avec une auto-mitrailleuse en tête et une autre en arrière-garde. Après la visite des Chrétiens dans les plantations – on ne les rencontre que l’après-midi quand le ramassage du latex est terminé – il est souvent trop tard pour rentrer à Teluk Anson. À défaut d’un lit que lui offre parfois un planteur ami – les bâtiments où vivent les ouvriers sont bien trop exigus pour accueillir un visiteur – il passe la nuit dans sa voiture où, vu sa taille, !l se trouve plus qu’à l’étroit. Mais qu’importe ! Ses reins, dont il souffre, n’en disent pas autant.

     

     

    Retour en France, fin 1959

    Malade, il part en France fin 1959, juste un an après son congé régulier. De quoi souffre-t-il au juste ? Cela n’a jamais été clair pour les confrères de Malaisie. On a dit plus tard qu’il s’agissait d’une maladie dite « de la crête de conq » qui se manifeste par des hémorragies ;

     

    Les Échos de juillet ou août (?) 1960 nous disent : « les PP. Rapenne et Brossard ont été nommés, à titre temporaire, professeurs à l’école missionnaire de Ménil-Flin à la place des PP. Thomann et Balanant ». Le compte rendu de 1962 précise que « le P. Roland Brossard est professeur de français en 6° et d’anglais en 6° et 5° ».

     

    Et nous concluons avec ces lignes u P. A. Volle : « On fut surpris de ne pas le voir revenir. On se souvint alors que, malgré les apparences, sa santé avait toujours été assez fragile. Il avait aussi fait savoir qu’il trouvait très difficile de travailler dans le diocèse de Penang. L’administration diocésaine, disait-il, ne se souciait guère des paroissiens parlant tamoul ». Le nouvel évêque, nommé en 1955, est un Chinois de Singapore. Les prêtres originaires de Chine et les MEP anciens de Chine sont alors nombreux. Les communautés catholiques chinoises sont bien vivantes, augmentent en nombre – car il y a des baptêmes d’adultes – et encore une trésorerie positive. Les groupes tamouls, eux, vont leur train, attachés à leurs dévotions, mais ça ne bouge guère et les caisses sont souvent vides. Alors on, peut comprendre la lassitude et le découragement.

     

    Roland Brossard, qui a vécu une trentaine d’année en France ne semble guère avoir gardé de liens avec la Malaisie – nous n’avons jamais reçu une lettre de lui  où, pendant plus de douze ans, il a donné le meilleur de lui-même, en particulier durant soin séjour à Telok Intan – la Baie des Diamants ! Avec générosité, il a partagé la Parole et le Pain de Vie. Merci pour ce pasteur fidèle et stimulant.

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3774
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1947