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Benoît BRISARD (1816-1878)

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    Le diocèse de Nantes, écrivait Mgr Laouënan à Mgr l’Évêque de Nantes, par la mort de M. Brisard, a perdu un des Missionnaires qui lui faisaient le plus d’honneur ; et la Mission de Pondichéry , un de ses prêtres les plus pieux et les plus dignes, un de ses ouvriers les plus vaillants. Pendant les 30 années que M.Brisard est demeuré en Mission, il n’a donné à ses supérieurs que des consolations et des joies ; à ses Confrères , que de bons exemples ; aux chrétiens , que des témoignages d’une affection inaltérable et d’un dévouement qui est allé jusqu’au sacrifice de la vie.

    Durant les deux années de famine que nous venons de traverser, il s’est dépensé lui-même , au delà de toute mesure, pour le soulagement des pauvres affamés et le salut des âmes. De toutes les provinces affligées par la sécheresse et la misère, celles de Salem a été la plus éprouvée ; on estime qu’elle a perdu 500,000 habitants sur environ 2,000,000 ; et dans la province , la ville de Salem qui en est le chef-lieu, était le rendez-vous de tous les affamés et de tous les malheureux.

    Au milieu de ce tourbillon de misères, de maladies et de morts, le cher Père, toujours maître de lui-même , toujours actif , toujours patient et doux, ne restait insensible à aucun besoin, sourd à aucune prière. Le jardin de l’église et son habitation étaient , nuit et jour, remplis de pauvres gens mourant de faim, de catéchumènes qui apprenaient les prières , souvent même de cadavres qu’on lui apportait pour qu’il leur donnât la sépulture…

    Ce qui, au milieu de telles calamités, soutenait son courage et consolait son cœur , c’était le côté providentiel du fléau, à l’occasion duquel tant d’âmes étaient sauvées.  Et, de fait, combien d’âmes lui doivent le bienfait de la régénération pendant ces 2 années ! Ses comptes d’administration portent :

     

    Pour l’année 1876-1877, 2,243 baptêmes d’enfants in art. mortis.

    et 2,830 baptêmes d’adultes avec leurs enfants.

    Pour l’année 1877-1878,  7,260 baptêmes d’enfants in art. mortis.

    et 5,597 baptêmes d’adultes avec leurs enfants.

    En tout 17,930 baptêmes de païens.

     

    Presque tous les enfants baptisés in articulo mortis sont morts ; la moitié des adultes ont eu le même sort.

    Aussi quelle belle couronne d’âmes, sauvées par lui, aura entouré sa chère et belle âme à sa sortie de ce monde, et l’aura conduite au pied du trône de Dieu pour en recevoir l’éternelle récompense !

    Sa mort, d’ailleurs, a été aussi admirable, aussi apostolique que sa vie. Il était malade depuis longtemps, et depuis longtemps je le sollicitais de venir  se reposer et se soigner à Pondichéry . Mais il ne pouvait se résoudre à quitter ses nombreux néophytes et ses chers orphelins. Cédant enfin aux instances des Confrères et aux miennes, il se décida à se mettre en route, en compagnie du bon Père Fricaud, son compatriote et son ami. Mais arrivé à Madras, il était si faible que Mgr Fennelly, Vicaire Apostolique de cette ville ne lui permit pas d’aller plus loin et fit aussitôt appeler le médecin de la Mission.  Dès le jour de son arrivée, m’écrit Mgr Fennelly, nous comprîmes qu’il n’y avait plus lieu d’espérer sa guérison. J’invitai en conséquence le Père Fricaud à lui administrer les derniers sacrements, que le malade lui-même avait demandés et qu’il reçut avec une grande dévotion. Il est mort ce matin, un peu après 9 heures (30 septembre).

    La cause prochaine de sa mort est un développement extraordinaire du foie. Mais la cause éloignée, c’est indubitablement l’excès du travail, les courses multipliées, faites par un soleil de feu, pour soulager les misères dont il a été entouré à Salem. Il est allé recevoir sa récompense ! Pour lui l’échange est heureux, sans doute, mais quelle perte pour votre Vicariat !

    Un journal protestant, le Madras Mail, a rendu à notre bien regretté Confrère le même témoignage :  Les dernières années du Père Brisard se sont passées dans le district de Salem, où il a contracté la maladie qui a terminé sa carrière terrestre. Il était un des membres les plus zélés et les plus actifs du Comité pour le soulagement des affamés à Salem, et il était accablé de chagrin, en voyant les ravages causés par la famine parmi les pauvres de ce district ; tandis qu’il n’épargnait aucun effort pour soulager les misères dont il était le témoin, dans toutes les parties de sa grande Mission. Ceux qui ont connu ce bon Père n’ont aucun doute qu’il a sacrifié sa santé et donné sa vie pour la cause de l’humanité souffrante....

    M. Benoît Brisard était né à Saint-Hilaire de Chaléon, au diocèse de Nantes, le 26 décembre 1816 ; entré clerc minoré au Séminaire des Missions, le 26 février 1846, il y reçut la prêtrise le 23 Mai 1847 et partit pour Pondichéry , le 1er août de la même année .

     

     

    • Numéro : 541
    • Pays : Inde
    • Année : 1847