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Jean-Baptiste BRINGAUD (1837-1904)

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    M. Jean-Baptiste Bringaud naquit à Ussel (Tulle, Corrèze), le 1er juillet 1837, dans une famille foncièrement chrétienne. Petit de taille et d’une constitution chétive, l’enfant se montra de bonne heure plus porté à l’étude qu’aux travaux de la campagne. C’est pourquoi, lors­que, au lendemain de sa première communion, ses parents crurent devoir orienter Jean-Baptiste vers l’état de vie qui semblait lui con­venir le mieux, ils songèrent d’abord à le placer dans une étude de notaire. Sans doute, ils eussent désiré qu’il fût prêtre, mais ils n’osaient espérer un tel honneur pour leur famille. Et cependant la vocation au sacerdoce germait chez leur enfant, sous les religieuses influences du foyer domestique.

    À quatorze ans, Jean-Baptiste entrait au petit séminaire de Servières, où bientôt sa piété et ses heureuses dispositions, plus encore que son ardeur au travail, le firent remarquer de ses maîtres et de ses condis­ciples.

    L’attrait qu’il éprouvait pour l’état ecclésiastique ne fit que croître avec l’âge et le progrès dans les lettres humaines. Ses classes ache­vées, le jeune homme n’hésita pas à frapper à la porte du grand séminaire de Tulle. Il y passa tout juste le temps nécessaire pour étudier sa vocation à l’apostolat dans les missions lointaines. En vain les confidents de son secret lui opposèrent-ils sa délicate constitution et le bien à opérer dans le diocèse, rien ne put l’arrêter. Le maître l’appelait, et, nouveau Samuel, le jeune lévite voulait obéir.

     

    Il nous raconte lui-même dans ses notes son arrivée à la rue de Bac. J’entrai laïque au séminaire des Missions-Étrangères, le 17 novembre 1860. Je n’avais pas la permission de ma famille, mais l’économe du grand séminaire avait bien voulu me rendre une partie de la somme déjà versée pour le premier trimestre de l’année scolaire.

    Un de mes amis d’enfance, avec qui j’avais parlé de ma vocation, me rejoignit bientôt après à la rue du Bac. C’était M. Jules Dubernard, missionnaire au Thibet depuis 1864. Quelques anciens aspirants, notamment MM. Gernot, Thiriel et Rabardelle, se chargèrent du soin de nous habituer. Je trouvai cette tâche noble et délicate, et j’entrai dans leur compagnie pour l’exercer moi-même à l’égard des nouveaux venus. Ma mère, qui n’avait jamais voyagé, vint seule à Paris dans le dessein de me rapatrier. Après quelques jours, elle s’en retourna seule comme elle était venue, mais contente et rési­gnée.

     

    Ordonné prêtre le 30 mai 1863, M. Bringaud reçut, avec le futur évêque de Dardanie, Mgr Bourdon, sa destination pour la mission de Birmanie qui avait été confiée, depuis quelques années seulement, à la Société des Missions-Étrangères. Ils débarquaient à Rangoon, le 8 octobre de la même année.

    Je partis de cette ville, écrit encore notre confrère dans ses notes, le 21 janvier 1864. Mgr Bigandet, alors vicaire apostolique de toute la Birmanie, m’envoyait à Thinganaing. Je devais y remplacer, auprès de M. Naude-Theil, M. Tardivel, qui venait d’être chargé de fonder un nouveau poste dans le district de Henzada. Le voyage, effectué en barque ou à pied, ne dura pas moins d’une semaine. J’arrivai littéralement exténué. Pour comble de malheur, je ne rencontrai personne à la résidence de Thinganaing. MM. Naude-Theil et Devos arrivèrent enfin vers 5 heures du soir ; ils venaient de Henzada. L’un deux avait fait une chute de cheval ; ils en riaient encore, et la gaieté alla en augmentant, à mesure que je leur racontais mes propres aventures de voyage.

    M. Naude-Theil, trop absorbé par les travaux de construction pour me donner lui-même des leçons de birman, me confia à un maître d’école. Surtout, me dit-il, attention de bien prononcer...   Je profitai du conseil qui était sage, et ne tardai pas à me débrouiller. Avant Pâques de l’année suivante, mon curé, me donna l’ordre de visiter le district. Mon catéchiste vous accompagnera, me dit-il, vous n’aurez qu’à lui indiquer le sujet des instructions, et il se tirera toujours bien d’affaire.  Je pris aussi avec moi mon servant de messe, Gabriel Po-si, dans le but de le former moi-même et d’en faire un catéchiste pour plus tard. Il devint dès lors mon compagnon inséparable et, jusqu’à sa mort, arrivée il y a quelques années, ce fervent catéchiste a travaillé autant et plus que moi à la conversion de ses compatriotes. Sans lui, qu’aurais-je pu faire à Mittagon ? Tout en parcourant les chrétientés du district de Thinganaing, je me gardai bien d’abandonner l’œuvre de l’évangélisation des païens, et c’est vers le nord-ouest que je dirigeai particuliè­rement mes efforts. Avec la permission du vicaire apostolique, je quittai Thinganaing pour m’installer à Mittagon, le 8 novembre 1868, quatre ans et un mois, jour pour jour, après mon arrivée en Birmanie.

     

    On l’a vu, la formation apostolique, tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique, ne laissa rien à désirer chez M. Bringaud. Toujours fidèle à ses exercices spirituels, il ne demandait qu’à se sacrifier au salut des âmes. Il n’est donc pas étonnant que son zèle ait été couronné des plus beaux succès.

    Dès 1875, Mgr Bigandet pouvait écrire les lignes suivantes : M. Bringaud, dans son district de Mittagon, qui occupe un des plus beaux sites du pays, a réalisé, tant au matériel qu’au spirituel des œuvres qui réellement ont excité ma surprise et mon admiration au plus haut degré. J’ai chaleureusement félicité notre confrère des résultats extraordinaires qu’il a obtenus, grâce à des efforts aussi intelligents que persévérants.

    Plus tard, en 1882, l’évêque de Ramatha revient à la charge et nous livre le secret de M. Bringaud pour remporter de si beaux succès : Ce cher confrère réussit tout particulièrement à communiquer son zèle ardent à ses catéchistes et à un bon nombre de chrétiens. C’est par eux que la religion est prêchée dans les endroits où ils vivent ; ce sont eux qui préparent la voie au missionnaire. Dieu a bien voulu bénir les efforts de M. Bringaud parmi les différentes races qui peuplent son district. Partout on élève des chapelles, qui servent de lieu de prières aux fidèles et offrent un logement convenable au missionnaire, lors de ses visites.

     

    Non content de travailler parmi les Carians, M. Bringaud se met aussi en relation avec une tribu qui habite le versant oriental des montagnes de l’Arracan et qui est un rameau de la grande famille des Singphos, que les Birmans appellent Kyins ou Chins. À notre con­frère revient l’honneur d’avoir fondé une mission, aujourd’hui très prospère, parmi ces braves montagnards.

    Nombreux sont les postes, détachés successivement de celui de Mittagon et qui comptent emsemble 6.000 chrétiens : on trouve Yenan­-daung et Siu-lu, au nord ; Dambes et Letthama, au sud. Malgré ces démembrements successifs, le district de Mittagon tient toujours la tête avec sa population de 3.000 chrétiens. Ce chiffre résume éloquem­ment, à lui seul, tout ce qu’on peut dire du zèle apostolique de M. Bringaud.

    Ajoutez à cela que notre regretté confrère ne fut jamais d’une santé robuste, mais plutôt chétive, souvent même chancelante ; ce qui prouve que la vie et l’exercice au grand air lui étaient salutaires, tout en étant profitables aux chrétiens et aux païens.

    L’infatigable apôtre crut cependant devoir se reposer, à deux reprises, en 1883 et en 1895, et aller réparer ses forces au pays natal. Incapable de rester inactif, il publia alors dans les Missions catholiques une étude ethnologique sur ses chers Carians. Cette étude, aussi remarquable que remarquée, valut à l’auteur l’honneur d’être nommé, en 1883, délégué correspondant, et, en 1891, membre de la Société aca­démique indo-chinoise. Et, en effet, dans ses rares instants de loisir, le missionnaire de Mittagon trouvait le temps de consigner par écrit les précieux renseignements qu’il recueillait au cours de ses excur­sions, sur les mœurs, les coutumes et la religion des peuplades qu’il évangélisait. Son travail sur les Kyins n’est pas moins intéressant et documenté que son étude sur les Carians.

     

    Les chrétiens avaient pour lui une véritable affection. Ils le prou­vèrent au jour de ses funérailles, lorsque, soudain, la mort vint moissonner le vieil et courageux apôtre. Comme nous l’avons dit plus haut, M. Bringaud ne demandait qu’à se sacrifier pour les âmes ; nous devons ajouter maintenant qu’il est mort à la tâche. Malgré ses soixante-sept ans, il venait, au plus fort des chaleurs, de faire une tournée d’administration. De retour à sa résidence, il fut pris d’une fièvre qui l’obligea à s’aliter. D’ailleurs, on ne remarquait en lui rien d’alarmant. Il y avait une quinzaine de jours que, plutôt fatigué que malade, il gardait la chambre, lorsque, le samedi 7 mai à 11 heures du matin, son vicaire, M. Herzog, vint le voir et lui demander s’il vou­lait prendre quelque nourriture. Merci, répondit le vieillard ; ne vous inquiétez pas, je n’ai besoin de rien...  M. Herzog s’en alla sans avoir remarqué rien d’extraordinaire dans l’état de son curé. Quelle ne fut pas sa douleur, lorsqu’il se vit appelé à la hâte, deux heures plus tard, pour constater, hélas ! que M. Bringaud n’était plus ! Il n’en pouvait croire ses yeux, et, après s’être assuré que le corps était encore tout chaud, il risqua une dernière absolution. Chose extraordi­naire: l’attitude du défunt était celle d’un homme qui dort paisible­ment. Les jambes en dehors du lit, la tête appuyée sur un bras : c’est en cette position que l’apôtre, brisé et à bout de forces, était entré dans le repos éternel.

    La cérémonie de l’enterrement, fixée au mardi 10 mai, fut des plus solennelles à cause du grand nombre de prêtres et de fidèles qui se firent un devoir d’y assister. M. Saint-Guily, ancien vicaire de la paroisse, chanta la messe. En l’absence de Mgr Cardot, alors en tour­née de confirmation à Mandalay, M. Luce, provicaire de la mission, donna l’absoute et conduisit le corps au cimetière.

    Le fondateur de Mittagon repose à droite de la grande croix qui, à quelques pas de la résidence et de la nouvelle église en construction, protège de son ombre le champ des morts. À gauche, est la tombe de Gabriel Po-si, le fidèle catéchiste et le bras droit de M. Bringaud dans l’évangélisation de la contrée : Et in morte non sunt separati.

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 834
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1863