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Martin BRILLET (1845-1886)

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    Le P. Martin-Henri Brillet naquit à Bonnœuvre (Loire-Inférieure), le 16 août 1845, et entra au Séminaire des Missions-Étrangères le 28 juillet 1870, après avoir fait au Petit et au Grand-Séminaire de son diocèse de brillantes études littéraires et théologiques. La guerre le força de retourner à Nantes, d'où il revint dès que la paix fut conclue, et le 31 janvier 1872, il s'embarquait pour la mission de Cochinchine Septentrionale.

    Dieu possède d'insondables secrets, et si parfois l'homme croit les avoir découverts, parce qu'il juge l'avenir d'après ses espérances, il doit bientôt s'avouer que 'ses jugements sont vains et sa confiance frivole.

    Doué d'une haute intelligence, d'un grand cœur, d'une mémoire heureuse, fortement attaché à sa vocation, le P. Brillet, semblait être un instrument merveilleusement préparé. Il l'était aussi, mais c'était à la souffrance plus qu'au travail. Deux années ne s'étaient pas écoulées qu'une douloureuse maladie le saisit brusquement.

    Sur l'ordre de son Evêque, il vint à Saïgon où le P. de Kerlan, curé de la cathédrale, lui prodigua ses soins, mais inutilement ! la maladie ne fit que s'aggraver, et l'heure semblait proche où notre confrère n'aurait plus d'autre ressource que de prendre la route de France. A ce moment le P. Gernot, appelé à Saïgon pour les affaires de la mission, alla voir le malade.

    Il est de ces fortes natures qui sentent pour la faiblesse un invincible attrait, partout où elles là rencontrent, elles se penchent instinctive­ment vers elle pour l'aimer d'abord, la relever ensuite et la protéger.

    « Père Brillet, fit le provicaire, je demeure à Cai-Mong, c'est le paradis de la Cochinchine; venez-y, nous vous guérirons, je vous le promets, venez.; » et il lui détailla les délices spirituelles et maté­rielles de ce paradis: Des prêtres indigènes, des religieuses, des con­fesseurs de la foi, des chrétiens, tous pleins d'un dévouement sans égal pour les missionnaires; une église splendide, une pharmacie complète, une nourriture abondante et saine. Le tableau était enchanteur, mais surtout l'offre était si cordiale, la main tendue si vaillante que le P. Brillet accepta avec empressement et recon­naissance.

    Cependant, malgré les dévouements qui se multiplièrent autour du pauvre malade, la guérison fut lente, bien lente; il y eut des jours sombres, des heures où on désespéra de l'obtenir. L'inaction pesait lourdement au cœur du missionnaire, sous son sourire on sentait une amère douleur. « Oh! missionnaire, l'entendait-on parfois s'écrier, je suis missionnaire apostolique, et je ne fais rien, rien, ni pour Dieu, ni pour les chrétiens; toujours sur mon lit ou sur mon fauteuil, rien; c'est là toute ma vie  »  et des sanglots interrompaient ce déchirant monologue. Mais bientôt la prière ramenait le calme dans son âme accablée et la foi lui disait que la résignation n'était point une vertu stérile.

    Peu à peu cependant les crises devinrent moins fréquentes, enfin elles cessèrent complètement. Ce fut un beau jour que celui où notre confrère, auquel il ne restait plus qu'une grande faiblesse de poitrine, partit pour Thuan-Hiep, fonder un nouveau poste. Son activité d'autrefois était en grande partie revenue, il bâtit une église, un presbytère, une maison d'école. Malheureusement, ces travaux usaient rapidement ses forces, la faiblesse toujours persistante s'accentuait chaque jour; mais la gaieté demeurait entière. D'ailleurs, s'il ne pouvait plus  guère visiter ses chrétientés éloignées, il lui  restait comme consolation le travail intellectuel; il n'avait garde de le délaisser. Il lisait beaucoup, et il lisait bien, avec suite, méthode et réflexion; dissertations théologiques, historiques, scien­tifiques, aucune étude ne lui restait étrangère ; volontiers, il faisait part de ce qu'il avait appris, et sa conversation était un des grands charmes de son hospitalité et de son commerce; on jouissait de cette parole claire, alerte, vigoureuse, parfois imagée, où les idées succé­daient aux anecdotes, les faits aux théories, les projets aux conseils.

    En 1879, il fut placé à Cho-Lon, où les soins des Sœurs de Saint­-Paul de Chartres le ranimèrent un peu.

    La ville de Cho-Lon, qui contient plus, de 50,000 habitants, compte quelques centaines de chrétiens chinois et annamites; le prédécesseur du P. Brillet, ne connaissant que la langue chinoise, s'était nécessai­rement moins occupé des Annamites. Notre confrère répara autant que sa santé le lui permit cette involontaire omission; près de l'ancienne église, dans la cour même de son  presbytère, il éleva une modeste mais élégante chapelle, où les chrétiens annamites purent venir en toute liberté satisfaire leur piété. Quelques mois plus tard, il eut encore à s'occuper de nouvelles chrétientés qui se formaient aux environs de Cho-Lon; mais ces efforts achevèrent de l'épuiser, dès lors il ne fit plus que languir. Il reçut l'hospitalité d'abord au séminaire de Saïgon, puis au sanatorium de Hong-Kong; et le 26 mai dernier, le P. Patriat écrivait aux directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères la lettre suivante, qui nous donne sur les derniers moments de notre confrère d'intéressants détails:

    Le 21 de ce mois, à 11 h. 20 minutes du matin, s'est endormi dans le Seigneur, notre bien cherconfrère M. Martin-Henri Brillet, âgé d'environ 41 ans. Il y avait 10 ans que ce cher confrère traînait la maladie qui vient de lui ouvrir les portes de l'Eternité, il a été plus de six mois sans pouvoir se coucher, l'oppression était telle qu'il étouffait aussitôt qu'il prenait la position horizontale. Il ne s'en est jamais plaint, son calme, sa résignation généreuse et persévérante ont fait non-seulement notre édification, mais notre admiration jusqu'à son dernier soupir, juste quatre semaines après le cher P. Delétraz. Il n'a pas eu d'agonie, il s'est vraiment endormi dans le Seigneur, doucement et saintement comme il avait vécu. C'est ainsi que Dieu recueille ses élus dans ce bas monde pour en peupler son Paradis.

    • Numéro : 1097
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1872