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Émile BRICQUET (1864-1909)

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    Émile-Joseph Bricquet est né à Orchies (Cambrai, Nord) en 1864, d’une famille de cultivateurs où les vieilles traditions de foi et de travail se transmettaient de père en fils. C’est dans cette atmosphère vivifiante et toute imprégnée du souvenir des aïeux que se développa chez lui cet esprit d’ordre et d’initiative qui fut comme la caractéristique de toute sa vie.

    Ses premiers maîtres furent les Frères de la doctrine chrétienne, établis dans sa ville natale. La bonne tenue et l’application au travail du jeune écolier ne tardèrent pas à attirer l’attention de son curé qui, le prenant en affection, le choisit pour enfant de chœur et ne cessa désormais de s’intéresser à lui. Telle fut l’origine de leurs relations. Elles devaient se fortifier avec le temps, et la distance ne parvint pas à les briser.

    Son instruction primaire terminée, M. Bricquet, dont la vocation à l’état ecclésiastique semblait se dessiner de plus en plus, entra au petit séminaire de Cambrai où il parcourut régulièrement et non sans succès toutes les étapes de l’enseignement secondaire. Ses études théologiques, par contre, se firent dans des conditions plus difficiles ; la maladie l’obligea, plus d’une fois, à en interrompre le cours pour aller refaire sa santé dans sa famille.

    Ordonné prêtre, il fut nommé vicaire à Flines-lez-Raches, paroisse comprise dans le doyenné d’Orchies. Huit ans plus tard, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères, réalisant enfin le désir qu’il nourrissait depuis longtemps de se consacrer aux missions.

    M. Bricquet arriva dans l’Inde vers la fin de 1895. Après quelques mois de séjour à Pondichéry, il fut envoyé à Tiruvadi, auprès de M. Playoust, son compatriote, chargé de l’administration de ce district qui comptait près de 7.000 chrétiens.

    Par une chaude soirée de fin d’avril, raconte M. Playoust, je le vis arriver chez moi plein de santé et rayonnant de joie, heureux, déclarait-il, de commencer son apostolat à côté d’un missionnaire de son pays. Deux ou trois confrères voisins se trouvaient chez moi. Les présentations d’usage ne furent pas longues. Le nouveau venu se sentit aussitôt chez lui. À peine assis, il se mit à causer avec les confrères qu’il voyait pour la première fois avec la même aisance et le même abandon que s’il se fût trouvé dans une réunion de prêtres flamands.

    Désireux d’apprendre la langue et de s’initier à toutes les affaires du pays, continue M. Playoust, il m’accompagnait partout dans le district. Ah ! les bons moments que j’ai passés en sa compagnie ! Comme on se sentait qu’il aimait les siens ! Avec quels sentiments de vénération il me parlait du doyen d’Orchies et du vieux curé de Raches aujourd’hui plus que centenaire.

    Après huit mois de vicariat, M. Bricquet fut chargé du district de Mayavaram, devenu tout à coup vacant. Était-il mûr pour occuper un poste de cette importance ? Était-il suffisamment versé dans la langue pour en prendre l’administration ! Sa santé résisterait-elle aux multiples fatigues qui l’attendaient ? Autant de questions qu’il put se poser en recevant sa nomination. Mais devant la volonté nettement exprimée de son évêque, il fit taire ses scrupules. Il semble bien que Mgr Gandy n’eut pas lieu de regretter sa décision, comme le témoignent les paroles suivantes qu’il prononça à l’issue de sa tournée de confirmation à Mayavaram : En voyant la manière dont M. Bricquet savait faire manœuvrer son monde, disait Sa Grandeur, je croyais avoir affaire à un vieux missionnaire ; un ancien n’eût pas mieux fait.

    M. Bricquet était très accueillant et d’un commerce agréable. Obser­vateur judicieux, servi par une excellente mémoire, il aimait à évoquer les souvenirs de sa jeunesse et de son vicariat, de ses voyages à l’étranger et de ses rencontres fortuites, agrémentant ses récits d’anecdotes assaisonnées d’un grain de sel gaulois. Tenace dans ses idées, il les défendait avec chaleur. Il semblait, d’ailleurs, si convaincu, que ceux-là mêmes qui ne partageaient pas toujours ses opinions ne pouvaient mettre en doute sa sincérité. Au surplus, dans ces discussions, il ne blessait jamais la charité fraternelle. Après tout, ajoutait-il en manière de conclusion, les opinions sont libres ; restons-en là, ne nous chicanons pas pour des vétilles. Et aussitôt, la conversation prenant une autre direction, il saisissait la première occasion qui se présentait pour raconter quelque vieille histoire qui ramenait la gaieté autour de lui.

    Il y avait bientôt neuf ans qu’il administrait la nombreuse chré­tienté de Mayavaram, lorsque Mgr Bottero, évêque de Kumbakonam, jugea bon, dans l’intérêt de sa santé, de le déplacer et de lui confier le district de Pillavadanday. Et lui faisant connaître cette décision, Sa Grandeur ajoutait que, si son nouveau poste était comparativement plus petit que celui qu’il quittait, il offrait, en revanche, l’avantage d’être mieux en rapport avec l’état de sa santé. Avec toute la simplicité du missionnaire qui ne connaît que la consigne, M. Bricquet répondit à Sa Grandeur qu’en mission il n’y avait pas de petits postes, et que tous sont grands pour un homme de bonne volonté. Et, de fait, à Pillavadanday, comme partout ailleurs, le travail ne manquait pas. Ce fut là qu’il demeura jusqu’à sa mort.

    Depuis plusieurs années, raconte M. Playoust, notre cher confrère se plaignait d’une fatigue générale et de rhumatismes dans les genoux. Cette année, en particulier, il se sentit plus fatigué et vint chez moi pour prendre quelques jours de repos. Un mois plus tard, je le revis à Tranquebar où il devait prêcher à l’occasion de la fête du 8 septembre. Je constatai que sa respiration était pénible et l’empêchait de donner à sa voix tout le feu et toute l’expression qu’il mettait d’ordinaire dans ses sermons à la louange de la sainte Vierge.

    Il revint à Tranquebar pour la fête du Saint-Rosaire. Les confrères qui le virent le trouvèrent bien changé et ne purent s’empêcher de se communiquer leur inquiétude. Le 5 octobre, il regagna son district après s’être confessé. Le dimanche 17 octobre, il put à peine terminer sa messe. Le mardi suivant, se sentant plus fatigué et plus oppressé que d’habitude, il se décida enfin à partir pour Tranquebar, pour ensuite se rendre à Karikal où il voulait consulter le docteur. Son catéchiste et son domestique l’accompagnaient. Il était tellement habitué à la souffrance, qu’au moment de son départ il se faisait encore illusion sur son état, malgré l’oppression qu’il ressentait au cœur. Il n’avait pas encore atteint le troisième mille, qu’il se sentit tout à coup à l’extré­mité. Les gens qui l’accompagnaient rapportent qu’à ce moment il se mit à parler dans une langue inconnue où le nom de Jésus revenait fréquemment. Il eut le temps de renouveler le sacrifice de sa vie pour Jésus, pour les siens et pour sa chère mission. Il s’affaissa subitement dans sa voiture et rendit le dernier soupir, succombant à une maladie de cœur.

    M. Bricquet laisse à tous ceux qui l’ont connu la réputation d’un prêtre régulier et d’un pasteur vigilant.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2193
    • Pays : Inde
    • Année : 1895