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Joseph BRETON (1875-1957)

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    Joseph Breton naquit dans une famille à la foi profonde. Le cousin de son grand-père maternel, le Père Coudrin, fut le fondateur de la congrégation des Sacrés-Cœurs dite de Picpus. Second fils de la famille, Joseph en son bas-âge était très fragile, sa mère le voua à la Sainte Vierge et depuis lors jusqu’à sa mort à 83 ans il ne connut guère la maladie. Dès l’époque de sa première communion Joseph pensa à être prêtre. Peu après, conduit chez un oncle curé de Rilly, il commença le latin et au bout de deux ans entra en cinquième au petit séminaire de Tours, on 1890. Aux environs de sa troisième il hésita entre les missions et la Trappe. Suivant l’avis de son directeur, il vint en 1892 à Issy-les-Moulineaux chez les petits clercs de St-Sulpice pour se préparer aux missions ; de fait en 1895 il arrivait au séminaire des Missions-Étrangères à Bièvres puis deux ans plus tard à la rue du Bac. Il avait toujours rêvé du Tonkin, le pays des martyrs mais une fois nommé au Japon il répondit de tout cœur à l’appel et c’est plein de joie qu’il arriva dans sa mission en septembre 1899.

     

    Il fut envoyé par Mgr Cousin à Kagoshima, auprès du P. Raguet pour apprendre le japonais.

     

    En juillet 1900 il devint vicaire du P. Marmaud à Kuroshima où il devait rester huit ans, tout adonné au service des vieux chrétiens. En juin 1909, Mgr Cousin le nommait curé de Madarajima, là encore chez les vieux chrétiens. Afin de mieux assurer leur instruction il fonda le couvent des Amantes de la Croix dont il assura la subsistance par l’achat de plusieurs hectares de terrain et de quelques rizières. En 1914 il ne fut pas mobilisé mais le P. Cotrel, curé de Kuroshima ayant dû partir, le P. Breton vint le remplacer et revint ainsi dans son premier poste jusqu’en 1919, date du retour du curé. Pendant tout ce temps le Père dut assurer le service des deux îles malgré la distance considérable qui les sépare.

     

    Le successeur de Mgr Cousin, Mgr Combaz, avait en haute estime le Père Breton, il voulut le nommer curé do Urakami, première paroisse du diocèse en importance ; le Père, en toute humilité, exposa ses raisons et ce fut le P. Heuset, curé de Shitsu, qui fut nommé à cet endroit; le P. Breton alla le remplacer à Shitsn, paroisse encore de vieux chrétiens ; jusqu’en 1927 il y remplit la tâche du bon pasteur. À cette date la division du diocèse de Nagasaki causa son rappel dans le nouveau diocèse de Fukuoka. Le département de Saga étant confié aux M.-E., le Père revint pour la troisième fois à Madarajima qui en fait partie. Les bâtiments du poste avaient bien vieilli, il refit église, presbytère et demeure des Amantes de la Croix, puis entreprit de bâtir un jardin d’enfante qu’il confia à ses Sœurs. Il pensait bien finir là ses jours, mais durant la deuxième guerre mondiale, la police lui fit quitter l’île ; Mgr Breton l’envoya dans celle d’Amakusa à Sakitsu, encore chez des vieux chrétiens, malheureusement loin d’avoir la même ferveur que ceux de Kuroshima et de Msdara. Le Père se dévoua à sa nouvelle tâche. Après avoir donné les derniers soins au P. Halbout, son prédécesseur, qui mourut entre ses bras, le P. Breton, la guerre terminée, fut désigné au poste de Yobuko, dans la préfecture de Saga ; c’est là qu’il fêta son cinquantième anniversaire d’ordination et qu’il se prépara à la mort. Mgr Fukahori, jugeant qu’il avait assez travaillé, le retira du ministère actif en 1955 et le Père vint se reposer à la maison centrale des M.-E. à Yahata.

     

    Durant plus de deux ans il se plut à rendre service aux confrères des environs tant que ses jambes purent le porter. Depuis l’année dernière les reins fonctionnaient mal et l’alimenta­tion devenait difficile si bien que le Père s’affaiblit de plus en plus. Après plus d’une année de souffrances vaillamment supportées, fortifié par la célébration quotidienne de la messe qu’il continua presque jusqu’au bout, il nous quitta, comme une lumière qui s’éteint, le soir du 25 juillet 1957, assisté des PP. Drouet et Prouteau.

     

    Le Père Breton a passé ses 58 ans d’apostolat entièrement dans les îles éloignées du confort, avec les âmes simples des pêcheurs ; c’est dire qu’il mena une vie cachée ; il lui arrivait quelquefois à cause de la tempête de passer une semaine entière sans prendre contact avec le continent ; vie cachée, vie de Trappiste comme il l’avait rêvée dès le petit séminaire. Sa compagnie était celle de ses braves pécheurs, de ces belles âmes qu’il avait formées, des Amantes de la Croix, ses précieuses auxiliaires pour le catéchisme des enfants et la visite des malades. Bon confrère, toujours aimable et souriant, il était heureux de se trouver avec d’autres missionnaires et alors sa conversation ne tarissait plus, surtout s’il s’agissait des chrétiens, ses enfants tant aimés. Homme de foi profonde il était tout dévoué à ses supérieurs dont il suivait les moindres prescriptions. Homme d’église il se tenait au courant de ses problèmes, se procurant les premières éditions des livres renommés. Récemment encore il fit venir un nouveau missel ainsi qu’un nouveau bréviaire et rituel.

     

    Missionnaire au Japon il n’avait pas omis l’étude des caractères, chose rare de son temps parmi les anciens, il parlait la langue avec aisance et lisait fidèlement chaque jour son journal.

    Dans les notes qu’il a laissées le Père remerciait le Bon Dieu de tous les bienfaits reçus durant sa vie : depuis sa consécration à Marie une santé maintenue sans défaillance qui lui permit de célébrer sa messe chaque matin jusqu’à sa mort, excepté les quatre derniers jours.

     

    Simple et frugal il vivait à la japonaise : potage du pays, patates douces, poisson, algues marines ou légumes, se contentant de ce qu’on lui servait.

     

    Il ne revit jamais la France, ne sortit presque pas de son poste, sinon pour aller se confesser chez son voisin ou pour rendre visite à son évêque.

     

    Modèle de pasteur doux et ferme à la fois il était tout entier à ses ouailles qu’il connaissait sans exception et il ne tarissait pas quand il parlait de ses enfants spirituels. Belle vie toute simple et uniforme, donnée entièrement au Bon Dieu et aux âmes. Il aurait aimé s’occuper des infidèles, il en eut peu l’occasion mais ses prières et l’exemple de sa belle vie de dévouement en auront conduit beaucoup au bercail. À nous ses confrères il laisse l’exemple de la fidélité à la vocation et celui de belles vertus sacerdotales.

     

     

    • Numéro : 2437
    • Pays : Japon
    • Année : 1899