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Albert BRETON (1882-1954)

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    Mgr de Furstenberg, Internonce à Tokyo, écrivait au lendemain des obsèques: “S. Exc. Mgr Breton fut un grand missionnaire et évêque qui contribua largement à l’organisation de l’Eglise du Japon. Il ne manqua pas de subir les contradictions de la maladie et des événements et surmonta ces difficultés avec autant d’énergie que de sérénité.”

     

    On ne saurait mieux résumer la vie de Mgr Breton, dont la figure appartient à la lignée des grands évêques de la Société qui ont fondé l’Eglise japonaise.

     

     

    Le missionnaire

     

    Albert-Henri-Charles Breton naît le 16 juillet 1882 à St-Inglevert, au diocèse d’Arras, dans une bonne famille chrétienne d’agriculteurs. Il fait toutes ses études secondaires au petit séminaire de Boulogne, passe deux ans au grand séminaire d’Arras, entre aux Missions-Étrangères en septembre 1901. Ordonné prêtre le 27 juin 1905, il est destiné à la mission de Hakodaté le même jour et y arrive le 24 septembre 1905. Jusqu’en 1910 il occupera plusieurs postes dans cette mission. Atteint de paralysie infantile il revient en Europe se soigner. En 1912 il se rend aux Etats-Unis et y restera jusqu’au milieu de 1921. C’est la phase américaine de sa vie, missionnaire; il organise l’apostolat auprès des Japonais émigrés aux Etats-Unis et jette les fondements de la Congrégation de Religieuses qui devait devenir le Homon-kwai.1

     

    Revenu en 1921 au Japon, le P. Breton est agrégé à l’archidiocèse de Tokyo, s’occupe de plusieurs postes, les organise et surtout veille au développement du Homonkwai, dont il fonde diverses maisons et répartit les religieuses dans les paroisses et les œuvres.

     

     

    L’évêque

     

    En 1931, à son retour de l’Assemblée générale de la Société, où il était délégué des missionnaires, il est nommé évêque de Fukuoka et sacré le 18 octobre de cette même année.

     

    Lorsque toutes les préfectures du Kyushu étaient rattachées à Nagasaki, les ressources en hommes et en argent allaient d’abord aux vieilles chrétientés, les districts d’évangélisation étaient traités quelque peu en parents pauvres. Sans doute, à partir de 1889, où la liberté religieuse avait été garantie par la Constitution, on avait occupé sans tarder les principales villes, mais les fondations étaient le résultat de l’initiative, de l’ardeur apostolique et des sacrifices personnels des missionnaires, la contribution financière de l’évêché avait été minime. Ajoutons que les allocations de la Propagation de la Foi n’étaient pas aussi importantes que de nos jours.

     

    Aussi un peu partout, c’étaient des églises et des presbytères provisoires, installés dans des maisons de style japonais. Lors des conférences religieuses publiques qu’on faisait une ou deux fois par an, on louait une salle de théâtre. A l’origine, les bâtiments de la mission catholique ne faisaient pas mauvaise figure, mais le Japon en trente ans avait fait des progrès énormes dans tous les domaines, y compris celui de la construction des édifices publics. Le provisoire avait trop duré, il convenait de moderniser l’installation des postes anciens et d’en fonder de nouveaux dans la mesure du possible. Dès son arrivée à Fukuoka, Mgr Breton s’y employa ; les missionnaires actionnés par un Supérieur aussi dynamique firent des prodiges à un rythme impressionnant de rapidité.

     

    Citons pour mémoire les églises et presbytères nouveaux, destinés à remplacer des bâtiments vétustes et insuffisant : Shin-denbaru, en 1933 ; Oye (île d’Amakusa), 1933; Kokura, 1934 ; Yawata, 1934 ; Sakitsu (île d’Amakusa), 1934. La vieille église en briques construite en 1894 et qui jusque là avait servi de cathédrale, fut remplacée en 1938 par un édifice plus moderne, plus spacieux et mieux éclairé. Les plans de tous les bâtiments furent dressés sous la direction de Mgr Breton, qui s’y entendait dans ces questions, et les devis rigoureusement contrôlés.

     

    Comme postes nouvellement fondés il n’y eut guère que Tobata en 1933 et Iizuka en 1935. L’apostolat ouvert et public auprès des infidèles se révéla tout de suite très difficile, à cause de “l’Incident” de Chine ; le parti militaire, progressivement, mécanisa l’opinion publique et le christianisme fut considéré par lui comme un mouvement d’idées suspectes.

     

    Mgr Breton, ayant pris en main l’administration du diocèse de Fukuoka, veilla tout de suite au fonctionnement des catéchismes, celui des enfants, cela va sans dire, mais il institua aussi le catéchisme des fidèles adultes. A cet effet, il fit imprimer un calendrier religieux diocésain spécial, mentionnant chaque dimanche le chapitre du catéchisme devant être vu à l’issue de la messe paroissiale. Des catéchismes portant le timbre de l’église et ne pouvant être emportés à domicile, étaient distribués aux fidèles ; le prêtre lisait la demande et toute l’assemblée répondait ; chaque réponse était suivie d’une brève explication ne pouvant dépasser dix minutes. Cette leçon de catéchisme ne pouvait remplacer le sermon ou l’homélie. Tout le catéchisme était revu ainsi en trois années, au bout desquelles on recommençait. Pour la jeunesse catholique des deux sexes, il y eut des concours de catéchisme écrits et oraux, les lauréats recevaient diplômes et récompenses.

     

    Des missionnaires déjà se conformant à l’usage introduit dès l’origine dans le diocèse de Nagasaki, donnaient une retraite de trois ou quatre jours aux fidèles, en vue de l’accomplissement du devoir pascal ; cet usage fut généralisé. Les personnes pieuses furent invitées à se faire inscrire à la Confrérie du Rosaire, etc., etc. Il serait fastidieux de noter tout ce que l’évêque institua pour la formation religieuse des fidèles. Des paroisses possédaient déjà des groupes de jeunesse catholique des deux sexes, leur nombre fut multiplié suivant les possibilités locales.

     

    En ce qui concerne l’apostolat auprès des infidèles, outre la distribution de l’hebdomadaire catholique, “Catholik Shimbun”, qui publiait de temps à autre des numéros spéciaux de propagande destinés aux non-catholiques, l’évêque comptait beaucoup sur les jardins d’enfants (yochien). Entre autres avantages, ils présentaient celui de mettre le missionnaire en relations suivies et amicales avec la population du voisinage. Aussi, il posa en principe, que toute paroisse devait posséder son jardin d’enfants ; les Congrégations religieuses auxiliaires furent également actionnées dans ce sens. C’est pourquoi, alors qu’en 1931, il n’y avait dans le diocèse que deux de ces établissements avec 237 enfants, on en comptait 17 avec 1.135 élèves en 1941.

     

    À cette date la population catholique du diocèse de Fukuoka se trouvait être de 11.284 fidèles, contre 8.262 le 1er juillet 1932 ; soit une augmentation de près de 30 %, augmentation qui était due seulement pour une part aux naissances d’enfants de fidèles.

     

    Mgr de Guébriant, Supérieur général de la Société des Missions-Étrangères, visita Fukuoka, fin avril 1932 ; Mgr Breton déclara publiquement en sa présence et celle de tous les missionnaires, qu’il espérait pouvoir remettre dans un laps de vingt années le diocèse au clergé indigène. C’était là une affirmation audacieuse, le diocèse ne possédant encore aucun séminaire ni petit ni grand; il y avait seulement un théologien au Collège de la Propagande à Rome, 3 philosophes au grand séminaire de Tokyo, 19 latinistes à Tokyo ou à Nagasaki ; mais l’évêque avait son plan, qu’il exécuta point par point.

     

    Il fonda tout de suite le petit séminaire de Guébriant, qui ouvrit ses portes le 6 juin 1933 à 36 élèves et fut reconnu par la préfecture de Fukuoka eu 1935, sous le nom de Taisei Chugakko, comme école secondaire, avec cinq années d’études. La population scolaire était de 77 élèves, dont 50 appartenant au diocèse de Fukuoka et les autres à diverses missions du Kyushu. Les séminaristes étaient tous pensionnaires et le règlement de la maison était celui de tous les établissements ecclésiastiques similaires.

     

    En 1936, le Taisei Chugakko obtint la reconnaissance du Ministère de l’Instruction Publique, comme école secondaire de plein exercice avec tous les privilèges, mais aussi avec certaines servitudes imposées à cette époque aux Chugakko. Je dis certaines servitudes, pas toutes, il était même exempté de la principale, c’est-à-dire l’observation d’une neutralité religieuse stricte.

     

    Puisque son but était de former des ministres du culte catholique et que la nouvelle loi sur les religions, alors en projet, prévoyait que les dits ministres devraient posséder au moins un diplôme de sortie d’un établissement secondaire, Mgr Breton obtint que restât libre l’enseignement religieux des élèves, tous pensionnaires, qu’ils pussent aussi accomplir leurs devoirs religieux dans la chapelle de l’école. En fait rien ne fut changé dans le règlement intérieur précédemment en vigueur… En ce qui concerne tout le reste, le petit séminaire dut se conformer aux règlements qui régissaient les écoles de ce degré ; notamment, un officier y était attaché pour donner l’instruction militaire.

     

    Cette reconnaissance officielle n’avait été obtenue qu’après de longues et difficiles démarches. C’était la seule école catholique au Japon ainsi organisée. Ce fait, à lui seul, montre combien Mgr Breton était sensible aux nécessités du moment et y faisait face avec autant d’énergie que d’intelligence.

     

    Pour l’établissement et la direction du grand séminaire, Mgr Breton entra en pourparlers dès 1932 avec la Compagnie de St-Sulpice, province du Canada, ils aboutirent. Un cours spécial de latin et d’éléments de la philosophie scolastique fut ouvert en avril 1937, avec 5 élèves. L’année suivante, fut établi le séminaire de latin et de philosophie avec 16 élèves ; les théologiens étudiant à Tokyo étaient au nombre de 5, à Rome 2, à Paris 1, à Montréal 2. Après la guerre, les Prêtres de St-Sulpice recommencèrent l’œuvre ; elle fonctionne maintenant dans un superbe bâtiment en ciment armé, inauguré en 1953.

     

    Ce fut une grande consolation pour Mgr Breton, de voir finalement établi sur des bases solides, même matériellement parlant, ce grand séminaire de Fukuoka, projeté par lui dès la première année de son épiscopat, préparé lentement dans l’ombre parmi des difficultés de toute nature.

     

    En arrivant à Fukuoka, pour les œuvres d’éducation et de charité, Mgr Breton pouvait compter sur le concours des Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, mais toutes ces communautés religieuses se trouvaient dans le ken de Kumamoto ; la ville épiscopale se trouvait complètement dépourvue de ces auxiliaires si nécessaires. Sans tergiverser, suivant son habitude, il entra immédiatement en pourparlers avec d’autres Congrégations, celles citées plus haut ne pouvant pour l’instant prévoir d’autres fondations. C’est ainsi qu’en 1933, les Dames de St-Maur vinrent à Fukuoka ouvrir une école supérieure de jeunes filles ; la même année, les Filles de la Charité de St-Vincent-de-Paul fondèrent jardin d’enfants, école du dimanche, patronage, firent la visite des malades à domicile et en 1939 établirent un orphelinat. En 1935, les Sœurs  Canadiennes de Ste-Anne contraintes de quitter Kagoshima, après avoir séjourné quelque temps à Fukuoka, se transportèrent à Omuta, pour y ouvrir une école commerciale de jeunes filles. Les Auxiliatrices des Ames du Purgatoire vinrent à Yawata dès 1938.

     

    Conscient des devoirs de sa charge et observateur strict du Droit Canonique, Mgr Breton ne négligea rien de ce qui pouvait porter au maximum la vie spirituelle de ses collaborateurs et rendre efficace leur ministère. Aussitôt que l’évêché et la Maison du Missionnaire eurent été construits, il institua des réunions trimestrielles avec récollection spirituelle et conférences sur l’administration des paroisses. Sur celles-ci, avis et remarques des missionnaires furent sollicitées et beaucoup prises en considération. De ce travail collectif, dont cependant l’évêque assumait la principale part car il établissait le programme des conférences, dirigeait les débats, notait les décisions, résulta le Vade Mecum à 1’usage des missionnaires de Fukuoka, ouvrage qui contient une foule de renseignements pratiques sur la discipline des clercs et des laïcs, l’administration des sacrements, l’organisation des paroisses, l’apostolat, les biens ecclésiastiques, etc. Les références au Droit Canon y sont toujours exactement données ; la partie canonique est l’œuvre du P. A. Heuzet, qui avait acquis une connaissance encyclopédique sur cette partie de la science ecclésiastique.

     

    Mgr Breton était affable envers ses missionnaires et les prêtres japonais, qu’il traitait pour ainsi dire d’égal à égal, s’efforçant de dissimuler sa supériorité hiérarchique.

     

    Il ne put faire face aux dépenses d’ordre général, principalement celles qu’entraînaient le fonctionnement du petit séminaire et l’entretien des séminaristes, que par une exacte économie dans l’emploi des ressourcés financières du diocèse. Avec l’institution du denier du culte, les paroisses comptant plusieurs centaines de chrétiens, durent supporter la subsistance du prêtre en charge. Parfois, sans doute, Mgr Breton se révéla parcimonieux vis-à-vis des missionnaires pris individuellement ; inutile de compter sur lui pour des suppléments de viatique, mais personne ne songeait à maugréer, car les économies faites sur les personnes étaient si bien employées...

     

    Il était serré en ce qui concernait ses dépenses personnelles, et suivait un régime alimentaire strict : lait, poisson, légumes, pas de viande noire, il se permettait seulement un doigt de vin les jours de grande fête et pour honorer ses hôtes. Cependant à l’évêché, il était hospitalier, il traitait bien les missionnaires lors des retraites annuelles et des récollections mensuelles.

     

    Il fut particulièrement bon et patient vis-à-vis des jeunes missionnaires et des nouveaux prêtres. Il avait le don de l’autorité, une main de fer gantée de velours. Dans les circonstances exigeant une décision ferme, les intéressés avaient l’impression de se trouver en présence d’une volonté devant laquelle il n’y avait qu’à se soumettre. Ses ordres, ses explications, ses réponses à des objections présentées, étaient données sans que change le ton de voix ; au contraire, alors on avait l’impression qu’il se dominait et se modérait.

     

    Un trait remarquable de sa physionomie morale, c’était sa force d’âme quand il. était aux prises avec la souffrance physique. Infirme d’un bras, jamais il ne s’est plaint des désagréables servitudes que cela entraînait, il réussissait même à dissimuler son infirmité ; souffrant de calculs aux reins, il n’en parlait jamais, une ou deux fois par an, généralement à la suite d’un voyage pénible, il était obligé de s’aliter en proie à de vives douleurs, un jour, deux jours au plus ; quand cela avait passé, il reprenait sa tâche quotidienne en souriant, comme s’il n’y avait rien eu. Aux questions posées, il répondait qu’il avait l’avantage de jouir d’un rein mobile.

     

     

    Les années difficiles

     

    Durant l’année 1940, tous les évêques étrangers donnèrent leur démission et les missionnaires passèrent sous la juridiction d’Ordinaires japonais. Mgr Dominique Fukahori, présenté par Mgr Breton, fut nommé, le 20 janvier 1941, administrateur du diocèse de Fukuoka et sacré évêque en 1944. Mgr Breton continua à occuper sa chambre à l’évêché, Mgr Fukahori résidant au petit séminaire, dont il était le supérieur.

     

    Le 8 décembre 1941, le Japon déclarait la guerre à l’Amérique. Le soir du même jour Mgr Breton était arrêté. Sa cellule était une chambre japonaise nattée. Mgr ne fut nullement molesté. Les Sœurs de la Visitation obtinrent la permission de lui apporter ses repas. Sans tarder il put même célébrer la messe tous les jours et dire son bréviaire. Ce fut sa grande consolation. Mgr Breton souffrait surtout moralement. Complètement séquestré, ne recevant aucune nouvelle de l’extérieur, il croyait que tous les missionnaires avaient subi le même sort que lui-même et se demandait non sans angoissé ce que devenaient les paroisses du diocèse et leurs œuvres. Mgr Fukahori, une ou deux fois, obtint la permission de le visiter dans sa prison. Le 8 avril 1941, les Sœurs de la Visitation furent bien étonnées de le voir revenu à l’évêché tout souriant. Il n’avait été ni jugé ni condamné...

     

    Retiré dans sa chambre de l’évêché, Mgr ne resta pas inactif, il continua de veiller plus que jamais sur les couvents de sa Congrégation, correspondant avec eux, au milieu des plus grandes difficultés, par l’intermédiaire de religieuses qui revêtaient parfois pour la circonstance des habits civils. C’est durant cette époque qu’il obtint l’érection du Homonkwai en Institut de droit pontifical. Au cours des hostilités, la Congrégation subit des pertes matérielles assez graves. Toutefois à la fin de la guerre, elle prit un nouvel essor et les dernières années de Mgr Breton furent consacrées à peu près exclusivement à la direction de l’Institut. Il veillait à son développement ; conseillait, guidait les supérieures dans le gouvernement et assurait la direction spirituelle du noviciat.

     

    Mais la maladie devait d’année en année le miner. Il était atteint d’une angine de poitrine. Dès 1950, il ne pouvait plus dire la messe que dans sa chambre et assis. Souvent il devait s’aliter complètement pour une période plus ou moins longue. De grandes crises faillirent à plusieurs reprises l’emporter. Les chaleurs de l’été dernier causèrent une aggravation décisive de son état. Il s’affaiblit un peu plus tous les jours. Le 12 août 1954, entouré de plusieurs confrères, Mgr Breton expirait doucement.

     

     

    Physionomie morale et spirituelle

     

    Intelligence claire, lucide, prompte, embrassant d’un coup d’œil tous les aspects d’une question, mais ensuite allant droit à l’essentiel, tenant pour secondaire ce qui l’était en effet, Mgr Breton abordait les questions par leur grand côté. Il n’était pas cependant ce que l’on appelle un intellectuel, aimant à satisfaire son esprit en l’entretenant de théories. Il était avant tout pratique, les idées l’intéressaient dans la mesure où elles étaient sources d’action. Volonté indomptable. Tous ceux qui avaient à faire à lui subissaient son emprise et se sentaient comme obligés de le suivre, tellement ce qu’il avait décidé apparaissait utile, réalisable, inspiré au fond par des motifs surnaturels, l’objectif dernier était toujours la gloire de Dieu et le salut des âmes.

     

    Homme de foi par dessus tout. Sa foi se concrétisait immédiatement dans la prière, et de préférence dans les prières déterminées par l’Eglise. Tel cas étant donné, quelles sont les prières du Rituel qui s’y rapportent, se demandait-il. Ainsi par exemple un typhon est-il signalé, dans toutes les communautés du Homonkwai on doit réciter les litanies des Saints jusqu’à ce que la dépression menaçante se soit éloignée du Japon. Observateur strict des règles liturgiques, il n’hésitait pas à rappeler à l’ordre ceux qui se trompaient ; lui se trompait rarement, parce qu’il préparait soigneusement la récitation du Bréviaire et la célébration de la sainte Messe. Il a inculpé l’esprit liturgique à sa Congrégation. Au noviciat on donne une fois par semaine une leçon de latin d’église et de liturgie ; dans les couvents de la Visitation on chante les Vêpres tous les dimanches ; le chant grégorien y est en honneur.

     

    La charité de Mgr Breton envers Dieu et le prochain ne le cédait pas à sa foi, à l’occasion, elle aurait pu être mise en doute par des confrère non informés ou inattentifs, tellement il paraissait froid en certaines conjonctures. Ayant la pudeur de ses sentiments, il ne les étalait pas en paroles abondantes. Sa charité était pratique avant tout. Mis en présence de certaines misères physiques et morales, la charité consistait pour lui à penser quelle œuvre il pourrait créer immédiatement, afin de soulager le corps du prochain et sauver son âme. Allant droit à l’exécution, il réfléchissait aux moyens pratiques de réaliser ses projets ; il calculait devis, recettes et dépenses, afin que l’œuvre continuât à subsister lui disparu. Les hommes d’action et de réalisation risquent parfois de passer pour n’être pas bien doués du côté des sentiments.

     

    En tout cas ce qui prouve combien la charité envers le prochain constituait un des moteurs de sa vie apostolique, c’est l’Institut du Homonkwai et les œuvres en plein essor qu’il lui a léguées.

     

    Un texte révélateur à cet égard, c’est le Testament Spirituel qu’il a laissé à ses religieuses et dont nous détachons ce fragment :

    “Aimez vos Sœurs plus que n’importe qui, aimez les personnes confiées à vos soins, les chrétiens, les païens, vos amis, vos ennemis. Aimez-les non pour une certaine satisfaction personnelle et sensible que vous pouvez y trouver, mais aimez-les surnaturellement, c’est-à-dire aimez leurs âmes, parce que créées par Dieu, rachetées par Dieu et destinées à voir Dieu au Ciel.

     

    N’hésitez donc pas à sacrifier votre temps, votre bien-être, votre santé, pour procurer le salut éternel de votre prochain. Relisez souvent l’Evangile de St Mathieu, chapitre 25, v. 31 à 46, où Notre-Seigneur Jésus-Christ donne le Ciel à ceux qui ont pratiqué la charité.

     

    Souvenez-vous que, plus vous vivrez en union avec Dieu et plus vous pourrez sauver d’âmes. Efforcez-vous donc pendant tout le cours de votre vie, de développer en vous l’esprit d’humilité, l’esprit de simplicité l’esprit de sacrifice et de renoncement, car vous ne pourrez pas sanctifier les âmes par vos œuvres, si vous n’êtes pas d’abord saintes vous-mêmes.”

     

    Mieux qu’un long exposé, ces quelques lignes résument le programme de vie intérieure et apostolique, que pour son compte personnel le grand évêque, le grand créateur et organisateur que fut Mgr Albert Breton, a réalisé au long de sa féconde carrière missionnaire.

     

    • Numéro : 2830
    • Pays : Japon
    • Année : 1905