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Louis BRETAUDEAU (1882-1912)

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    M. Bretaudeau est le troisième jeune missionnaire Vendéen que vient de perdre, pendant ces deux dernières années, la Mission du Ton­kin Occidental.

    Louis-Marie-François Bretaudeau naquit à Saint-Hilaire-de-Loulay, canton de Montaigu, le 11 septembre 1882. Sans connaître des détails bien précis sur son enfance, nous savons, néanmoins, que ses premières années s’écoulèrent dans la paix et la tranquillité auprès de parents profondément chrétiens. Une de ses tantes, aujourd’hui Sœur de Charité à Rethel et dont notre Confrère garda jusqu’à la mort, avec de fréquentes relations, le plus excellent souvenir, lui prodigua avec délicatesse et dévouement les soins que ne pouvait plus lui donner sa mère rappelée à Dieu. Un de ses cousins, son camarade d’enfance et ami intime, mort pendant son séjour au Grand Séminaire de Luçon, aidait M. Bretaudeau à vivre dans une atmosphère de piété, d’amour de Dieu et lui apprit de bonne heure à goûter les choses du ciel. A dix-huit ans, ses études de latin terminées, il se dirigea vers le Sémi­naire des Missions-Étrangères.

    Son vieux père voyant disparaître tour à tour les personnes qui lui étaient chères, aurait voulu garder près de lui son fils bien-aimé ; mais l’appel de Dieu, le désir de sauver des âmes furent plus forts que l’amour paternel et, au mois de septembre 1900, Louis entrait au Séminaire de l’Immaculée-Conception à Bièvres.

    Ordonné prêtre le 29 juin 1905, il recevait le même jour sa destination pour le Tonkin Occidental. Il arrivait au commencement de sep­tembre, au plus fort d’une terrible inondation qui désolait tout le Vicariat.

    M. Bretaudeau fut dirigé sur Ke So où, selon l’usage de la Mission, les jeunes Confrères passent leurs premiers mois à l’étude de la langue annamite.

    Le voyage fut un peu mouvementé. Parti en barque de Hanoï, il essuya de violents coups de vent, et parvint à Hoang Nguyên, par une nuit noire, sous une pluie torrentielle, trempé jusqu’aux os, et après plusieurs chutes malheureuses dans le trajet du fleuve au collège.

    Le surlendemain, il était à Ke So où il se mettait résolument au travail. A peine était-il installé dans sa petite paillote, que la digue qui entourait le village céda sous la poussée des eaux démontées par un typhon, et leur ouvrit un passage pour se précipiter dans la com-munauté. Ce fut un sauve-qui-peut général ; l’eau montait à vue d’œil. Chacun s’efforça de mettre ses effets et ses livres en sûreté. M. Bre­taudeau, ayant de l’eau, d’abord jusqu’à mi-jambes, puis jusqu’à la poitrine, réussit, aidé de son catéchiste, à porter ses caisses dans le réfectoire, construit sur un terrain plus élevé. C’est là qu’il habita pendant un mois, en compagnie de trois Confrères, entouré d’eau de tous côtés. Il conserva sa gaieté, son entrain, qui ne l’ont jamais quitté.

    À l’inondation succéda la famine. M. Bretaudeau dut rester à Ke So plus que de coutume, et ce fut seulement une année après son arrivée en mission qu’il fut envoyé à Bai Vang, chez M. Hébrard.

     

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    Il se montra, dès les premiers jours, tel qu’il devait être. Il était d’une piété exemplaire.

    Au mois de juillet 1907, il fut nommé professeur au Petit Séminaire de Hoang Nguyên. Chargé des cours supplémentaires, il n’avait que quelques heures de classe par semaine ; mais les cours de Catéchisme, d’Histoire et Géographie, d’Arithmétique, sont faits dans une grande salle et s’adressent à près de cent élèves. Il était nécessaire de parler à haute et intelligible voix, et, vu les matières, de parler longtemps. Sa voix, très claire, était faible et il lui fallait faire de réels efforts pour être entendu de tout son monde.

    En janvier 1909, pendant notre retraite commune, il fut pris d’un rhume inquiétant. Rentré au collège, il voulut se raidir contre le mal, et malgré les grandes difficultés qu’il éprouvait à faire la classe, il ne consentit pas à modifier son genre de vie. Des crachements de sang se produisirent un jour, et par ordre de ses supérieurs, il fut obligé de prendre du repos à Hanoï et à Hong-Kong.

    Au mois de juillet, il était de retour au Tonkin ; mais il n’était pas guéri, il fut placé dans la paroisse de Ke Vôi, près de Hanoï, où il pouvait facilement recevoir tous les secours dont il aurait besoin. Il oublia peut-être trop son état maladif : les 1.500 âmes qui lui étaient confiées réclamaient des soins assidus ; il se donna tout à elles. Par ailleurs, avec son caractère droit, franc, il ne pensait pas à tourner les difficultés et ce fut au milieu de réels ennuis qu’il fit du bien à ses paroissiens. Il fonda une école pour les garçons et un ouvroir pour les jeunes filles.

     

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    Mais ses forces ne tardèrent pas à le trahir. Il ne pouvait se débarrasser d’une toux opiniâtre, et, en 1911, pendant le Carême, le ministère de la prédication qui lui était si cher lui devint impossible.

    L’été fut plus pénible encore. Sur les conseils de son Evêque, il suit un traitement spécial. Les effets paraissent d’abord merveilleux, pourtant le mieux n’est que factice. L’appétit disparaît ; les forces diminuent, et dès le commencement de l’année 1912, il est obligé de cesser tout travail. Personne ne se fait illusion sur la gravité de son état. Seul, trompé par son énergie, il croit pouvoir travailler encore.

    Au mois de juin, il demande à monter au Yun-Nan, espérant y trouver, avec le changement d’air et la fraîcheur, le repos nécessaire. Quelques semaines plus tard, il arrivait à Hanoï très fatigué. Il se rendit immédiatement à l’infirmerie de la Mission, qu’il ne devait plus quitter. Il y passa quatre mois, se berçant encore de l’illusion d’une guérison prochaine.

    Pendant ce temps, la maladie faisait des progrès et le dénouement était proche. Pieusement préparé par la grâce des sacrements de l’Eglise, qu’il reçut avec de grands sentiments de foi, fortifié par les bénédictions et la présence de son Evêque bien-aimé, le vénérable Mgr Gendreau, qui ne le quitta pas à ses derniers moments, il expira doucement, le 30 octobre 1912, à deux heures et demie du matin.

    Les chrétiens de Hanoï et de Ke Vôi vinrent nombreux prier auprès de sa dépouille mortelle. La messe des funérailles fut solennellement célébrée le lendemain par M. Bousseau, missionnaire du Cambodge, compatriote du défunt, au milieu d’une nombreuse assistance, en présence de Mgr Gendreau. Les restes de M. Bretaudeau reposent au cimetière de la paroisse, à côté de cinq autres Missionnaires, morts eux aussi dans la force de l’âge.

     

     

    • Numéro : 2833
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1905