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Eusèbe BRET (1858-1908)

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    M. Bret Louis-Eusèbe-Armand est né à Dijon (Côte-d’Or), le 17 décembre 1858. Donnons de suite les principales étapes de cette belle carrière apostolique. Après avoir fait ses études secondaires au petit séminaire de Plombières-lès-Dijon, il quitte le grand sémi­naire de Dijon pour entrer, le 12 septembre 1879, au Séminaire des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre le 4 mars 1882, il part le 12 avril suivant pour le collège général de Pinang ; missionnaire en Corée en 1894, il est nommé le 24 mai de la même année au poste de Ouen-san, où il reste jusqu’à sa mort, le 24 octobre 1908.

    Né en Bourgogne, au pays de saint Bernard et de sainte Chantal, dans la ville même de Dijon, où le souvenir du martyr coréen Just de Bretennières est cultivé comme une gloire de famille, le jeune Louis eut le bonheur de trouver la foi, comme un don de joyeux avènement, dans son berceau, une foi éclairée, forte, nourrie de travail, de prières, de sacrifices. Ils ont donné une preuve de cette foi, ces parents qui vinrent frapper eux-mêmes à la porte du séminaire des missions pour y présenter leur fils. M. et Mme Bret étaient l’objet du respect uni­versel ; ce respect, ils le devaient à la dignité de leur vie, à leur probité à toute épreuve, à leurs habitudes de foi et d’ordre. Mme Bret était, à l’intérieur de la maison, la femme forte des Livres saints ; à l’exté­rieur elle était l’âme de plusieurs bonnes œuvres. L’Œuvre des Par­tants a su justement apprécier son zélé concours.

    Dans ce qui précède, ceux qui ont connu le missionnaire voient déjà se dessiner les traits caractéristiques de sa riche nature. Saint Ber­nard et sainte Chantal lui donnent l’amour de la science sacrée et de la sainteté, Just de Bretennières lui lègue son ardeur aposto­lique et lui cédera plus tard jusqu’à son nom coréen de Paik. Il tient de ses parents l’austère probité, la droiture de caractère, une religion profonde, l’amour de l’ordre et du travail. Le sol de la Bourgogne lui-même semble avoir communiqué à son esprit quelque chose de l’arome franc et du fin bouquet de ses crus.

    Après son ordination, M. Bret fut destiné au collège général de Poulo-pinang. Le jeune missionnaire reçut cette destination avec joie. Etre associé à l’œuvre de la formation du clergé indigène lui paraissait, à lui si pénétré du but principal de la Société, une grâce de choix. Le supérieur de Pinang se plaisait à rappeler, plus tard, que jamais lettre de nouveau ne lui était allée au cœur comme celle que M. Bret lui adressa de Paris. Il y avait mis son âme et l’avait dévoilée tout entière.

    Chargé, dès son arrivée à Pinang, du cours de rhétorique, M. Bret se dévoua corps et âme à sa tâche, préparant sa classe scrupuleusement sans se laisser distraire par aucune visite, corrigeant tous les devoirs, provoquant chez ses élèves l’émulation, donnant à ses leçons une vie et une méthode qui réveillaient les endormis et finissaient par pénétrer même les esprits moins ouverts. La chaire d’histoire ecclésiastique étant devenue vacante, elle lui fut offerte. Il l’ajouta à son travail ordinaire, l’histoire avait pour lui un attrait particulier.

    Le départ de M. Holhann privait l’infirmerie d’un titulaire dévoué : M. Bret fut chargé de le remplacer. On eût dit qu’il avait été infirmier toute sa vie : attention méticuleuse aux prescriptions du médecin, soins d’une exactitude scrupuleuse, dévouement du jour et de la nuit auprès de ses malades, le tout accompagné d’une gaîté inépuisable.

    Outre ces occupations qui eussent suffi à l’activité d’un homme moins économe de son temps, le Père se chargea encore, pour rendre service et faire plaisir à tous, de préparer les pièces de théâtre qui égayaient la fin de l’année scolaire. Sauf pour la musique, sur laquelle, comme sur le plain-chant, il récusait énergiquement toute compétence, toutes ces pièces étaient choisies et adaptées par lui, traduites en un latin facile et élégant, exercées pendant les récréations, plusieurs semaines durant, et données en public avec un entrain sans pareil. C’était un supplément de travail considérable pour lui, à une époque surtout où chauffait la préparation des examens. Mais, à ses yeux, rien n’était petit de ce qui sert à donner la vie à une communauté, à lui procurer de joyeuses distractions.

    Les élèves apprécièrent vite leur nouveau professeur. Son savoir attirait, sa modestie charmait, sa discrétion invitait à la confiance. Nombreux furent ceux qui vinrent demander sa direction et ses conseils. Il est impossible de dire combien il fit de bien dans ce saint ministère des âmes et combien ce ministère le fit avancer lui-même dans les voies de Dieu. Tout en se donnant à tous, il réservait des soins plus paternels aux élèves de nationalité chinoise, dont, d’après une coutume du collège général, on l’avait nommé le patron. Pour leur faire plus de bien, il se mit avec ardeur à l’étude de la langue chinoise. En lettré qu’il était, l’étude des caractères l’attirait, et si ses occupations le lui eussent permis, il l’aurait certainement poussé très loin, plus loin peut-être que celle de la langue parlée elle-même.

    Telle fut la vie de M. Bret pendant douze ans. Au milieu de ses travaux, dans la société de confrères charitables et aimés, il goûtait un vrai bonheur, et l’idée de s’arracher à ce cher Pinang, à ses livres, à ses confrères, à ses élèves et à ses dirigés ne lui serait jamais venue de lui-même : il dut pourtant l’envisager un jour à son grand regret.

    Le développement des séminaires particuliers des missions rendait le recrutement des élèves de Pinang de plus en plus difficile. Le person­nel enseignant, suffisant pour 125 élèves, était devenu trop nombreux pour une trentaine. M. Bret mesura ses forces, prit conseil, écouta son dévouement et son amour pour la Corée, qu’il avait apprise à connaître, et un beau jour on le vit débarquer à Chemulpo, au grand ébahissement de plusieurs. Ce qu’il avait mûrement résolu, il l’exécutait résolument. Le professeur plein de savoir et d’expérience devenait apprenti mis­sionnaire.

    Quel champ va être marqué à son action ? La ville de Ouen-san (ou Gen-san) devenait tous les jours plus importante, toutes les nationalités s’y coudoyaient, car c’était, à cette époque, le port le plus rapproché de la frontière chinoise orientale. Mgr Mutel pensa avec raison que le nouveau venu avait des aptitudes toutes spéciales pour y être envoyé. Il lui confia donc Ouen-san. C’est là que M. Bret étudia la langue, là qu’il fit ses premières tournées d’administration et qu’il apprit rapide­ment à connaître, avec l’idiome national, les hommes et les choses de Corée. Il devait en rester titulaire jusqu’à sa mort.

    En envoyant M. Bret à Ouen-san, Mgr Mutel avait encore en vue autre chose, que le bien de ce seul poste. Depuis plusieurs années, le zèle du Vicaire apostolique caressait le projet de faire porter l’Évangile jusque sur les confins nord de la mission de Corée. La province de Ham-kejeng est, sinon la plus peuplée, du moins la plus étendue de toute la Corée. Elle mesure au moins 800 kilomètres de long et s’étend sur la côte orientale, depuis le port de Ouen-san jusqu’aux frontières de la Chine et de la Sibérie. Pendant que l’on délibérait sur les moyens pratiques de réaliser ce projet, la Providence intervint elle-même et fit cesser toutes les hésitations. Un jour, c’était en 1896, un homme se présente chez le missionnaire de Ouen-san : c’était un grand gaillard de six pieds, sec, noir, à la mine austère, aux paroles brèves et saccadées. Venu des montagnes du nord, il avait fait exprès un voyage à pied de 950 kilomètres pour chercher la vraie religion. Son instruction se fit rapidement, il fut baptisé sous le nom de Jean-Baptiste qui convenait à sa qualité de précurseur. Rentré chez lui, Jean-Baptiste Kim fit part à ses amis et connaissances du trésor de sa foi nouvelle. Peu de temps après, on le vit revenir à Ouen-­san avec une douzaine de catéchumènes. M. Bret les baptisa et, en les renvoyant chez eux, leur adjoignit un catéchiste qui devait aller recueillir des renseignements sur ce mouvement, le diriger et préparer la visite du missionnaire. Car celui-ci, sans se cacher les difficultés de l’entreprise, était entré pleinement dans les vues de son vicaire apos­tolique, et il brûlait du désir d’ouvrir ces pays à la lumière de l’Évangile. Il profita du passage d’un vapeur à destination du nord et, le 29 décembre 1897, il débarqua à Ta-keu-mi, l’avant-port de Kyeng-­syeng. Là il fait ses adieux au personnel du bateau et aussi … à la civilisation. Il n’a pas la moindre idée de la façon dont les choses vont désormais se passer. Il est en pays complètement neuf et songe avec quelque inquiétude à son inexpérience de la vie de mission, à l’insuffi­sance de son bagage linguistique. Mais, peu importe ! en avant, à la garde de Dieu !

    Une série d’épreuves accueillit le pionnier apostolique dès ses débuts. En entrant dans la ville de Hoi-ryong, il trouve la maison qu’il avait fait acheter, sous scellés, les portes et fenêtres ouvertes à tous les vents. Les notables païens de l’endroit avaient apposé ces scellés de leur propre autorité pour empêcher les chrétiens d’affecter ce bâti­ment à un usage religieux. Cette mauvaise volonté ne se démentit pas dans la suite : dans les rues de la ville, une foule houleuse sui­vait le missionnaire, les pierres volèrent, et l’une d’elles, destinée à M. Bret, sans doute, atteignit son domestique. Les ennemis des chré­tiens soudoyèrent des vauriens qui, pendant la nuit, par-dessus le mur d’enceinte, lançaient des pierres sur la porte de la résidence. Malgré cette opposition, le Père commença de suite l’administration des sacrements, pour mettre ses chrétiens et ses catéchumènes en état de soutenir l’assaut de la persécution. Il fit plusieurs excursions dans les villages environnants, tant pour habituer les païens à la vue de la soutane, que pour réconforter les chrétiens qui demeuraient en ces endroits. Il visita ainsi les villages de Tai-tjyong-tong, de Hak-syei-­ko, de Sa-ki-tong, recueillant ordinairement, à sa rentrée en ville, des injures et des pierres. Il avait fini par s’y habituer et, à l’exemple de son patron, saint Eusèbe, il regardait ces lapidations comme le complément de son apostolat. Ne parvenant pas à l’émouvoir, les païens s’attaquèrent à ses chrétiens. Au village de Sa-ki-tong, ils s’ameutent contre le catéchiste Luc, s’installent dans sa maison, en chassent sa femme et ses enfants et brisent le mobilier. Pour obtenir justice, il fallait s’adresser au mandarin chinois de Tjeng-syeng, car Sa-ki-tong était situé sur la rive gauche du Tou-man-kang, en terri­toire chinois, ou du moins réclamé comme tel par la Chine. Pour être plus à portée d’aider les chrétiens coréens dispersés sur ce territoire, le Père se décida à s’installer au hameau de Tja-eui-tong ; c’est là que demeurait le premier baptisé du nord, ce Jean-Baptiste Kim, dont il a été fait mention plus haut. Au lieu du calme et du travail fructueux qu’il avait espéré trouver dans ces montagnes, le Père y fut assailli par une vraie tourmente. Un premier courrier, arrivé de Hoi-ryeng, annonce une émeute contre les chrétiens de cette ville ; à Sa-ki-tong, à Hak-syei-kol, les païens chassent les chrétiens, les rumeurs les plus sinistres ont cours, les courriers de Job se succèdent et le pauvre missionnaire se demande avec angoisse de quel côté du ciel paraîtra une éclaircie. Mais, au lieu de s’apaiser, la tempête se déchaîne plus furieuse : une bande nombreuse de brigands, armés à l’européenne, et qui se sont enivrés pour se donner du courage, se massent à l’entrée de la vallée de Tja-eui-tong. Au milieu de l’hiver, pour éviter le mas­sacre de ses chrétiens, le Père est forcé de donner le signal d’un départ précipité. Lui et ses chrétiens se dispersent à travers les défilés neigeux de la montagne et se rallient à six lieues plus loin, à Ho-­tchyen-hpo. Pendant ce temps, Tja-eui-tong est saccagé par les émeu­tiers, neuf maisons sont brûlées, et tout le mobilier, avec une partie des bagages du Père, disparaît dans l’incendie. A Ho-tchyen-hpo, les dispositions hostiles de la population se manifestent de suite ; il faut aller jusqu’au prétoire et entamer avec les autorités une de ces négo­ciations dont ceux-là seuls qui y ont été mêlés connaissent les lon­gueurs et les ennuis. A force de persévérance, de prudence, le Père obtint pourtant, à la fin, le strict suffisant de justice pour lui et ses chrétiens et il put penser au retour.

    Ce qu’il avait souffert pendant ces deux mois et demi ! Il avouait lui-même que ses premiers cheveux blancs dataient de cette cam­pagne. Toutes les épreuves l’avaient assailli à la fois : régime de boullie de millet, « succulente comme de la sciure de bois », éclai­rage aux chènevottes, courses fatigantes à en tomber d’inanition ; alertes continuelles ; pillage des chrétientés, souffrances de ses chers néophytes et impuissance à leur venir en aide. Après avoir donné tout ce qu’il avait, M. Bret dut emprunter l’argent nécessaire pour le retour. Au milieu de tous ses ennuis, le Père garda l’âme assez tranquille pour vaquer au ministère des âmes, pour se consoler par la lecture des épîtres de saint Paul, pour recueillir des notes d’admni­nistration, de linguistique, pour n’être pris au dépourvu par aucun évenement, pour suivre jusqu’au bout une ligne de conduite qui finit par lui assurer le succès de ses réclamations. Quand, quelques semaines plus tard, Mgr Mutel lui écrivait : « Vous avez reçu le bap­tême du feu, vous venez de gagner vos éperons », cet éloge n’était que l’expression de la vérité.

    Les épreuves subies en commun, la ferveur vraiment exemplaire et la générosité des néophytes avaient attaché le cœur de M. Bret à la chrétienté naissante de Kan-to. Il se plut à recommencer, chaque année (excepté en I904 à cause de la guerre), cette laborieuse expédition. La première avait été couronnée de 461 baptêmes ; la seconde lui en donna 82. Il voyait déjà, en perspective, la possibilité de fonder un poste permanent dans le nord et s’offrit généreusement à son évêque pour aller organiser cette station. Mgr Mutel n’était pas alors en mesure de satisfaire ce désir, mais il dédommagea M. Bret en entreprenant avec lui, en automne 1900, la visite du Kan-to. C’était la consécration de l’œuvre accomplie et un gage de succès pour les travaux futurs. L’élan des conversions, arrêté un moment par la guerre russo-japonaise, reprit de plus belle en 1905. Pour assurer la persévérance de ces néophytes, le missionnaire ne négligeait rien. Ses chrétiens étaient trop dispersés parmi les païens : il les réunit, autant qu’il put, en colonies agricoles, afin qu’ils pussent se soutenir mutuellement. Il leur multiplia les instructions, les examens. Aussi eut-il la satisfaction, à la fin de la tournée de 1906 de rencontrer des chrétiens qu’aucune question, à moins d’entrer dans des détails de théologie pure, ne pouvait embarrasser.

    Grâce à une impulsion aussi vigoureuse, le développement du Kan-to continua d’une façon remarquable. Le Père attribuait modes­tement ces progrès à la ferveur des anciens chrétiens. Il en signalait qui s’étaient faits, pendant des mois, catéchistes ambulants volontaires, se dévouant, sans aucun espoir de salaire, à faire le catéchisme dans des villages qui s’ouvraient à la foi. De son travail à lui, il ne disait mot.

    Les espérances qu’il avait fondées sur ce cher Kan-to étaient si grandes, qu’elles lui inspirèrent l’ambition de le doter d’un clergé indigène. Dans la construction de son presbytère de Ouen-san, il prévit et réserva un local pour loger, pendant les vacances, les séminaristes que le nord lui fournirait. Il fit tous ses efforts pour réaliser cette idée, et son échec final sur ce point lui fut sensible. Il avait compté sans la difficulté de plier ces natures fortes et éprises d’indépendance à une règle qui contrarie tous leurs caprices.

    Pour parler du Kan-to, sa grande œuvre, nous avons dû omettre de longs détails sur Ouen-san et les autres stations de son district. Partout il fut le missionnaire zélé, le prêtre pieux, l’homme droit, trop droit sans doute, au gré de quelques chrétiens adonnés au commerce, dans un port cosmopolite. Ouen-san lui doit beaucoup, au double point de vue spirituel et matériel. Il le dota d’une église et d’un presbytère conve­nables, d’un jardin dont tous ceux qui l’ont vu disent des merveilles. C’est là qu’il se délassait des travaux du ministère et de ses études, réhabilitant le travail des mains, tenu en trop faible estime par les Coréens.

    La vie du cher M. Bret fut une vie éminemment sacerdotale, toute pénétrée de sentiments surnaturels. Sa piété était profonde et sans apparat, sa régularité exemplaire. Rien n’égalait son respect pour ses supérieurs et sa charité pour tous ses confrères. Ceux qui ont vécu avec lui savent combien il était prudent, délicat, affectueux. Le respect qu’il témoignait à tous, il l’inspirait pour lui-même. Dans les réunions un peu bruyantes, il n’aimait pas à se mettre en avant ; mais, retiré à quelques pas, il jouissait de l’entrain général et souriait finement aux coups bien portés. En sa société, on était sûr de ne pas s’en­nuyer et d’entendre toujours quelque aperçu nouveau et utile. Ses lectures toujours bien choisies, sa grande faculté d’observation et un esprit méthodique, lui fournissaient facilement matière à conversation. C’était surtout dans le service du divin Maître, à la messe, au bréviaire, dans les exercices spirituels qu’il montrait le fonds sérieux de son caractère. Là, il se dégageait, comme sans effort, de tous les embarras extérieurs, pour s’unir par la prière à Dieu.

    Après une vie si bien remplie, le grand repos vint. Au commencement de l’année 1908, plusieurs maladies graves vinrent visiter M. Bret pendant qu’il était au Kan-to, le théâtre principal de son apostolat. Sur l’invitation de ses confrères inquiets, il revint se faire soigner à Ouen-san. On lui envoya un infirmier dévoué dans la per­sonne de M. Larribeau. On tenta de lui persuader d’aller se faire soigner à Hong-kong. Mais il se sentait mourir et voulait mourir à son poste. Le cher Père, au lieu de songer au voyage de Hong.kong, ne pensait plus qu’à  celui de l’éternité. A partir de la fin de septembre 1908, sa vie fut une longue agonie. Le samedi 26 septembre et le lendemain, il fut pris ,à l’estomac de douleurs intolérables : c’étaient les dernières crises d’un cancer. Il reçut l’Extrême-Onction en répon­dant lui-même aux prières. Quand tout fut fini, il se montra tout joyeux d’être prêt à partir. Il dicta ses adieux aux confrères : « Dites-leur que je me recommande bien à leurs charitables prières. J’ai appris avec beaucoup de joie la réussite des démarches de Mgr Mutel en Europe et son prochain retour en Corée. Il m’avait écrit d’offrir mes souffrances pour le succès de cette affaire, et maintenant que la voilà terminée (nous venions d’apprendre que les Pères Bénédictins allaient

    venir en Corée et se charger de l’œuvre des écoles), j’espère n’avoir plus longtemps à souffrir... »

    Le dénouement approchait à grands pas. A partir du 22 octobre, il tomba dans un assoupissement presque continuel, coupé par des actes de résignation à la volonté de Dieu. Son charitable infirmier ne le quittait pas. Le 24 octobre, à 11h. ½ du soir, voyant l’imminence du danger, il lui donna une dernière absolution et lui renouvela l’indul­gence plénière. A minuit précis, l’éternité s’ouvrit devant notre cher confrère et ami. La sainte Vierge répondait aux prières que nous lui avions adressées, en inaugurant, par cette grâce, la fête de son saint Patronage.

    M. Bret repose maintenant dans cette terre où il avait tant tra­vaillé et où il avait désiré dormir son dernier sommeil. Quand la Corée sera couverte de tombes pareilles, elle sera près d’être chrétienne. Car si la vie du missionnaire s’use à la conquête des âmes, sa mort n’en est-elle pas la prise de possession définitive ? M. Bret se souviendra de la Corée, du Kan-to, et ils se souviendront de lui. R. I. P !

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1526
    • Pays : Malaisie Corée
    • Année : 1882