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Jean-Claude BOZEC (1875-1916)

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    Jean-Claude Bozec naquit à Saint-Pol-de-Léon (Finistère) le 13 avril 1875. Il était fils de modestes cultivateurs, de foi profonde et simple. Le père et la mère voulaient faire de leurs nombreux enfants de vrais chrétiens, et ils veillaient à leur inspirer dès l’âge le plus tendre une piété sincère. Quelques années après la naissance de Jean-Claude, son père mourut, et la famille transporta son domicile à Cléder, à 18 kilomètres de Saint-Pol. C’est là que l’un des vicaires de la paroisse remarqua la piété de notre futur missionnaire et lui enseigna les premiers élé­ments du latin.

    Entré au collège ecclésiastique à Saint-Pol, Jean-Claude eut parfois maille à partir avec la discipline de la maison. Ce n’était pas qu’il fût un élève mauvais ou dissipé ; mais les moindres incidents avaient le don d’exciter chez lui une gaieté dont il ne pouvait réprimer les accès. Cette disposition naturelle, alliée à un caractère boute-en-train, faillit avoir pour lui les conséquences les plus graves, en lui faisant attribuer des espiègleries dans lesquelles il n’était pour rien.

    C’est ainsi que durant son année de seconde, il fut rendu respon­sable d’une faute qu’il n’avait pas commise, et se vit infliger une puni­tion grave. Il aurait pu se disculper en dévoilant le vrai coupable ; mais, par esprit de camaraderie, et aussi, il faut bien le dire, par entêtement, il s’obstina dans son silence. Pour ne pas accomplir la punition immé­ritée, il préféra rentrer à la maison paternelle. On devine la consterna­tion de sa pieuse mère et du vénérable recteur de la paroisse de Cléder, M. le chanoine Léon. Tout fut mis en œuvre pour le faire revenir sur sa décision, où chacun ne voulait voir qu’un coup de tête ; mais plus on insistait, plus Jean-Claude s’obstinait.

    Désolé, le recteur le fit appeler au presbytère. Que se passa-t-il dans cet entretien ? Notre confrère disait plus tard à un ami qu’il ne le savait pas lui-même.  Mon recteur, racontait-il, me parla avec beaucoup de bonté, mais avec tant de fermeté et tant de foi, qu’après quelques vel­léités de résistance, je fondis en larmes. J’étais vaincu, et depuis ce jour, je n’ai jamais cessé de remercier Dieu d’avoir placé, au moment propice, ce saint prêtre sur ma route, pour me remettre dans la voie où la Providence m’appelait. Quelques jours après, conduit par le rec­teur lui-même, il rentrait au collège et y continuait ses études.

    À la fin de sa rhétorique, il entra au séminaire de Quimper où il ne resta que deux ans. Admis au séminaire de la rue du Bac, il y arriva en 1898. Deux ans après, il était ordonné prêtre en juin 1900, et recevait se destination pour la Mandchourie. Mais à cette époque, le mouvement xénophobe des Boxeurs se propageait dans les provinces du nord de la Chine ; coup sur coup arrivait à Paris la nouvelle du massacre de plu­sieurs missionnaires. Dans ces circonstances graves, les directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères jugèrent bon de ne pas envoyer de prêtres dans cette région. M. Bozec reçut une nouvelle destination pour la mission de Cochinchine occidentale, ce changement fut pour lui une déception, un sacrifice dont il ne savait pas très bien les motifs, mais qu’il continua pendant plusieurs années, à trouver pénible.

    Arrivé à Saïgon, il se mit avec courage à l’étude de la langue anna­mite. Il apprenait lentement ; mais ce qu’il avait une fois appris, il ne l’oubliait plus ; son esprit méthodique et sa constance lui assurèrent le succès. Plus tard, il entreprit l’étude des caractères ; et, avec la ténacité qu’il mettait à toutes ses entreprises, il serait devenu un érudit dans cette science ardue, si la maladie n’avait interrompu ses études.

    Dans les postes qu’il occupa, il déploya tout son zèle à prêcher et à instruire, ne craignant jamais sa peine, quand le salut des âmes était en jeu. Il se dévoua tout particulièrement à l’instruction des enfants. À Tanqui, où il resta le plus longtemps, il trouva, avec fort peu de ressources, le moyen de bâtir un presbytère convenable ; il restaura l’église dont l’entretien avait été négligé. Nommé en 1910 professeur au sémi­naire, il apporta le même soin à remplir ses nouvelles fonctions. Il pré­parait sérieusement sa classe, cherchant les explications les plus claires et les plus à la portée de ses jeunes élèves, ne négligeant rien pour les intéresser et fixer leur attention.

    Malheureusement le climat ne l’épargna pas, quoiqu’il fût doué d’une constitution exceptionnellement robuste. Atteint de fréquents et graves accès de fièvre bilieuse, il dut, au mois de mars 1913, retourner en France. Il partait pour redemander des forces au pays natal, il allait lui porter son sang.

    Son premier soin en débarquant fut de se rendre à Lourdes et se recommander à la sainte Vierge ; plus il se dirigea vers sa chère Bretagne

    Pendant son séjour en France, il fit deux cures à Vichy. Après la seconde, en juin 1914, il écrivait à Mgr Quinton :  Je viens de terminer ma deuxième saison ; elle a produit un effet  merveilleux. Le docteur désire que j’en fasse une troisième en septembre, pour me donner un dernier vernis : Vous êtes bâti à chaux et à sable, m’a-t-il dit, une dernière cure vous  remetttra complètement à neuf.  Je compte rentrer en Cochinchine au mois de mai 1915.  J’ai hâte de revoir ma mission.

    Ce désir ne devait pas être réalisé.

    La France, engagée dans une guerre qu’elle n’a pas voulue, appelle tous ses enfants à la défense de son sol envahi. M. Bozec rejoint le dépôt de la section des infirmiers du IIe corps à Nantes, et est affecté au ser­vice des ambulances.

    Mais ce poste à l’arrière ne plaît qu’à demi à l’âme avide de dévouement et de sacrifice du missionnaire-soldat. Il demande et obtient d’être affecté, comme brancardier, à un régiment de marche, le 9e zouaves, et quelques mois après, il est sur le front.

    En août 1915, il obtient une première citation et reçoit la croix de guerre. Il écrit alors :  J’ai reçu hier la croix de guerre. Je suis heu­reux de ce témoignage de satisfaction, surtout en  vue de l’influence qu’il me donne auprès des chefs et des soldats. Désormais j’appartiens plus que jamais à notre chère patrie et aux chers blessés, qui pour­ront avoir besoin de secours tant spirituels que corporels. Mon régi­ment est au repos dans un petit pays qui n’a pas de prêtre à demeure ; je fais fonction de curé de paroisse et d’aumônier de bataillon. Au  début cela m’a coûté de dire quelques mots en public ; il paraît pourtant que je m’en tire à peu près. Nos zouaves disent à qui veut les entendre, qu’ils sont heureux d’avoir des prêtres qui marchent avec eux et partagent leurs peines et leurs dangers. Je suis très content de mon sort.

    M. Bozec avait donné sa vie à Dieu et à sa patrie ; depuis longtemps il  était prêt à consommer le sacrifice suprême. Le 27 février 1916, il tomba frappé d’un éclat d’obus à la tête, quelques jours après avoir été l’objet d’une nouvelle citation pour son courage et son dévouement. Une lettre adressée par l’un de ses camarades, un prêtre du Morbihan, relate ainsi sa mort :

    Je le vis pour la dernière fois le matin du 27 février, tout près du fort de Douaumont où nous étions en ligne. Il venait de rendre compte de l’emplacement des compagnies et indiquer aux brancar­diers où se trouvait le poste de secours. Il avait, comme toujours, cette  gaieté franche, qui est la marque d’une âme prête à paraître devant Dieu. Il prodiguait à tous de chaleureuses poignées de main et de réconfortantes paroles. À 7 h. ½  , commença le  grand bombardement ; jamais on n’avait vu un pareil enfer. Toute la gamme des obus  allemands, depuis les 77 jusqu’aux 380, était représentée. Le P. Bozec rejoignit le poste de  secours installé en plein air. Là il donna tous ses soins spirituels et corporels aux blessés qui affluaient. Vers 3 heures, le bombardement redoubla d’intensité, les obus pleuvaient drus  comme grêle, et l’un d’eux, de gros calibre, tombant sur le poste de secours, fit de nombreux blessés, en même temps qu’il frappait mortellement à la tête le vaillant P. Bozec, qui n’eut que le temps de s’écrier : Mon Dieu, mon Dieu...  Le major examinant sa  blessure, annonça tristement qu’il n’y avait rien à faire. Un quart d’heure plus tard, le blessé avait rendu son âme à Dieu.

    Le bruit de sa mort se répandit rapidement et fit une impression profonde. Tous l’admiraient et l’aimaient. Sa gaieté, son abord facile, son dévouement à toute épreuve lui avaient gagné tous les cœurs. Sa bravoure était parfois téméraire. Là où il savait qu’un soldat était tombé blessé, il y allait de suite, le pansait et l’emportait sur ses épaules. Dieu seul sait combien il a sauvé de vies.

    Son corps repose au bois de la Caillette en deçà et au bord de la ligne du chemin de fer « qui va de Fleury à Vaux, à l’endroit même où il fut frappé.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2524
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1900