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Germain Jean BOYER (1903-1977

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    Père Germain BOYER

    Missionnaire de Kweiyang et de Hwalien

    1903 - 1977

     

     

    Né le 29 mai 1903 à Mireval-Lauragais (Aude), diocèse de Carcassonne.

    Etudes secondaires au petit séminaire de Castelnaudary.

    Grand séminaire de Carcassonne 1921-1922.

    Entré aux Missions Etrangères le 15 septembre 1922.

    Prêtre le 24 septembre 1927.

    Parti pour Kweiyang le 16 avril 1928.

    En mission à Kweiyang de 1928 à 1952.

    Expulsé de Chine le 7 février 1952.

    Surveillant au petit séminaire de Montbrison (Loire) 1952-1953.

    Affecté à Hwalien en avril 1954.

    En mission à Hwalien du 22 septembre 1954 au 18 octobre 1977.

    Décédé dans sa mission le 18 octobre 1977.

     

     

    Le 17 octobre 1977, le Père Germain BOYER est mort à l’hôpital de Sintchen où il était en traitement depuis deux mois. Les confrères venaient juste de commencer leur retraite annuelle animée par le Chanoine Roffat, ancien supérieur du petit séminaire de Montbrison et ami du P. Boyer.

     

    Une notable amélioration avait permis de fêter, le 23 septembre, le 50ème anniversaire de son ordination sacerdotale, mais quelques jours plus tard la lutte fut sans espoir.

     

    Depuis longtemps, en raison de sa maladie de cœur, il appréhendait une mort solitaire. En fait, pendant ses derniers jours, il fut bien entouré par les confrères et même par ses chrétiens venant de 80 km pour se relayer à son chevet.

     

    Selon son désir, il fut enterré à Vataan, au milieu de ses chrétiens : obsèques ferventes sous la présidence de Mgr Kia, honorées par la présence inopinée de l’évêque de Fatima (Portugal), avec la participation de plus de 2000 chrétiens.

     

     

    Enfance et formation

     

    Le Père Germain BOYER était né le 29 mai 1903 à Mireval-Lauragais dans l’Aude, au pays du cassoulet et du confit d’oie, à quelques kilomètres de Prouille que sanctifia saint Dominique. Il était le troisième d’une famille de 6 enfants. Après ses études primaires il entra au petit séminaire de Castelnaudary et ses études secondaires terminées, il se dirigea vers le grand séminaire de Carcassonne où il ne séjourna qu’un an.

     

    Du petit séminaire de Castelnaudary où germa sa vocation missionnaire, le P. Boyer gardait un souvenir très vivant. C’était pendant la guerre 1914-1918 : une ambiance d’héroïsme exaltait sa vocation à une vie mortifiée et, s’il le faillait, sacrifiée. Ses études furent solides et jusqu’à la fin sa mémoire sans faille citait les classiques avec une prédilection pour La Fontaine.

     

    C’est pendant son année au grand séminaire de Carcassonne que le Père Boyer fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères. Il fut admis sans difficulté et le 15 septembre 1922 il entrait à Bièvres. On ne relève rien de spécial pendant ses années de séminaire, sinon qu’il accomplit son service militaire dans l’infanterie coloniale comme sous-lieutenant. Ce fut encore pour lui une école d’ascèse et de discipline.

     

     

    Mission en Chine

     

    Ordonné prêtre le 24 septembre 1927, il reçut sa destination pour la mission du Kweichow. Ses vacances en famille et ses préparatifs terminés, ils partit le 16 avril 1928 pour rejoindre sa mission. Débarqué à Hanoï, il gagna Kunming (Yunnan) et de là partit pour le Kweichow. Il fallait pour arriver à Kweiyang 16 jours en chaise à porteurs. A longueur de jour, il entendait les réflexions des porteurs sans en comprendre un traître mot. Une phrase particulièrement sonore ponctuait comme un refrain ces conversations. En une dizaine de jours, elle finit par s’incruster dans sa mémoire très musicale. Sans être encore au bout du voyage, il arrivait alors dans la première paroisse de la province. Pour manifester sa joie de voir un confrère, il lança de sa voix claire de ténor léger, avec une justesse de ton qui ne permettait aucune ambiguïté, le premier fruit de ses efforts linguistiques. Les notables de la paroisse, compassés comme il se doit, en furent du coup dégelés, mais le confrère se boucha les oreilles et leva les bras au ciel : la phrase, pour être euphonique, n’en était pas moins très malsonnante ! Le P. Boyer fut un des derniers missionnaires du Kweichow à arriver dans la mission par la route du Yunnan. Ce voyage lui fut particulièrement pénible, surtout du fait qu’il n’était pas encore habitué (plus tard il le sera totalement) à la nourriture qu’il trouvait le long de la route dans les auberges.

     

    Il retrouva à Kweiyang son jeune « ancien », le P. Signoret. C’était alors, au Kweichow, une tradition d’accueillir les nouveaux avec une chanson. De sa voix d’or, le félibre provençal accueillit son compatriote occitan: « Tu chanteras, tu chanteras, mon frère, c’est en chantant qu’on passe au Kweichow  ».

     

    Monseigneur Séguin envoya le P. Boyer apprendre le chinois et s’initier à la vie apostolique chez le P. Larrart, futur évêque coadjuteur, alors curé de Tinfan, à deux étapes au sud de Kweiyang. Il eut, au début quelques difficultés à s’adapter à son nouveau genre de vie et aussi aux confrères qui devaient être ses compagnons d’apostolat. Cependant, au bout de quelques mois d’initiation sous la direction du P. Larrart, il se révéla un excellent missionnaire, travailleur, zélé, ne craignant ni sa peine ni les dangers, en même temps qu’un confrère au caractère jovial, conservant cependant quelque chose de la raideur qu’il avait manifestée au début de sa vie en mission. Ce léger excès ne l’empêcha pas toutefois de trouver la souplesse dont il eut grand besoin pour s’adapter aux situations si variées qu’il rencontra au cours de sa vie.

     

    Après quelques mois en compagnies du P. Larrart, il fit ses premières armes, seul, à Tsatso, au nord de la capitale, puis il fut envoyé de nouveau au sud, au-delà de Tinfan, pour tenir le poste de Tongtcheou, à 2 journées de marche de son plus proche voisin. Il se dépensa sans compter, parcourant sans cesse la région qui lui était confiée : environ 100 km sur 80. Il s’attacha profondément à ce district. C’est là qu’un jour, pris de dysenterie, il enfourcha son cheval pour faire en un jour les deux étapes qui le séparaient de Tinfan et d’un confrère. C’était un remède de cheval, en ce sens que la monture arriva fourbue... et le cavalier guéri !

     

    Habitué à la rude vie de brousse, il reçut sans enthousiasme, en 1936, sa nomination au petit séminaire de Loutsongkoan. Missionnaire de plein vent, il eut du mal à se faire à la vie sédentaire, mais il n’était pas destiné à faire carrière dans l’enseignement . En effet, vers 1937, il était envoyé à Kianglong, gros marché à 5 étapes de la capitale. Comme dans tous les districts du Sud-Ouest, le Père résidait dans une ville ou un marché, avec une petite chrétienté de « fils de Han », mais le plus grand nombre de chrétiens, de race Pou 1. était dans les villages d’alentour. On visitait ces chrétiens, surtout pendant les mois d’hiver, plusieurs jours durant. Les Pou 1 étant très sensibles à la musique, le P. Boyer qui grattait agréablement la mandoline, emportait son instrument pour animer les soirées. Il s’initia aussi à la langue J pour la conversation courante. De Kianglong il fut transféré à Chenning, la ville voisine, à une étape de route. Il trouvait là une belle église en pierres de taille dont les flèches pseudo-gothiques se voyaient de loin par dessus les blancs remparts de la ville.

     

     

    Les lépreux

     

    C’est là qu’il commença, vers 1948, à s’intéresser aux lépreux. Le P. Signoret, au retour de la guerre, construisait alors à Anlong la léproserie où il devait être tué. Le P. Boyer, lui ayant rendu visite, décida de faire quelque chose de son côté. Les lépreux, chassés de leur famille et de leur village dès que les premiers signes de la maladie apparaissaient, se réfugiaient dans la montagne, logeant dans des anfractuosités de rochers ou dans des huttes de branchages. Ils se cachaient, redoutant d’être délogés par le feu, tués par le poison ou à coups de fusil. Le P. Boyer ayant eu connaissance de quelques cas commença, moyennant quelques acrobaties pour entrer dans les tanières, à visiter et à soigner ces malheureux. Les améliorations qui en résultèrent firent que des lépreux de plus en plus nombreux se manifestèrent de sorte qu’il fut amené à s’en occuper à plein temps. Grâce à des remèdes homéopathiques donnés par le P. Bourdoux, franciscain de Paris, les améliorations permirent à plusieurs de travailler et de gagner leur vie. Il mettait l’image du Sacré-Cœur dans les huttes et enseignait quelques bribes de catéchisme à ces cœurs désespérés. Le nombre des assistés arriva à la centaine quand les communistes le mirent en résidence forcée à Chenning jusqu’à son expulsion de ce poste le 14 décembre 1951. Ramené à Kweiyang, il séjourna 5 ou 6 longues semaines dans une auberge chinoise avant d’être expulsé définitivement le 7 février 1952 en direction de Hongkong où il arriva au terme d’un voyage de deux semaines. Après quelques jours de repos à Hongkong, il regagna la France où il arriva le 25 février 1952.

     

    Peu après son arrivée en France, il fut envoyé par les Supérieurs de la Société au petit séminaire de Montbrison dans la Loire. Le supérieur de cet établissement était le chanoine Roffat, un ami des Missions Etrangères. Comme il manquait de professeurs, il fit appel à la Société et on lui envoya les PP. Duris et Boyer. Le P. Boyer fut surveillant des élèves de 8ème et de 7ème et assura aussi l’instruction religieuse pour ces jeunes élèves. « Avec sa simplicité et sa gentillesse habituelles, nous dit le chanoine Roffat, le P. Boyer s’agrégea très vite à la communauté professorale. Sa discrétion comme sa piété étaient fort appréciées, spécialement du supérieur du séminaire ». Le P. Boyer lia une véritable amitié avec le chanoine Roffat qui resta en relation avec lui et qui eut la joie de le rencontrer à Formose quelques jours avant sa mort.

     

     

    Formose

     

    Mais le P. foyer désirait repartir en mission. Aussi au bout de deux ans il demanda une nouvelle destination. Formose ouvrait alors ses chantiers. Il fut affecté à cette nouvelle mission en avril 1954 et le 22 septembre il repartait pour son nouveau champ d’apostolat. Dès son premier poste à Cheoufong, il s’aperçoit que son chinois ne suffit pas pour instruire les catéchumènes de race « amitsu » qui affluent alors. Il commence donc à s’initier à cette nouvelle langue grâce au chinois écrit qui sert d’intermédiaire. Quand il commence à se débrouiller dans ce dialecte, il est envoyé dans un gros centre amitsu, Tavalong. Son district couvre deux cantons, Koangfu et Fengpin qui forment maintenant trois districts. Il sillonne ce territoire à pied et, où c’est possible, à bicyclette. Maison et église sont en bois, vite vermoulu : ce qui n’est pas sans danger en temps de typhon. Quand Monseigneur Vérineux eut construit une église en dur à Tavalong, le P. Boyer laissant son vicaire s’occuper seul de cette partie du district, alla s’installer à 3 km de là, à Vataan, village amitsu proche du marché taiwanais, espérant rendre ainsi plus faciles les contacts avec les Taiwanais, toujours réfractaires à l’évangile. En une journée, les chrétiens lui construisirent avec des bambous et des roseaux une paillote « amitsu ». Son cœur était déjà atteint et le confort très sommaire de cette cabane n’arrangea rien. Dans ce poste, il « rectifie » encore son langage amitsu pour l’adapter au patois de ce village. Il étudie aussi le chinois taiwanais. Son oreille musicale lui facilite la tâche et il arrive bientôt à tenir une conversation en cette langue.

     

    L’église en bois vieillissait mal. C’était l’époque des chrétiens en or dans des églises en bois. Au risque de renverser la proposition, Monseigneur décide de construire une belle église en dur. Un plan en V donna une façade un peu « glorieuse », mais pour le reste de sa vie, ce fut pour le P. Boyer une mortification quotidienne de dire la messe face à l’angle de rencontre des deux nefs.

     

    Pour réaliser un plan, on jugea bon de mettre le P. Boyer en semi-retraite à Jouisui, à 20 km au sud. Tout en assurant la messe aux sœurs franciscaines, il s’occupait des villages amitsu de banlieue. Sa connaissance du taiwanais lui ouvrait bien des portes quand, pour la réalisation d’un nouveau plan, il fut prié de retourner à Vataan, comme prêtre auxiliaire. On lui aménagea un logis à sa taille qui n’était pas bien grande. Il était heureux d’avoir l’église à sa porte. Il y prolongeait sa prière. Il se rendait utile en aidant pour les confessions, les messes matinales et les messes du dimanche.

     

    A voir vivre le P. Boyer, on pouvait juger que la formation reçue en famille et dans les séminaires était basée sur la prière et l’ascèse, Il choisissait volontiers la voie étroite et plus difficile. Il resta toujours fidèle à ses exercices de piété, au chapelet et même, dans ses dernières années, au rosaire quotidien. En vieillissant, son caractère s’était bonifié comme un vin généreux. Ce ne fut jamais l’homme des compromissions ni même des compromis : ses convictions restaient tranchées et fermement exprimées, mais pour qui l’avait connu dans sa jeunesse missionnaire, l’œuvre lénifiante de la grâce était visible.

     

    La présence de l’évêque de Fatima à ses obsèques était-elle l’effet d’un pur hasard ? N’était-elle pas plutôt un signe voulu par Marie pour manifester que, depuis les pèlerinages de l’enfance jusque par delà la mort, le P. Boyer lui appartenait. Heureux qui est ainsi couvert par l’ample manteau de Notre-Dame !

     

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    • Numéro : 3348
    • Pays : Chine Taiwan
    • Année : None