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Eugène BOYER (1879-1930)

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    M. Eugène Boyer naquit le 19 février 1879 à Arlanc, au diocèse de Clermont, à quelques kilomètres de la  Chaise-Dieu. Auvergnat bien authentique, et Dieu sait s’il en était fier ! il n’oublia jamais les montagnes natales ; robuste et laborieux, doux et tenace, la parole aimable, des yeux très bons dans une face hirsute, il était bien le type du montagnard du Plateau Central.

    Il fut élevé à l’Institution Saint-Pierre à Courpière de 1894 à 1898, puis il entra au Grand Séminaire de Clermont-Ferrand. Une conférence donnée à Courpière par un Evêque missionnaire avait déjà éveillé en lui la vocation apostolique ; aussi, ses deux années de philosophie terminées, quittait-il Clermont pour rejoindre le cher vieux Séminaire de la rue du Bac. Les Missions-Etrangères firent ce jour-là une excellente recrue. Eugène Boyer fut heureux dans ce nouveau milieu, il s’y sentait comme chez lui et les lettres qu’il écrivait à un de ses amis resté au pays témoignaient qu’il appréciait vraiment son bonheur. Une maladie retarda son départ en Mission jusqu’en 1905 ; ce fut pour lui une grosse épreuve : voir partir les amis, rester prisonnier du médecin, cela était bien dur ! Plus tard il parlait de cette épreuve sans amertume, d’abord pour prouver que les médecins ne sont pas infaillibles, ensuite et surtout pour bénir la Providence qui sans doute avait voulu, en lui imposant ce retard, éprouver sa vocation au bénéfice de son minis­tère futur.

    Destiné à Pondichéry, M. Boyer arriva dans l’Inde le 26 avril 1905. Quelques mois plus tard, il était envoyé dans le vaste dis­trict de Chetpet pour y tenir compagnie au vénéré M. Darras, le grand convertisseur du North-Arcot. A peine le temps de souffler, et voilà que M. Darras, qui jusque dans sa verte vieillesse conservait encore du vif-argent dans ses veines, l’emmène, à bonne distance, dans le village de Budamangalam ; il l’y installe, l’y laisse seul, tout seul, en pleine brousse, en plein pays païen, en plein rêve ! Il y resta jusqu’à sa mort, durant vingt-cinq ans. Certes la place était idéale pour un prêtre zélé : le territoire du district était vaste, peuplé d’innombrables païens, avec environ quinze cents chrétiens dispersés, baptisés par M. Darras, mais dont l’instruction laissait certainement à désirer. Il fallait de toute nécessité parfaire l’œuvre commencée par le vieux missionnaire, stabiliser et fortifier les résultats acquis, puis si possible, reprendre la marche en avant. Telle était la consigne laissée par le grand convertisseur à son jeune disciple.

    L’œuvre était belle assurément, mais difficile : M. Boyer s’y appliqua de tout cœur et y réussit. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ; il  fut patient et malgré les déboires, les difficultés, les contradictions même, il fut tenace ; d’une terre aride, il fit un sol fécond, disons qu’il fit fleurir le désert. En 1906, l’assistance à la messe était misérable, en 1930 la chapelle est bien restée la même, mais bon nombre de fidèles, n’y trouvant pas de place, assistent à la messe dominicale du haut des rochers voisins !

    En matière d’apostolat, si le but est le même pour tous, les moyens à employer peuvent et doivent varier suivant les lieux et les circonstances. Terrien d’origine, c’est à la terre que M. Boyer demandera le secours nécessaire pour maintenir et perfectionner son troupeau dans la foi. Malgré la réputation des richesses fabuleuses que lui ont faite les romanciers aux environs de 1830, l’Inde est et restera longtemps encore le pays de la famine. Le missionnaire n’oublia pas qu’il faut vivre tout d’abord avant de philoso­pher ; il fixa ses chrétiens sur les terres voisines de sa résidence, appela et établit à Budamangalam d’anciens chrétiens plus solides, plus fermes dans la foi, qui servirent d’exemples aux nouvelles recrues. De la sorte se forma une colonie chrétienne, sans mélange de paganisme, où la vie chrétienne put se développer, s’épanouir. Cette œuvre demandait des ressources, de grandes ressources ; le missionnaire en trouva, mais au prix de quelques peines ! Il se fit mendiant, écrivit de tous côtés, frappa à toutes les portes, supplia tout le monde, amis et inconnus. Et si sa main gauche était toujours tendue pour recevoir, sa main droite était toujours ouverte pour donner : on en sait quelque chose à Budamangalam, et, on ne l’oubliera pas de si tôt.

    M. Boyer avait foi dans l’apostolat par l’école. Il sema des écoles dans tout son district ; quelques mois avant sa mort, il en ouvrait encore une dans un village absolument païen. Cet homme extérieurement rude adorait les enfant ; il était pour eux d’une mansuétude infinie, car les enfants sont 1’avenir, et former les enfants c’est assurer l’avenir.

    En 1925, Mgr Morel, vu la pénurie de missionnaires, se vit dans la nécessité d’adjoindre au district de Budamangalam un district voisin ; M. Boyer dut faire face à un travail doublé et se déplacer continuellement. Mais sa santé commençait à décliner ; peut-être aurait-il pu, en prenant quelque repos, réparer des forces qui s’épuisaient, mais il ne voulait pas de repos, il n’en prit jamais.

    En 1928, le district civil de North-Arcot, dont fait partie Budamangalam, est détaché de l’Archidiocèse de Pondichéry pour être rattaché à celui de Madras, confié récemment aux PP. Salésiens de Dom Bosco. Grande douleur pour M. Boyer, qui se voit à la veille de quitter son cher troupeau. Seulement les PP. Salésiens ne sont pas en nombre suffisant et provisoirement le missionnaire garde Budamangalam… C’est une consolation, sans doute, mais il n’en reste pas moins avec deux districts à desservir. A faire la navette entre les deux, il finit par s’user, tant et si bien que sur la fin de juin 1930 il fut à bout de forces. Les confrères voisins le déci-dèrent, non sans peine, à partir pour l’hôpital Sainte-Marthe à Bangalore ; il y fut conduit par M. Monchalin. Couvert d’énormes furoncles, dont on compta jusqu’à vingt-cinq, il était très affaibli. Le premier examen montra clairement qu’il souffrait d’un diabète aigu, maladie très fréquente dans l’Inde et dont l’issue est fatale.

    Tous les soins possibles furent prodigués à notre cher confrère, soit par les si dévouées Sœurs de l’hôpital, soit par l’aimable docteur chrétien qui le visitait deux fois par jour. Chaque matin, l’aumônier lui apportait la sainte communion ; chaque jour, il recevait la visite de l’un ou l’autre des confrèses de la ville, toujours parfaitement charitables pour les malades de l’hôpital. A partir du 21 juillet, il fut encore consolé par les visites de son ancien com­pagnon de Chetpet, Mgr Colas, récemment appelé par le Saint-Siège à l’Archevêché de Pondichéry, et de M. Chaler, qui avait été son voisin de district pendant vingt-cinq ans.

    Le 25 juillet, à cinq heures et demie du soir, le cher malade demanda lui-même l’Extrême-Onction. S’adressant à Mgr Colas : « Je me sens un peu plus mal, dit-il, je désirerais recevoir « les derniers sacrements. Voudriez-vous d’abord rester quelques instants seul avec moi pour « arranger mes affaires ? » Ainsi fut fait. Le Saint Viatique lui fut donné et, après quelques paroles l’exhortant à offrir sa vie et ses souffrances pour les siens, pour ses chrétiens, pour le diocèse et pour la chère Société des Missions-Etrangères, Sa Grandeur lui administra le sacrement des mourants. Bien ému, notre mourant répondait aux prières auxquelles s’unissaient deux Pères Carmes, MM. Clément, Chaler, Blons et Fluchaire, et la Religieuse garde-malade. Dès lors il parla peu et, le lendemain 26 juil­let, à une heure trois quarts de l’après-midi, il s’éteignait doucement, sans agonie, et allait recevoir la récompense promise au bon serviteur.

    Les obsèques eurent lieu le lendemain à l’église cathédrale de Bangalore. Mgr Colas, quatre confrères de Pondichéry, tous les confrères de Bangalore, les communautés religieuses, y assistaient.

    La mort de M. Boyer avait été simple comme avait été sa vie ; simple et bon, il l’avait toujours été ; chez lui, nulle recherche de soi-même, nul désir de briller, ni de s’affirmer ; charité parfaite à l’égard des confrères qu’il aimait à recevoir et à visiter ; bonté et douceur avec tous, chrétiens et païens, qu’il ne brusquait jamais, ni en paroles, ni en actes : telles furent les qualités distinctives de M.  Boyer. Il a passé en silence en faisant le bien : les chrétiens pleurent un père aimant et dévoué ; ses confrères regrettent un ami des bons et des mauvais jours. La Mission de Pondichéry a perdu un bon missionnaire. Tous, nous en avons la douce confiance, ont un protecteur de plus dans le ciel.

     

     

    • Numéro : 2823
    • Pays : Inde
    • Année : 1905