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François-Xavier BOXBERGER (1886-1916)

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    François-Xavier Boxberger naquit le 2 juin 1886 à Suresnes, au diocèse de Paris, de pieux parents d’origine alsacienne, qui ont donné à Dieu pour le service de ses autels deux de leurs trois fils. Il fit ses premières études au petit séminaire de Versailles. Un de nos confrères de la mission, qui a été son condisciple, dit de lui qu’il fut un très bon élève, et des quatre ou cinq qui, dans chaque classe, se disputaient le premier rang. Sa rhétorique terminée, il entra au grand séminaire ; il y prépara son examen du baccalauréat ès-lettres qu’il subit avec succès. L’année suivante, il fut admis au séminaire des Missions-Etrangères, et en octobre 1907, il fut appelé au service de l’armée.

    À ce moment, plusieurs se demandaient quelle ligne de conduite ils devaient adopter pour accomplir leurs deux années de service militaire dans les conditions les meilleures, et avec le moins de péril pour leur vocation. Devaient-ils rester dans le rang ou chercher à acquérir des grades ? François-Xavier adopta la deuxième solution. Il pensait qu’à l’armée, la considération personnelle que lui vaudrait l’épaulette lui permettrait de faire plus de bien à ceux parmi lesquels la Providence le plaçait. Et nous savons que le sous-lieutenant Boxberger fit du bien par des conseils donnés en particulier, et aussi par des conférences hebdomadaires.

    À l’automne de 1909, il entra au séminaire de la rue du Bac et, retrempé par les exercices d’une fervente retraite, il reprit avec ardeur ses études de théologie. On le chargea de la direction du chant et des fonctions d’organiste, car il avait un réel talent de musicien.

    En 1911, il reçut le sous-diaconat, le diaconat, et fut appelé à monter à l’autel pour y offrir le divin sacrifice. Il reçut sa destination pour la mission de la Cochinchine occidentale.

    Débarqué à Saïgon le 28 décembre 1911, il fut, après quelques jours de repos, confié par Mgr Mossard aux bons soins de M. Benoît, missionnaire d’expérience, curé de Giongrum et de Chava. Il eut à peine le temps de faire connaissance avec ce confrère, qui tomba bientôt malade, et alla mourir à Saïgon le 29 février 1912.

    Quelques mois plus tard, le jeune missionnaire quitta Chava et fut chargé de la chrétienté de Bungbot. Le 20 février 1914, il fut nommé professeur de rhétorique et d’histoire au séminaire de Saïgon, et au commencement de l’année 1915, vicaire à la cathédrale. Bon missionnaire de brousse un peu ferme à la manière des nouveaux, de cette fermeté que tempèrent l’expérience de la vie et la connaissance des hommes ; zélé directeur au séminaire, il parut encore mieux à sa place à la cathédrale, pour y faire fructifier les talents que Dieu lui avait donnés. Il était doué d’une belle facilité d’élocution, et avait le goût des œuvres de jeunes gens, aussi se donna-t-il de tout cœur à l’Association catholique de la jeunesse française qu’il avait trouvée en bonne voie et fut-il bien vite aimé des enfants de l’Institution Taberd, auxquels il faisait le catéchisme.

    Notre jeune confrère ne devait malheureusement pas rester longtemps à ce poste. La mobilisation des officiers de réserve de la colonie l’obligea, en 1914, d’endosser de nouveau l’uniforme. Cependant, affecté à une unité en garnison à Saïgon, il put encore pendant quelque temps continuer son ministère. C’est ainsi qu’il prêcha à la cathédrale, devant un nombreux auditoire, le carême de 1915 ; étant professeur au séminaire, il avait du reste déjà prêché avec succès la station quadragésimale de 1914.

    Vers le commencement du mois de mai 1915, on l’avertit d’avoir à se préparer, et quelques jours plus tard, il s’embarquait pour une destination indéterminée. Cette destination fut la France, où il arriva le 15 juillet. Peu après, il fut promu lieutenant et employé à l’instruction de 300 jeunes soldats, travail absorbant, mais qui ne l’empêchait pas de penser fréquemment à sa mission, à ses chères œuvres à peine ébauchées. —  Il me semble, écrivait-il à M. Soullard, son curé et son confident le plus intime, que je ne suis pas tout entier en France ; j’ai laissé là-bas, pour ainsi dire, toutes mes pensées. Et ailleurs : Je passe à Saïgon une partie de mes heures.

    Vers la fin du mois d’août, il est désigné pour faire partie du corps expéditionnaire des Dardanelles ; il débarque le 6 septembre dans la baie de Moudros, et dès lors, commence pour lui la dure vie des tranchées, vie remplie des soucis et des inquiétudes que lui donne la responsabilité du commandement d’une compagnie. Lui-même a raconté quelques-unes de ses impressions dans des lettres qu’ont publiées les Annales de la Société des Missions-Etrangères (Ann. de  M.-E, 1907, jan.-févr. Nº 107, p. 108 ; mars-avril, nº 108, p. 121.).

    Il confie son monde à la sainte Vierge et prie cette bonne Mère de veiller aussi sur lui. Ce matin, j’eus une petite panique, écrit-il, et pour ramener le calme parmi mes hommes, je dus monter sur le parapet, par conséquent, m’exposer à la mort ; comme d’habitude, les balles passèrent à côté. Merci à la Sainte Vierge. La vue constante des dangers perpétuels dans lesquels on vit soi-même, et qui menacent ceux dont on est chargé, habitue à se blottir entre les bras de Dieu et sous le manteau de la Sainte Vierge. Je m’y jette de tout coeur.

     

     

    Dans une tranchée en arrière, on a creusé une chapelle où il célèbre quelquefois la messe ; on y conserve en tout temps la sainte Réserve ; le Père peut donc, lorsque les circonstances le lui permettent, aller rendre visite à Notre-Seigneur : En cette compagnie, écrit-il, la tranchée même est habitable. Je crois que je n’ai jamais autant aimé mes exercices de piété ; à tout instant du jour, j’éprouve le besoin de lire un peu d’Evangile, un peu d’Imitation, quelques psaumes du petit office de la Sainte Vierge. Puis, sa pensée le ramène en Cochinchine, où il désire retourner le plus tôt possible : Dès que la guerre sera finie, je vais à Lourdes en pèlerinage avec ma famille, et je reprends ensuite le bateau. Son zèle pour les œuvres de jeunes gens l’a accompagné jusqu’aux tranchées, et de concert avec l’aumônier de la brigade, il projette d’établir à l’arrière un patronage pour ses troupiers.

    Sa vie continue ainsi, tantôt aux tranchées de première ligne, tantôt aux cantonnements de l’arrière, jusqu’au jour où une très forte fièvre le fait évacuer sur l’hôpital de Moudros, le 1er décembre. A moitié remis, il reçoit un congé d’un mois qu’il va passer dans sa famille à Vigneux.

    À l’expiration de son congé, ses chefs lui ayant donné le commandement d’une compagnie de tirailleurs sénégalais, il s’embarque le 21 février 1916 à destination de la Tunisie. Quatre mois durant, à Gafsa, il fait l’instruction de ses noirs, puis vient en France avec eux. Le 25 juin, il est à leur tête dans la Somme. Les deux dernières lettres du Père sont datées du 2 et du 6 juillet. Il mentionne que l’offensive, si longtemps attendue, vient enfin de se déclancher. La première journée a été pleine de résultats ; les prisonniers allemands défilent par groupes nombreux ; les coloniaux se sont montrés particulièrement brillants ; lui-même, qui jusqu’alors n’a appartenu qu’à un groupe de réserve, va prendre part à l’action. Trois jours plus tard, dans son premier combat, il tombe frappé à mort.

    À la date du 24 août, on lisait aux nouvelles hebdomadaires de la Semaine ReLigieuse de Saïgon, les lignes suivantes encadrées de noir : Monseigneur recommande aux prières des prêtres et des fidèles de la mission, le R. P. Boxberger, mort glorieusement pour la France, le 9 juillet, à l’attaque de la Maisonnette, près de Péronne. Son corps a pu être retrouvé et inhumé dans le cimetière de Cappy, près de Bray-sur-Somme. Étant lieutenant aux tirailleurs sénégalais, il ne se faisait guère illusion sur le sort qui l’attendait, et il avait fait généreusement le sacrifice de sa vie pour Dieu et pour la France. Ses soldats l’ont pleuré ; il emporte avec lui les regrets de tous ceux qui l’ont connu.

    L’assistance fut nombreuse au service funèbre célébré le 28 août à la cathédrale. M. Soullard offrit le saint sacrifice pour son cher vicaire, et Mgr Mossard donna l’absoute. Le Gouvernement était représenté ; tous les missionnaires et les prêtres indigènes de la ville et des environs étaient présents, ainsi que beaucoup d’officiers, ses chefs et ses camarades de l’année précédente. Sa grande famille militaire s’unissait pieusement à sa famille religieuse pour demander à Dieu de donner le repos éternel au missionnaire lieutenant.

    Après sa mort, le P. Boxberger a été cité à l’ordre du jour de l’armée ; voici le texte de cette citation :

    « M. Boxberger, François-Xavier, lieutenant au 61e bataillon de Sénégalais, tué le 9 juillet 1916, à l’attaque de la Maisonnette. Avec un calme et une intrépidité admirables a entraîné ses tirailleurs à l’assaut d’une tranchée ennemie sous les feux croisés des mitrailleuses et sous des rafales d’artillerie ; est tombé mortellement blessé, mais par son attitude a contribué très largement au succès de la journée (Ann. Des M.-E.,  1916, sept.-oct., nº 111, p. 178.). »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3108
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1911