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Jules BOUSSAC (1844-1913)

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    Jules Boussac naquit au hameau de la Crouzié, paroisse de Lafarouquial (Albi, Tarn), le 6 novembre 1844. Durant une sérieuse maladie qu’il fit à l’âge de sept ans, sa pieuse mère le voua au saint Crucifix de Cordes ; immédiatement, un mieux sensible se déclara, et l’enfant fut bientôt hors de danger. C’est au cours de cette maladie, qu’il eut le bonheur de faire sa première communion, le 2 février 1852.

    Faut-il attribuer au vœu maternel la vocation apostolique, qui se dessina de bonne heure chez notre confrère ? Toujours est-il qu’il manifesta, bien jeune encore, son désir de se consacrer aux missions. Il avait à peine onze ans, lorsqu’il faisait à son frère aîné Benjamin, cette déclaration catégorique : « J’ai été voué à la croix, je dois aller la prêcher. »

    Il savait à peine lire, mais point encore écrire, lorsqu’il demanda à étudier, lui aussi, le latin, comme son aîné. Après avoir reçu, pendant trois ans, les leçons de l’abbé Delrieu, curé de Lafarouquial, il entrait, en 1857, au petit séminaire de Lavaur.

    Six ans plus tard, nous le retrouvons au grand séminaire d’Albi. L’idée des missions ne l’a point quitté, au contraire ; et, dès 1865, il demande l’autorisation de partir pour le Séminaire des Missions-Étrangères. M. Daugaros, vicaire capitulaire du diocèse d’Albi pendant la vacance du siège, lui ordonna d’attendre la nomination du nouvel archevêque. Le 19 octobre de cette même année, M. Boussac pouvait enfin partir pour Paris.

    Le souvenir de M. Boussac est demeuré longtemps vivant parmi ses anciens condisciples, orné d’épisodes et de petites aventures dont il fut le héros. Il s’était mis fabricant de chapelets, qu’il vendait au profit de la Propagation de la Foi. Pour augmenter ses collectes en faveur de l’œuvre chère à son cœur, il avait entrepris de scier et de fendre du bois pour les autres séminaristes. On raconte aussi qu’un jour de promenade, chargé de faire la lecture spirituelle, en plein air, à la communauté, il avait pris un ton de voix trop élevé. Le sujet de lecture était un discours de saint Vincent de Paul. A un moment, le supérieur interpelle le lecteur : «Vous pourriez prendre un peu plus bas », lui dit-il. « Ainsi soit-il », continue le séminariste en baissant le ton. C’était précisément le dernier mot qui restait du discours. La chose fut faite avec tant de naturel, qu’elle provoqua l’hilarité générale de l’auditoire ; l’austère supérieur lui-même ne put garder son sérieux.

    Ordonné prêtre aux Quatre-Temps de Noël 1867, M. Boussac s’embarquait à Marseille, le 19 mars 1868, pour la mission du Kouang-Tong. Il y arriva le 1er mai suivant. Après un court séjour à Canton, Mgr Guillemin l’envoya d’abord à l’île de Haïnan, pour partager les travaux de M. Chagot. Quelque temps après, il recevait son changement et était envoyé dans l’est de la mission. C’est là que s’est écoulée la plus grande partie de sa vie apostolique. D’abord chargé du poste de Koui-Tam jusqu’en 1880, il remplace ensuite, à Tchao-tchéou-fou, M. Chausse, nommé préfet apostolique. Le district avant été divisé, M. Boussac garde pour lui le nouveau poste de Ting-Hai, où il a travaillé jusqu’à son retour en France, en 1910.

    Un séjour de cinq mois chez son frère, curé de Monestier, lui ayant rendu quelques forces, il accepta un petit poste d’aumônier, à Escala, près de Tarbes, dans un orphelinat fondé par un prêtre dévoué, M. Colombier. Il ne put y demeurer bien longtemps, et sa santé continuant à décliner, il vint se fixer définitivement au sanatorium de Montbeton.

    La vie de M. Boussac au sanatorium a été on ne peut plus édifiante : elle pouvait servir de modèle à tous. En effet, notre confrère se montrait très charitable et très pieux, s’ingéniait à rendre service, passait de longs moments en adoration à la chapelle. Chaque jour, on le voyait accomplir son pèlerinage au petit cimetière du sanatorium, y faire son chemin de croix, dans l’oratoire, pour les confrères défunts qui reposent à côté. Il aimait cet endroit solitaire de la propriété ; il l’appelait, avec son originalité accoutumée, le « jardin d’acclimatation », parce que, disait-il, on s’y acclimate si facilement qu’une fois là, on n’en veut plus sortir.

    M. Boussac était atteint du diabète. A la fin du mois de juillet, un anthrax phlegmoneux se déclara à la nuque. Pour prévenir la gangrène, il fallut recourir à une opération douloureuse, que le malade supporta avec une patience et un courage héroïques. Il était trop tard pour enrayer efficacement le mal, et, après une agonie qui dura plusieurs jours, M. Boussac rendait son âme à Dieu, le 6 août, à heures de l’après-midi.

     

    • Numéro : 974
    • Pays : Chine
    • Année : 1868