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François-Louis BOURLÈS (1873-1911)

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    Le berceau de M. Bourlès fut placé dans l’une de ces familles patriarcales, telles qu’on en rencontre encore en Basse-Bretagne. A sa naissance, une couronne de 10 enfants s’était déjà formée au foyer paternel. L’arrivée de notre futur apôtre fut l’occasion d’une joie nouvelle pour toute la famille. Il vint au monde le 20 octobre 1873, et fut baptisé le lendemain à l’église de Guimiliau, sa paroisse, sous les noms de Jean-Erançois-Louis.

    À peine put-il bégayer qu’il apprit à donner son cœur à Dieu, et, d’ores et déjà, il ne donnait de paix qu’après qu’on lui avait fait réciter sa petite prière du matin ou du soir. De bonne heure, sa pieuse mère, toute fière des heureuses et précoces dispositions de son enfant, le destina au service des autels. La Providence ne lui réserva pas la consolation de voir en ce monde son désir réalisé. Après la naissance d’un treizième enfant, sa santé s’affaiblit et, trop tôt, hélas ! elle succomba des suites d’une maladie de langueur.

    François-Louis avait alors neuf ans. Sa marraine Josèphe, devenue l’aînée dans la famille, après le départ de sa sœur Angèle pour le Noviciat des Ursulines de Morlaix, quatre ans auparavant, prit dès lors la direction de l’intérieur avec un dévouement sans égal. Sous sa sollicitude maternelle, les chers petits grandirent sans aucun souci, comme auparavant, et la paix continua à régner au foyer.

    Cependant, le caractère de François-Louis se dessinait avec l’âge. Bon, malgré son tempérament un peu vif, il savait plaire à tous : l’esprit sans cesse en éveil, il avait la répartie pour tout : son amour-propre se trouvait-il froissé, il n’en savait jamais garder rancune, Breton de vieille race, sa nature se ressentait des aspérités du terroir qui l’avait vu naître, et laissait surtout deviner en lui un homme à volonté énergique.

    De cette énergie, de cette ténacité, il devait commencer à donner des preuves à l’école de Guimiliau, où il fit ses premières études ; puis, plus tard, au Collège de Saint-Dol. Si les succès ne vinrent pas souvent couronner ses efforts, son acharnement au travail et son opiniâtreté à l’étude lui permirent de suivre la voie que lui avait tracée le Maître de nos destinées. Energie, esprit de foi, telles sont les deux principales qualités qui commencent à germer dans le cœur du jeune adolescent.

    La vie apostolique fut d’assez bonne heure l’objet de son idéal et de ses attraits. Quand se manifesta l’appel d’En-Haut ? C’est là un secret qu’il n’a jamais confié à personne. À 16 ans, il fait déjà franchement part à son vieux père de ses desseins. Etouffant la voix de la nature, ce chrétien de forte trempe voit de suite la volonté de Dieu dans les désirs exprimés, par son enfant, et, bien que le sacrifice lui soit dur et pénible, il l’encourage à suivre sa vocation. Désormais, le cœur à l’aise, le jeune aspirant-missionnaire poursuit vaillamment ses études, les yeux sans cesse fixés vers le but à atteindre. Un an après cette déclaration, la mort de son père bien-aimé, qu’une paralysie retenait au lit depuis de longs mois, puis, à bref délai, la perte d’une sœur ravie à son affection, à la fleur de l’âge, causèrent des douleurs bien amères au cœur si aimant du petit collégien ; mais ces cruelles séparations, loin d’ébranler ses projets, semblèrent plutôt raffermir son désir de tout quitter pour Dieu.

    En 1894, il dut aller faire une année de service sous les drapeaux. M. Bourlès n’y perdit pas son temps : du coup, il devint apôtre. Chaque soir, il se faisait un devoir d’entraîner au cercle catholique plusieurs de ses compagnons d’armes, dont il avait su s’attirer la sympathie par son humeur joviale. Au sortir de la caserne, il écrivait simplement à sa sœur : « J’aurais voulu attirer tous les soldats à la pratique de leurs devoirs religieux. »

    Le Grand Séminaire de Quimper lui ouvrit ses portes en octobre 1895. Nous retrouvons là le jeune lévite avec sa modestie habituelle. La pensée de sa vocation est la note dominante de presque toute sa correspondance à cette époque. « Plus que jamais, écrivait-il à sa sœur, je songe aux Missions, aux fatigues du missionnaire ; mais le moment n’est pas encore arrivé, il faut attendre en silence la voix de Dieu... »

    Il était bien d’ailleurs dans l’esprit de sa vocation : car, en tout, il s’efforçait de mettre ses actes en conformité avec ses paroles et ses sentiments qui étaient inspirés par un ardent amour de sacrifice.

    Au début de septembre de l’année 1896, M. Bourlès arrivait aux Missions-Étrangères. « J’y fus reçu, dit-il, à bras ouverts, aussi bien par les directeurs que par mes nouveaux confrères. Il me semble n’avoir rencontré nulle part une charité aussi grande : vraiment, tout le monde ici ne semble former qu’une seule âme et qu’un seul cœur... » Au Séminaire, il trouva, ainsi qu’il aimait à le répéter souvent, le paradis sur terre : tout entier à l’étude et à la prière, il eut à cœur de bien profiter de ce temps de préparation à la vie apostolique.

    Comme à Saint-Dol et à Quimper, s’il ne fut pas un élève brillant, du moins travailla-t-il toujours avec courage et persévérance, donnant également à tous l’exemple de l’application et de la fidélité au devoir. Entre autres vertus, sa droiture n’était point ordinaire : elle frôlait même, parfois, l’ingénuité. Sa modestie n’avait d’égale que sa piété. Toujours des plus humbles dans ses rapports avec ses confrères, d’un caractère naturellement gai et d’humeur plutôt joviale, il fut, durant tout son séminaire, un sujet d’édification pour ceux qui l’approchèrent.

    En septembre 1897, il fut appelé à recevoir les ordres mineurs. L’année suivante vit son avancement au sous-diaconat, et, en mars 1899, il recevait le diaconat.

    Ordonné prêtre le 25 juin suivant, il fut destiné à la Mandchourie septentrionale, où il arrivait le 8 septembre, en la fête de la Nativité de la sainte Vierge.

    La Mandchourie venait d’être divisée par le Souverain Pontife en deux Vicariats apostoliques. La partie Sud, c’est-à-dire la province de Moukden demeurait confiée au zèle de Mgr Guillon, tandis que la partie Nord, englobant les deux provinces de Ghirin et de Tsi-Tsi-Kar, passait sous la houlette de Mgr Lalouyer.

    Un vaste champ d’action s’ouvrait au zèle du nouveau missionnaire. M. Bourlès se mit avec ardeur à l’étude de la langue et des usages chinois, d’abord sous l’œil vigilant de M. Monnier, provicaire, puis, peu après, aux côtés de M. Régis Souvignet, à Hou-Lan. Ses progrès furent rapides, et, au printemps de l’année suivante, il était en état de servir de collaborateur à M. Cubizolles, qui, gardant à sa charge la direction du Collège et l’administration de ses deux mille vieux chrétiens, confia ses néophytes aux soins et à la sollicitude de son jeune vicaire.

    Afin d’activer le mouvement de conversions qui se dessinait, il décida d’aller s’installer en plein cœur de la sous-préfecture de Neu-Ngan-Sien. Son coup d’audace réussit, et il fut accueilli en grande pompe par les autorités civiles et militaires.

    La place une fois prise d’assaut, tout était à installer, tant au spirituel qu’au matériel. M. Bourlès se mit allègrement à l’œuvre, sans perdre de temps, si bien qu’en l’espace de quelques mois, il était vraiment fier et heureux d’inscrire 68 baptêmes d’adultes. L’avenir lui promettait les plus belles espérances ; de nouveaux adorateurs venaient chaque jour augmenter son petit troupeau de catéchumènes ; les fondements d’une modeste église commençaient à surgir de terre, quand, soudain, vint le surprendre la terrible insurrection des Boxeurs.

     

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    Par un matin de juillet 1900, une bande de malandrins invulnérables s’introduit dans la cour de la résidence et pénètre jusque dans la chambre du Père. À leurs provocations et à leurs moqueries, le missionnaire ne répond que par le silence. Son calme et sa dignité semblent quelque peu désarmer la haine de ses ennemis, qui n’osent porter la main sur lui. Cependant, un domestique avisé court au mandarinat demander au sous-préfet secours et protection pour son maître en danger. Il se trouvait que l’édile de ce temps-là était un assez brave homme ; de suite il dépêche des soldats pour disperser les mécréants. Des scènes de ce genre s’étant, dans la suite, renouvelées plusieurs fois, le mandarin craignit pour la vie du Père ; la foule, d’ailleurs, menée par quelques Boxeurs, devenait chaque jour plus menaçante. En conséquence, il le conjura de quitter momentanément la ville, lui promettant de le faire escorter par sa propre garde jusqu’en lieu sûr.

    Ce ne furent certainement pas les injonctions du mandarin qui décidèrent le Père à quitter la place, mais plutôt une lettre pressante du Vicaire apostolique, qui, voyant la persécution éclater de toutes parts, convoquait ses Missionnaires à une réunion plénière à Siao-Pa-Kia-Tze. Cette réunion, malheureusement, ne put avoir lieu. Plusieurs Missionnaires, en effet, par suite des circonstances ou de la distance, furent dans l’impossibilité de répondre aussitôt à l’appel du Supérieur.

    Après bien des péripéties, M. Bourlès arriva à Siao-Pa-Kia-Tze. Quelle ne fut pas sa déception de n’y trouver que tristesse et abandon ! Il s’agissait dès lors de dépister ses persécuteurs. Pour cela, le soir même, sans mot dire, il part, à la faveur des ténèbres, seul, sur un rapide coursier. Le lendemain, le bruit est vite répandu que l’étranger s’est enfui vers le Nord, chez les Russes, pour retourner, de là, dans son pays. De fait, il n’en était rien, mais le Père était sauvé, car la rumeur eut du moins l’heureux résultat de mettre un terme aux investigations de ses ennemis.

    Vers le milieu de la nuit, le fugitif frappait à la porte d’une excellente famille chrétienne, nommée Kang, perdue à travers la steppe. Chez ces braves gens, le Père se retrouvait comme chez lui et c’est là qu’il demeura caché jusqu’à la fin de la persécution. À la moindre alerte, il se blottissait dans les roseaux d’un marécage voisin, exposé tantôt à la chaleur torride d’un soleil d’été, tantôt aux pluies torrentielles de la canicule, visité par les seuls moustiques ou par le jeune Kang-Ouan-Pang, qui venait secrètement lui apporter sa maigre pitance de millet cuit à l’eau.

    Telle fut sa vie pendant deux mois. La gaîté ne le quitta jamais, même aux heures les plus angoissantes ; accroupi dans les roseaux, il aimait à partager soit temps entre la prière et l’étude ardue des caractères chinois. Il s’enthousiasmait à la pensée du martyre, mais Dieu se contenta de ses désirs.

    Les troupes russes parties simultanément de Khabarovka, de Wladivostok et de Port-Arthur, atteignirent Koan-Tcheng-Tze, après avoir purgé le pays des terribles malfaiteurs qui le terrorisaient. M. Bourlès put enfin sortir de sa cachette. Comme il eût été heureux de revoir son Evêque et ses Confrères ! Il dut se fixer temporairement à Siao-Pa-Kia-Tze, où venaient d’échouer deux prêtres chinois, errant depuis deux mois sous le déguisement de coolies en guenilles.

     

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    L’épouvantable tempête qui venait de se déchaîner sur l’Eglise de Mandchourie, accumulant ruines sur ruines et noyant dans le sang les premières espérances de la jeune Mission, était enfin calmée. Mgr Lalouyer, entouré de ses neuf Missionnaires, encore survivants et valides, distribua à chacun sa feuille de route, tant pour aller relever les stations anéanties que pour recueillir les précieux restes de ceux qui étaient tombés au champ d’honneur. M. Bourlès fut désigné pour le district de Hou-Lan, où. M. Régis Souvignet venait de cueillir la palme du martyre.

    Les brigands, la sourde hostilité des autorités locales, vinrent mettre à l’épreuve l’entrain et la ténacité du Missionnaire, désireux de reconquérir la place ; mais, s’il ne put y pénétrer qu’après plusieurs mois de tentatives et d’efforts, la Providence devait lui ménager les joies d’une victoire aussi définitive que complète. En décembre, il entre en ville avec une escorte de cinquante soldats envoyés au-devant de lui par le général Tartare.

    Sous l’influence de la grâce divine et l’énergique impulsion donnée à l’évangélisation par notre Confrère, une magnifique moisson d’âmes commença bientôt à fleurir. Le sang des martyrs rendait fertile un sol autrefois ingrat et rebelle aux daims de Dieu. Le nombre des chrétiens augmentait avec les années.

    M. Bourlès ne ménageait pas ses forces. Il travaillait sans relâche à l’instruction des nombreux catéchumènes, empressés à recevoir le baptême. Il ne négligeait pas, toutefois, d’entretenir la ferveur de ses chers néophytes. Dans ce but, il n’hésita pas à faire d’énormes sacrifices pour ouvrir des écoles et des catéchuménats dans plusieurs centres importants.

    M. Bourlès trouvait le secret de sa force et de son énergie dans le scrupuleux accomplissement de ses exercices spirituels. Qu’il fût en voyage, à la maison, en tournée d’administration ou en visite chez un confrère, jamais il ne manquait d’être fidèle à ses exercices de piété. Tout à tous, il sut s’attirer la sympathie des païens eux-mêmes, qui, en maintes circonstances, tinrent à lui exprimer leur gratitude ou leur admiration. Ses relations avec les autorités civiles et militaires de l’antique cité Mandchoue devinrent de plus en plus courtoises, si bien que ceux qui s’intitulaient autrefois les ennemis les plus irréductibles de notre sainte Religion, durent s’incliner devant ses talents et ses vertus.

    Au printemps de l’année 1908, notre Confrère dut quitter ses chré­tiens et les œuvres fondées par lui au prix de bien des soucis et des labeurs, pour aller travailler dans un autre coin du champ du Père de famille. Son Evêque le rappelait dans le district où, autrefois, il avait fait ses premières armes, à Neu-Ngan-Sien. Pour le seconder dans les travaux du saint ministère, il avait comme collaborateur un jeune missionnaire, M. Gaspais. L’un et l’autre travaillèrent activement à étendre le règne du Christ, dans un rayon relativement vaste. L’unité de vues, une franche charité, une vraie fraternité, apportèrent la joie et l’entrain dans leurs travaux communs.

     

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    Au mois de mai 1910, survint la mort aussi imprévue que subite de M. Monnier, titulaire du poste de Harbine. Il fallait un prêtre d’expérience pour le remplacer : M. Bourlès fut choisi pour prendre cette succession difficile.

    Harbine, ville de fondation récente, sortie comme par enchantement d’un marécage, sur les bords du fleuve Soungari, compte à peine douze années d’existence. Elle est le grand centre stratégique, industriel et commercial, d’où s’épanouit l’influence russe en Mandchourie Septentrionale. Comme toutes les cités encore en formation, sa population est naturellement des plus hétérogènes. Les Russes y dominent ; mais à côté d’une armée de fonctionnaires et d’employés du chemin de fer, on y trouve surtout des aventuriers de tous pays, et, aussi, tout un ramassis de gens en quête de fortune. Les indigènes, répandus un peu partout, se sont plus spécialement groupés dans le quartier de Fou-Kia-Tien, qui conserve l’aspect sordide et miséreux des agglomérations chinoises. Tel était le milieu dans lequel M. Bourlès était appelé à travailler.

    Dès son arrivée, il sut se faire tout à tous, et, chose ordinairement rare, il sut plaire à tous ceux qui l’approchaient.

    Il était à peine installé depuis quelques mois, et tout absorbé à dresser ses plans d’avenir et à étudier les moyens les plus efficaces de pénétrer la masse indifférente ou païenne qui l’entourait, quand, soudain, éclata la peste qui fit tant de victimes durant l’hiver 1910-1911. Le fléau faisait des progrès alarmants, et s’attaquait avec une rage inquiétante à toutes les agglomérations chinoises situées en bordure de la ligne du Transsibérien. Fou-Kia-Tien, avec ses sordides auberges, ses bouges infects et ses malsaines masures, où se pressait tout un monde de coolies et de miséreux, devait fournir un élément particulièrement favorable au développement de l’insaisissable et virulent microbe. De fait, cette cité devint bientôt l’un des principaux foyers épidémiques. Autant l’insouciance des débuts avait été grande, autant alors la panique devint générale. La mort frappait à coups redoublés. Les rues étaient jonchées de cadavres ; l’effroi était grand et général.

    M. Bourlès résolut de se consacrer au soulagement des malheureux pestiférés. Il se mit à leur service avec un dévouement qu’égalait seule sa modestie. A tous, chrétiens et païens, il prodiguait ses soins sans distinction. Les premiers, sans doute, étaient l’objet de ses préférences ; ses journées se passaient à les exhorter, à les confesser, à leur donner la sainte communion, l’extrême-onction. Il ouvrit un petit hôpital, où il donnait asile à toutes les victimes de la peste : plus de 200 moribonds eurent le bonheur d’y recevoir le sacrement de la régénération, avant de rendre le dernier soupir. Il n’avait pu se résigner à abandonner ses paroissiens à ces heures de grave danger, et il se prodigua et se dépensa avec une ardeur extrême. Un mois de surmenage et de fatigues, dans une atmosphère contaminée, produisirent une dépression qui devait le prédisposer à contracter le terrible mal.

    Dans les premiers jours de janvier 1911, un de ses Confrères, M. Gaspais, vint lui rendre visite. Il le trouva fatigué ; mais rassuré par la bonne humeur et la joyeuse confiance de M. Bourlès, il ne crut pas à un danger sérieux ; et il n’hésita pas à s’absenter pour se rendre chez M. Delpal, que la mort devait enlever aussi quelques jours après. À son retour, le mardi 10 janvier, il le trouva encore très fatigué, un peu triste même ; rien, néanmoins, ne faisait prévoir une maladie. Le soir de ce même jour, assez tard dans la nuit, M. Bourlès fut appelé vers un malade qui se mourait. Il voulut y aller lui-même, et partit en disant : « Je suis encore plus solide que vous ; reposez-vous bien ; demain ce sera votre tour. » À son retour, il ne put dormir. Le mercredi matin, selon son habitude, il se leva de très bonne heure. « Cette fois, je me crois sérieusement pris, dit-il ; veuillez entendre ma confession. » Il se confessa ; mais, pour la première fois, il ne put célébrer la sainte messe. Il éprouvait des frissons, avec un léger mal de tête. C’étaient les premiers symptômes de la funeste maladie. Quelques instants après, il eut des crachements de sang. À cette vue, il se rendit compte lui-même de la gravité de son état. « C’est fini, dit-il ; encore deux jours, et je ne serai plus de ce monde !... » Il s’occupa de mettre ordre à ses affaires. Le jeudi 12, il reçut très pieusement le saint Viatique et l’Extrême-Onction, et, le lendemain matin, à 9 heures et demie, son âme quitta cette terre pour aller recevoir la récompense promise au bon serviteur, au pasteur d’âmes qui a donné sa vie pour les siens.

    Cette mort aussi modeste qu’héroïque n’a été que le digne couronnement d’une carrière et d’une vie tout apostoliques. Jusqu’à la fin, M. Bourlès a voulu vivre humble et ignoré.

    Il repose maintenant dans le cimetière de la Mission, à Harbine. À ses côtés, sont déposés les restes d’un autre martyr de la charité, le Dr Mesny, un Breton lui aussi, frappé par le terrible mal en se dévouant au chevet des pestiférés.

    • Numéro : 2435
    • Pays : Chine
    • Année : 1899