Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Joseph BOURGEOIS (1879-1963)

Add this

    Joseph, Léon BOURGEOIS, surtout connu par son second prénom, est né le 26 janvier 1879 dans la commune des Fontenottes, aux environs de Baume-les-Dames, dans le Doubs, diocèse de Besançon. Son père, instituteur, fut nommé, en 1882, dans la paroisse natale de sa femme, à Derrière-le-Mont. C’est là que Léon grandit, tout près de l’église et de l’école communale, et qu’il fit sa première communion, en 1889.

     

    Son curé lui donna quelques leçons de latin, et Léon entra au petit séminaire de Consolation, au moment où son frère y achevait sa rhétorique. Le 22 octobre 1898, il fut admis au séminaire des Missions Etrangères. Ordonné prêtre le 21 juin 1903, il fut affecté à la mission de Chungking, dans le Setchoan oriental, en Chine.

     

    Il avait une « petite santé » ; aussi le conseil du séminaire hésitait-il à l’envoyer en mission, sous prétexte qu’il n’avait pas pour dix ans de vie ; et on envisagea de le garder dans le diocèse de Besançon, au moins pendant deux ans, comme vicaire. Léon sut plaider la cause des missions avec tant de flamme que le docteur se laissa persuader et donna l’autorisation de partir immédiatement. Cette décision fut justifiée par les faits, puisque le P. BOURGEOIS aura l’occasion de fêter ses trois jubilés. Mais sa santé restera toujours précaire.

     

    Il s’embarqua à Marseille le 9 août 1903 ; deux autres partants étaient destinés comme lui à la mission de Chungking. Arrivés en Chine, ils se virent retardés par les hautes eaux du Fleuve Bleu et par la mort, sur le bateau, d’un Frère Mariste, leur compagnon de voyage. Ils n’arrivèrent à destination que le 30 novembre, accueillis chaleureusement par Mgr CHOUVELLON, évêque du vicariat apostolique depuis 1891. Le P. BOURGEOIS fut bientôt envoyé étudier le chinois, près du probatorium, à une cinquantaine de kilomètres de Chungking ; pendant une année, il eut à subir durement les épreuves de l’acclimatation. Il fut alors nomme vicaire à P’en Choui, dans les montagnes du sud-est de la mission ; il n’y resta que quelques mois car, à Pâques 1905, il fut nommé chef de district à Lo-kia-pao, dont l’air pur et vivifiant le fortifia. Mais ne se sentant pas de dispositions pour la vie de district, il demanda son changement et, en 1907, fut nommé au petit séminaire de T’ien-tche.

     

    Alors commença cette longue période d’enseignement, qui allait se poursuivre pendant une trentaine d’années, et qui serait le tout de se vie. Jusqu’en 1911, il fut professeur au petit séminaire. A cette époque, il accepta d’enseigner la philosophie et un cours de théologie dans l’ancien grand séminaire, pendant que le supérieur, le P. CHAUDIER, était occupé à en construire un nouveau à Tse-mou-chan. La proclamation de la République chinoise se fit dans le plus grand calme ; les idées de liberté et d’égalité, mises en honneur par le régime nouveau, troublèrent bien quelques jeunes têtes pendant un moment ; mais tout rentra bientôt dans l’ordre.

     

    En janvier 1914, il fut nommé supérieur du petit séminaire ; il allait y rester quatorze ans, pendant lesquels il donnerait toute sa mesure. C’était un professeur né, qui avait le don d’enseigner et qui le faisait par goût autant que par devoir, toujours prêt à faire des classes supplémentaires si besoin s’en faisait sentir. C’était un travailleur acharné et rien ne lui coûtait. Il a tiré à la polycopie des milliers et des milliers d’exercices latins ou français ; on le voyait des mois de suite se lever à la pointe du jour pour écrire ces fameux exercices. Il devint très fort en latin et forma d’excellents latinistes. Rien ne lui était étranger au petit séminaire ; il y avait tout un corps de métiers, des imprimeurs, des tailleurs, des cordonniers ; il se faisait un devoir de diriger toute cette main-d’œuvre spécialisée, bien qu’il ne fût pas très adroit de ses mains. Il aimait beaucoup la musique et avait réussi à devenir par lui-même un assez bon organiste ; aussi aimait-il à enseigner l’harmonium à ses séminaristes. Grand chasseur, il ne concevait pas une promenade, seul ou avec ses élèves, sans un arsenal de fusils et une meute de chiens ; sa vue était défectueuse et il ne tuait jamais rien ; mais il lui seyait bien, pensait-il, d’agir ainsi.

     

    Il avait beaucoup d’entrain, de dynamisme, mais aussi beaucoup d’imagination ; c’était un homme toujours bourré d’idées et de projets, mais qui en avait tant qu’il lui était impossible d’avoir suffisamment d’esprit de suite pour les réaliser toutes. D’une intelligence au-dessus de la moyenne, il était original dans ses conceptions et savait les défendre avec beaucoup de conviction. Il était très jaloux de son autorité et le séminaire, il en faisait son affaire exclusive. Il aimait beaucoup ses élèves et malgré sa nervosité et son manque d’égalité d’humeur il en était aimé parce qu’il cherchait toujours à leur faire du bien. Aussi exerçait-il sur eux une influence profonde.

     

    Vers la fin de 1914, il fut mobilisé à Tien-Tsin ; réformé définitivement, il ne tarda à revenir à T’ien-tche. En 1920, il prit son premier congé en France ; il fit le voyage en compagnie de Mgr de GUEBRIANT et de plusieurs autres missionnaires, dont le P. LEBBE. Arrivé au pays natal, il passa la plus grande partie de son temps chez son frère, curé de Villers-sous-Chalamont. En avril 1921, se sentant beaucoup mieux, il repartit, arriva à Chungking en novembre et reprit la direction du petit séminaire. En 1927, ce fut le premier assaut communiste contre Chungking ; il échoua de justesse et fut suivi d’une énergique répression. Au danger de la vague rouge succéda celui de l’intervention étrangère ; en avril, le consul de France demanda aux missionnaires d’évacuer temporairement le pays. Tous refusèrent et la plupart restèrent sur place ; malgré vents et tempêtes, les positions furent vaillamment gardées : tout le monde subit des avanies, mais le ministère des âmes n’en continua pas moins et les écoles furent maintenues. En 1928, une sorte de jacquerie communiste détruisit à peu près toute une partie du vicariat. Le P. BOURGEOIS fêta au petit séminaire son jubilé d’argent, puis prit la direction du grand séminaire de Tse-mou-chan, fort de 38 élèves ; il avait pour collaborateurs les PP. THERMES et SALLOU. Son enseignement fut plutôt simple ; il s’appliqua à mettre les problèmes théologiques à la portée de l’intelligence de ses élèves.

     

    En 1930 eut lieu le sacre de deux évêques chinois, à Chungking, par Mgr COSTANTINI ; leur vicariat apostolique avait été taillé l’un dans le diocèse de Chengtu, l’autre dans celui de Chungking. A cette occasion fut décidée, sur l’invitation de Rome, l’érection d’un séminaire régional. Pour cela Mgr ROUCHOUSE prêta son séminaire de Chengtu et le P. BOURGEOIS fut désigné comme supérieur. Dès le 26 mai, il était à pied d’œuvre, et, grâce à la charitable collaboration du P. POISSON, il put mettre en train les travaux d’agrandissement des locaux. Il y revint le 1er septembre avec une quinzaine de ses élèves. L’effectif total, pour les six missions représentées, atteignait 84 séminaristes. Le personnel enseignant fut fourni par les missions de Chungking, de Chengtu et de Ipin. Au cours de l’année, une partie des élèves se soulevèrent, à la suite de l’expulsion d’un indésirable. Le P. BOURGEOIS rétablit l’ordre peu à peu ; mais, à la fin de l’année scolaire, il offrit sa démission et fut remplacé par le P. PAGES, ancien supérieur du Collège général de Penang. Il rentra donc à Chungking et fut chargé de la paroisse Saint-François-Xavier et, en même temps, de la rédaction d’un périodique latin pour le clergé, « Inter nos ».

     

    À la suite d’événements graves survenus au séminaire régional, les séminaristes de Chungking furent rapatriés, et, le 29 juin 1932, le Père fut nommé supérieur des grand et petit séminaires réunis à Ts’e-mou-Chan, avec, pour collaborateurs, les PP. SALLOU, BRUN, ROUSSEL et MILLACET. Un vent de révolte souffla sur le petit séminaire pour protester contre la juste sévérité d’un professeur ; sept des plus compromis furent exclus et désormais la communauté ne donna plus le moindre signe d’inquiétude à son supérieur. Mais celui-ci avait d’autres soucis ; il était affligé de maux et d’infirmités, qui se révélaient rebelles à toute médication. Il interrompit alors son enseignement, en 1934, pour devenir aumônier du carmel de Tsen-kia-gai ; et Monseigneur lui demanda de rédiger un commentaire des facultés apostoliques. Ensuite, de 1935 à 1938, il accepta la charge de T’ong-kouan-y, à une journée de marche de Chungking, où il prépara au sacerdoce les grands séminaristes qui avaient terminé leurs études théologiques, puis les initia, pendant un stage de six mois après leur ordination, à la prédication et à la pratique de l’administration d’un district. Là encore il consacra tout son temps, sans ménager ni ses soins ni ses peines, à leur donner ce complément si nécessaire d’instruction. C’est aussi à cette époque, spécialement le 1er juillet 1938, qu’il fit connaissance avec les brigands.

     

    Après un repos de quelques mois à l’évêché, pour se remettre de ses émotions, il redevint, en 1938, aumônier du carmel et rédacteur d’« Inter nos ». Les carmélites appréciaient beaucoup sa direction et ses instructions, non qu’il fût lui-même un mystique, mais parce qu’il connaissait parfaitement la spiritualité. Pendant la guerre sino-japonaise, Chungking ne fut pas épargné par les bombardements. L’imprimerie, l’aumônerie du carmel, l’évêché, et beaucoup d’autres bâtiments furent détruits. Le 5 juillet 1939, la cathédrale et le procure furent endommagées. Pendant tout ce temps, le P. BOURGEOIS soutint vaillamment le moral de sa communauté. C’est près d’un an plus tard que mourut a l’hôpital de Chungking le célèbre P. LEBBE ; parti avec 18 de ses disciples faire de l’apostolat sur le front, il avait été pris par les communistes et racheté par Tchang kai Shek, alors que la plupart de ses compagnons avaient été enterrés vivants.

     

    En janvier 1940, le P. BOURGEOIS fut désigné comme délégué provincial des missionnaires à l’assemblée générale qui devait se tenir à Paris en juillet. Les événements tragiques de la guerre empêchèrent celle-ci d’avoir lieu, et le Père aurait dû renoncer au départ si Mgr JANTZEN n’avait décidé, en août 1940, de l’envoyer en Europe pour traiter, en son nom, certaines questions tant à Rome qu’à Paris. Il partit donc le 29 septembre par la voie du Yunnan. Arrivé à Kunming, il prit le train qui devait le conduire directement à Hanoï, ce qui ne l’empêcha pas de faire une cinquantaine de kilomètres à pied. Obligé d’aller prendre le bateau à Saïgon, il s’y rendit par petites étapes. Il était à Hué à la fin d’octobre, à Quinhon pour le 2 novembre ; il fit même un crochet par Kontum. Il finit par s’embarquer le 2 décembre sur le « Song Tai », chargé de troupes pour Madagascar. Il quitta Tamatave vers le 20 janvier ; mais le 26, le bateau fut arraisonné par les patrouilles anglaises, qui le dirigèrent vers Durban, au Natal. Finalement son bateau atteignit Casablanca, mais n’alla pas plus loin. Embarqué alors sur un navire portugais, le Père reçut le baptême du feu aux environs de Gibraltar, sur les côtes d’Afrique, mais arriva sain et sauf à Marseille en avril 1941. Après un repos de quelques jours, il se rendit à Montbeton, puis à Vichy où il obtint des Allemands un laissez-passer, aller et retour, pour Paris. En juin 1941 il était de retour à Vichy, puis muni d’un passeport pour Rome, il arrivait dans la Ville éternelle les derniers jours d’octobre. Il y demeura deux mois, pendant lesquels il eut quelques entrevues avec Mgr COSTANTINI au sujet de Chung-king, et une audience pontificale le 27 novembre.

     

    Il était à Marseille pour Noël ; de là il se rendit à Montbeton et à La Motte, puis revint en mai 1942 à Paris. Il fut alors engagé comme aumônier du carmel de Plessis-Robinson. En mars 1944, il prêcha une retraite d’ordination au grand séminaire de Rennes ; en été de la même année, puis l’année suivante, il dirigea la retraite des jeunes confrères qui ne pouvaient encore partir en mission.

     

    En 1946, la guerre était finie et il songea à repartir pour la Chine. Une otite malencontreuse l’empêcha de profiter du premier bateau. Il put enfin prendre le départ, en compagnie des PP. DANION et ABRIAL. Arrivé à Shanghaï au début de décembre, il prit la voie fluviale, passa à Hankeou les fêtes de Noël, enfin débarqua à Chungking, avec ses deux compagnons, le 10 janvier 1947.

     

    Mgr JANTZEN le garda à ses côtés pour travailler à l’administration de son diocèse, et le chargea de fonder une école de langue pour les jeunes missionnaires de la région. Celle-ci n’eut qu’une existence éphémère ; elle dut bientôt fermer ses portes le 30 novembre 1949. Les communistes arrivaient ; le 1er décembre, ils étaient dans la ville et s’emparaient de l’évêché, ne laissant libres que la chapelle, la cuisine et quelques petites chambres. Le Père BOURGEOIS redevint aumônier du carmel ; il fut chassé de l’aumônerie en décembre 1951 et dut chercher refuge auprès du domestique d’un prêtre chinois, domestique très zélé qui fut martyrisé par la suite. A la fin de mars 1952, les expulsions commencèrent ; le Père fut lui-même condamné à la liberté le 7 mai ; il arriva à Hongkong le 12, et s’embarqua pour la France le 24. Il était à Marseille le 30 juin.

     

    Le 21 juin 1953, il célébra son jubilé d’or, dans le secret, au petit séminaire de Consolation. L’archevêché de Besançon lui offrit alors l’aumônerie du pensionnat de jeunes filles de Vaucluse, près de Maîche, qu’il garda jusqu’en 1960. Devenant de plus en plus impotent, il dut renoncer à ses fonctions. Il se retira alors pendant quelques mois à l’hôpital de Morteau, tenu par des religieuses qui le soignèrent avec beaucoup de dévouement. En 1961 il eut encore la joie d’assister, au Bélieu, aux fêtes du centenaire du martyre du Bx CUENOT. Mais se sentant de plus en plus faible, il se retira définitivement à Montbeton.

     

    Jusqu’à la fin de 1962, il put encore se déplacer ; bientôt il fallut chaque jour le porter de son lit à son fauteuil. Mais il continuait à s’occuper ; il lisait beaucoup et ses idées restèrent claires jusqu’au bout. Il avait gardé une mémoire prodigieuse, et trois jours avant sa mort il citait encore des faits passés depuis bien longtemps. Le 7 décembre 1963, il reçut les derniers sacrements en toute lucidité. Il ne parut pas souffrir, sauf deux heures avant sa mort. Assisté du P. BOUCHUT, de sa mission, et du P. TOQUEBŒUF, il rendit le dernier soupir le 8 décembre 1963, à 3 heures du matin. Un de ses cousins, le curé des Gras, et un autre prêtre de Besançon, assistèrent à ses obsèques.

     

    Ce fut un rude missionnaire, original, sachant imposer ses idées, qui se distingua par son enseignement.

     

     

     

    • Numéro : 2730
    • Pays : Chine
    • Année : 1903