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François-Xavier BOURGEOIS (1839-1890)

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    La mort multiplie ses coups dans notre cher Yun-nan , écrit M. E. Maire que Mgr Fenouil vient d’appeler à la succession du regretté P. Bourgeois en qualité de provicaire, encore semble-t-elle choisir ses victimes. C’est précisément sur les têtes dont l’expérience et la valeur reconnues avaient fait des colonnes de la mission. qu’elle frappe de préférence. En moins de huit mois, elle nous avait ravi M. Fage, un apôtre de la vieille souche, M. Mury, un type de piété et de dévouement et M. Parguel, le vaillant, l’intrépide. On aurait pu compter sur une trêve, et voici qu’un nouveau coup, aussi douloureux qu’inopiné, vient de priver encore le Yun-nan de son provicaire. Ne semble-t-il pas que la divine Providence se plaise à contrecarrer les vues des hommes ?

    M. Bourgeois n’avait encore que cinquante et un ans, et en vingt-six années de mission, il n’avait fait qu’une courte expérience de la maladie, puis était redevenu et resté sans conteste le missionnaire  le plus robuste de la province.

    À une santé excellente il joignait toutes les qualités qui font les bons missionnaires, science, sagesse, expérience, largeur de vues, le tout rehaussé par une piété profonde et aimable qui lui avait gagné tous les cœurs.

    Né à Vouzailles, au diocèse de Poitiers, d’une de ces familles patriarcales que Dieu bénit et choisit pour fournir à son Église des prêtres et des apôtres, le P. Bourgeois se sentit de bonne heure appelé à l’état ecclésiastique . Après de brillantes et fortes études au petit, puis au grand séminaire où il passa une année et conquit le brevet de bachelier en théologie, il vint frapper à la porte du Séminaire des Missions Étrangères .

    Destiné au Yun-nan , il arriva dans sa mission au printemps de 1865. Il remplit d’abord auprès de Mgr Ponsot de vénérée mémoire, les fonctions de secrétaire. Quatre ans plus tard, il prenait la direction du séminaire de la mission. Ce n’était pas une tâche facile. Le supérieur du collège est chargé de conduire ses élèves à travers les dédales de l’enseignement de la grammaire latine depuis l’a, b c jusqu’à la théologie inclusivement. De plus, comme annexe du séminaire , il y avait alors des orphelinats de garçons et de filles, une chrétienté importante et une ferme considérable.

    Notre confrère administra le tout, à lui seul, pendant plusieurs années. Quand le personnel de la mission fut assez considérable pour qu’on pût lui donner de l’aide, il était un peu tard. L’excès de fatigue amena une maladie dangereuse qui conduisit le zélé supérieur jusqu’aux portes de la mort. Heureusement sa forte constitution triompha du mal qui ne laissa pas de traces.

    Après dix années d’enseignement, Mgr Ponsot lui confia la double et importante fonction de provicaire et de procureur de la mission. M. Bourgeois commença peu après la visite de la province à la place du vénérable évêque l’âge et les infirmités retenaient à la résidence de Long-ky.

    À la mort de Mgr de Philomélie, son successeur, Mgr Fenouil, conserva à notre confrère ses titres et ses charges de provicaire et de procureur qu’il continua de remplir à la satisfaction universelle. Son état de santé, toujours florissant, semblait promettre une longue carrière, lorsque, au retour d’un long voyage, il fut inopinément atteint du mal qui l’a ravi à notre affection.

    Les plus habiles médecins chinois, écrit Mgr Fenouil, ne surent jamais  définir cette étrange maladie. Les douleurs ne furent jamais vives ; seulement les pieds et les mains obéissaient mal et toujours un peu au hasard. La circulation du sang était fort irrégulière et paraissait parfois interrrompue. C’était, à mon avis, une maladie de la moëlle épinière et le commencement de cette paralysie qui devait plus tard s’étendre à tout le corps et emporter le cher malade .

    Notre bon P. Bourgeois n’était cependant pas encore alité : toujours sur pied, il pouvait avec de l’aide circuler dans la maison.

    Nos craintes étaient vives, quand , aux derniers jours d’octobre, il survint dans l’état du malade un revirement subit, complet et des plus heureux. Le retour à  une parfaite santé ne paraissait devoir être que l’affaire de quelques jours.

    Pleinement rassuré, je partis donc pour la visite pastorale. Notre joie était grande, mais , hélas ! Elle eut le sort de toutes les joies de la terre ! J’avais à peine donné la confirmation à Tchao-tong et à Ko-kouy, qu’un premier courrier m’apporte la nouvelle d’une rechute des plus graves. Les espérances que conservaient encore les médecins ne devaient pas se réaliser : car une seconde lettre arrivée peu après , ne laissait plus d’espoir. Je revins donc en toute diligence et le 14 janvier, en arrivant ici, je trouvai le malade dans un état désespéré. Lui seul n’avait pas conscience de la gravité du mal : il ne soupçonnait pas même le danger. Bientôt, cependant , la paralysie gagna tout le corps, bien que la connaisance demeurât tout entière.

    Le 14 février, quand je lui proposai les derniers sacrements ; il parut fort surpris.– Est-ce que j’en suis déjà à cette extrémité ?  me dit-il avec étonnement. –  Oui, cher Père, on peut toujours espérer sans doute, mais il y a un danger réel et imminent, même pour la vie. –  S’il en est ainsi ajouta le malade, que la volonté de Dieu soit faite partout, en tout et « toujours  : Fiat, Fiat, Fiat

    Il reçut alors tous les secours de l’Église avec une profonde piété, répondant lui-même aux prières. Dès ce moment il ne parut plus songer aux choses de la terre. Enfin, le 15 février, il s’éteignit doucement dans la paix du Seigneur et mourut comme meurent les prédestinés, entre deux et trois heures de l’après-midi.

    Les funérailles furent aussi solennelles que le temps et les lieux pouvaient le permettre.

    Tous les chrétiens étaient présents et en deuil jusqu’aux petits enfants. À cause du grand respect que les Chinois professent pour les morts, le convoi put traverser les rues et sortir de la ville en chantant les prières de l’Église. Il n’y eut pas le moindre désordre: attirés par la nouveauté du spectacle, les païens, en foule, étaient échelonnés sur les deux côtés de la route, écoutant et regardant dans un religieux silence. La tenue de tous était fort convenable, presque respectueuse.

    Le cher et regretté défunt repose maintenant , non dans le cimetière commun des chrétiens , mais dans un terrain attenant au séminaire Saint-Joseph, qu’il a toujours tant aimé et où il allait fréquemment encourager de sa présence élèves et professeurs.

    Le P. Bourgeois était avant tout un homme de règle et un travailleur acharné. La première partie de son temps était pour Dieu . Il consacrait les premières heures de la journée à la prière, à la méditation, à la célébration de la sainte Messe et au bréviaire. En outre, à des heures réglées, se plaçaient la récitation du rosaire, la visite au Saint-Sacrement, l’Écriture sainte, la lecture spirituelle, les examens, la prière du soir et la préparation du sujet d’oraison.

    Le soin des chrétiens de la ville et de la banlieue, ainsi que l’évangélisation des païens étaient confiés à des prêtres chinois travaillant avec des catéchistes, sous la direction du provicaire. Malgré le travail considérable et si absorbant de la procure, malgré la volumineuse correspondance qu’il devait entretenir soit avec les confrères de la mission, soit avec les maisons communes de la Société, le P. Bourgeois prenait une large part aux travaux du saint ministère : prédication, catéchisme, confessions, il s’occupait de tout et payait partout et beaucoup de sa personne.

    Ce qui lui restait de temps était pour l’étude qu’il suspendait de moment à l’autre pour se reposer, en faisant un peu de jardinage ou de travail manuel.

    Sans négliger la théologie et les autres sciences ecclésiastiques, il s’appliquait surtout à l’étude du chinois. Sa persévérance et sa ténacité lui valurent une connaissance plus qu’ordinaire de cette littérature si originale et si différente de la nôtre. Il a traduit bon nombre d’ouvrages ou opuscules de piété, et a composé un dictionnaire alphabétique d’une utilité incontestable.

    Cette connaissance approfondie du chinois avait fait de lui le précepteur né de tous les nouveaux confrères. Il se prêtait à ce rôle ardu avec une rare bonne volonté. Presque tous les missionnaires actuels du Yun-nan lui doivent la connaissnace des premiers éléments de la langue.

    Redire chacune des vertus dans lesquelles il a excellé serait les énumérer presque toutes : humilité, détachement, simplicité, mortification, angélique pureté, délicatesse extrême de conscience…Sous chacun de ses titres, ceux qui l’ont connu pourraient placer plus d’un trait édifiant. Mais qu’il nous suffise de le redire avec M. E Maire : Puisse la divine Providence susciter souvent de tels missionnaires pour sa plus grande gloire et le bien des pauvres infidèles !

    • Numéro : 852
    • Pays : Chine
    • Année : 1864