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Louis BOURGEOIS (1863-1900)

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    Louis-Marie-Joseph Bourgeois naquit à la Chapelle-de-Bois (Doubs), le 21 décembre 1863, d’une famille d’humbles cultivateurs, qui, peu favorisés des biens de la fortune, étaient, en revanche, ruches en vertus et possédaient une foi inébranlable et patriarcale que l’on rencontre encore dans les montagnes de le Franche-Comté. Il passa sa jeunesse dans les rudes labeurs des champs en compagnie de ses parents qui lui enseignèrent de bonne heure à travailler, à prier, à souffrir, non seulement sans se plaindre, mais avec joie même, pour remplir un devoir de chrétien et se conformer aux desseins de la divine Providence.

     

    Nous n’avons pas eu le loisir de recueillir des détails qui, certes, seraient nombreux et édifiants, sur les premières années du P. Bourgeois. Tout ce que nous savons, c’est que la vocation sacerdotale et apostolique se manifesta de bonne heure dans cette âme droite et forte. Après avoir fait des études au petit séminaire de Notre-Dame de Consolation, il obtint son admission au Séminaire des Missions Etrangères où il entra en septembre 1885. Il acheva à Meudon son cours de philosophie et y commença l’étude de la théologie.

     

    À Meudon, comme plus tard à Paris, il se montra fidèle observateur de la règle, qu’il considérait comme l’expression de la volonté divine. Dans ses rapports avec ses confrères, il était d’un caractère franc et ouvert ; il y allait tout droit, simplement, ignorant les détours, les réticences, les restrictions mentales, qu’il détestait d’ailleurs cordialement. Il était toujours joyeux, mais d’une gaîté sans exubérance. Doué aussi d’une robuste constitution, il était le boute-en-train des jeux de balles et des longues courses.

     

    Son activité ne demandait qu’à s’épancher, qu’à se communiquer au dehors. Il savait pourtant, grâce à son énergique caractère, en réprimer les excès, quand la règle ou le devoir le lui imposaient. Aussi, en dehors des récréations permises, il ne perdait jamais son temps, se livrant avec ardeur à l’étude, et avec ferveur à l’ accomplissement de ses exercices de piété. Il était foncièrement pieux. Cette piété, il l’avait puisée au foyer paternel, dans les sages leçons et les bons exemples de ses parents. Il voua ensuite à la sainte vierge une tendre et filiale affection qui ne se démentit jamais. Dans ses conversations, dans ses lettres surtout, il ne l’appelait jamais que « sa bonne mère ».

     

    Ordonné prêtre en 1888, il partit le 12 décembre de la même année pour la Mission de Mandchourie, alors sans évêque par suite du décès de Mgr Raguit et fut dirigé par le supérieur intérimaire de la mission, M. Noirjean, sur la chrétienté de Lien-chan, administrée par le P.Lalouyer. Il devait y vaquer, sous l’habile et sage direction de ce confrère, à l’étude de la langue chinoise et s’exercer à la pratique du ministère apostolique. Il s’adonna de tout cœur, j’ose dire même avec acharnement, à l’étude de cette langue difficile et y fit de si étonnants progrès, qu’au bout de trois mois il était à même de prêcher et capable d’entendre des confessions. Il écrivit donc au P.Noirjean afin de solliciter les pouvoirs et facultés requises pour le saint ministère.

     

    Le Supérieur, justement étonné, ajourna l’autorisation demandée. Le P. Bourgeois, de son côté, surpris de ce refus, écrivit de nouveau  pour demander qu’on lui fit passer l’examen sur la langue chinoise. Le P. Noirjean se rendit et octroya enfin la faveur sollicitée. Notre missionnaire devint même, dans la suite, grâce à l’opiniâtreté de cette étude, très fort en chinois ; il le parla très facilement et très correctement, ce qui lui fut d’un précieux secours tant pour l’administration des chrétiens que pour l’évangélisation des païens qui aimaient à l’entendre.

     

    Lorsque le P.Lalouyer fut appelé en 1889 au collège en remplacement du P.Guillon, promu à l’épiscopat, il prit à lui seul la direction de cet immense district qui ne compte pas moins de trente à quarante chrétientés, dont quelques-unes très éloignées de la résidence. Mais pur lui, les distances, les montagnes, la difficulté des routes n’étaient rien. Son ardeur, son zèle étaient invincibles et il ne se ménagea jamais : « Non recuso laborem ».

     

    En l’année 1891, il fut appelé au poste de Nieou-tchoang  et chargé de desservir en même temps la ferme-orphelinat des Sœurs de la Providence de Portieux, à Tong-kia-touen.

     

    Cette ferme de Saint Joseph est distante de 35 ly de Nieou-tchoang ; néanmoins, il s’astreignit à y faire régulièrement un voyage tous les quinze jours en faveur des Sœurs et des orphelines. Les jours de fête, il célébrait même deux fois le saint sacrifice, à Nirou-tchoang d’abord, et ensuite à Tong-kia-touen, afin de procurer d’un côté , à ses chrétiens, et de l’autre, aux religieuses, le bénéfice de la sainte messe ou de la bénédiction  du Très Saint-Sacrement.

     

    L’année suivante, en 1892, le P.Bongard ayant été appelé au poste de Moukden, le P.Bourgeois alla le remplacer à Kao-chan-touen, district encore plus vaste que celui de Lien-chan. En effet, quelques-unes des chrétientés sont situées à deux ou trois journées de marche. Cela n’empêchait pas notre confrère, quand il s’agissait d’un malade ou d’une affaire urgente, de faire cette course, à cheval et au galop toujours, en un jour et une nuit. Dans un de ces voyages, à la fin de la guerre sino-japonaise, alors que le pays était infesté de soldats déserteurs qui se livraient au brigandage, il faillit être la victime de son dévoûment.

     

    À 160 ly de sa résidence, à Ouan-loung-pei, un catéchiste, Hia, avait été pillé,maltraité, très dangereusement blessé et même laissé pour mort.

     

    À cette nouvelle, le P.Bourgeois part pour lui porter les secours de la religion. Comme il s’en retournait, il est lui-même cerné par les brigands qui crient : mort à l’Européen. Il s’échappe à grand’peine ; se cache dans un ravin et, le soir venu, il fuit à la faveur des ténèbres. Il traversa, cette nuit-là, des fourrés presque impénétrables et ne réussit que le lendemain matin à regagner sa résidence ; il était exténué de fatigue et de faim. Il perdit, en cette occasion, monture, vêtements et tous les objets du culte.

     

    Durant les six années qu’il administra le district de Kao-chan-touen, il eut la joie de voir doubler, tripler même le nombre des néophytes et des catéchumènes. Grâce à son zèle infatigable, il sucita partout des mouvements de conversions qu’il sût entretenir et développer en y employant de nombreux catéchistes. Au moment de la catastrophe qui a bouleversée la Mission, ce district comptait jusqu’à cinquante florissantes stations.

     

    Les chrétiens aimaient le P.Bourgeois et étaient fiers de lui. Aussi, bien vifs furent leurs regrets, quand à la fin de 1898, il reçut une nouvelle destination. La tristesse de la séparation fut tempérée chez lui par l’espoir de retrouver ses anciens chrétiens. Il était, en effet, rappelé au poste de Lien-chan où il avait fait ses premiers pas dans la carrière apostolique. Il fut accueilli avec des transports d’allégresse par ses fidèles et surtout par les enfants de l’orphelinat qui tous l’aimaient et le vénéraient comme un père. Leur joie devait être de courte durée.

     

     

    Dans les derniers mois de1899, le P.Le Guével qui venait d’arriver en Mandchourie, avait été envoyé à Lien-chan pour se former à la vie apostolique en compagnie du P.Bourgeois. Ils se trouvaient ensemble, quand la persécution vint fondre sur la Mission. Quitter le poste et chercher un refuge contre les boxeurs, les deux Pères eussent pu le faire sans difficulté ; ils n’y pensèrent même pas : c’eût été abandonner à la fureur des païens un groupe de chrétiens qui demandaient à mourir près de leurs missionnaires, afin de ne pas être exposés à l’apostasie ; c’eut été encore exposer à un danger pire que la mort les quatre-vingt jeunes filles de l’orphelinat. Ils résolurent donc de se défendre contre les boxeurs. Malheureusement, les mandarins firent cause commune avec les bandits et envoyèrent leurs soldats les aider.

    Nos confrères alors voyant toute résistance impossible, firent évacuer leur orphelinat le 12 juillet, et le soir du même jour, prirent eux aussi le chemin des montagnes.

     

    Comme Lien-chan se trouve à proximité de la mer, ils cherchèrent à louer une barque, mais personne ne voulut conclure le marché, même à des prix exorbitants. Bientôt les soldats, regrettant d’avoir laissé échapper leur proie, se mirent à la poursuite des Pères.

     

    Les deux missionnaires étaient logés, avec une vingtaine de braves chrétiens, dans une vieille tour, près de la montagne Tai-ta-koou. Les assaillants étaient au nombre de plus de cinq cents, et bien armés. Les Pères et leurs néophytes répondirent à l’attaque des soldats. Le combat commencé après midi dura jusqu’au soir ; c’était le 14 juillet.

     

    Le 15, les réguliers chinois amenèrent un canon pour déloger les assiégés, et la bataille recommença. Les Pères, , ayant épuisé leur plomb, réduisirent en pièces les quelques piastres qu’ils avaient en poche, et en chargèrent les fusils. Quand la poudre vint à manquer, ils brûlèrent le papier-monnaie qu’ils avaient sur eux, brisèrent leurs armes contre la roche et attendirent la mort. Vers midi, épuisés de faim et de soif, ils tombèrent avec leurs chrétiens entre les mains des soldats et furent décapités. Leurs têtes, portée à Ning-yuen, furent exposées sur les murs de la ville.

     

    « Posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso »

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1820
    • Pays : Chine
    • Année : 1888