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Yves BOUREL (1923-2004)

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    Le père Yves BOUREL, fils de François et de Marie Honorine Le Courtois, son épouse, vint au monde le 11 août 1923, à Barac'h de Plouha, un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint Brieuc, dans le département des Côtes d'Armor. Il fut baptisé le jour même en l'église paroissiale de Plouha. Dans cette même église, il fut confirmé le 24 juin 1936.

     

    Dans sa lettre de demande d'admission aux Missions Etrangères, en date du 5 août 1942, il nous présente ainsi sa famille :…" Ma mère a déjà donné sa fille aînée au Christ et cette dernière enseigne sous le voile des Religieuses du Saint Esprit de Saint Brieuc. Ma sœur cadette demeure à la maison en attendant elle aussi de se dévouer à l'apostolat missionnaire. N'étant guère riches, nous vivons grâce au courageux dévouement de mon frère aîné, marin en Mauritanie. J'ai eu ainsi le bonheur d'être élevé par une mère foncièrement chrétienne, mon père étant mort lorsque j'avais à peine cinq ans des suites de la Grande Guerre".

    Yves fit ses études primaires à Plouha. Celles-ci achevées, il se dirigea vers l'Institut Missionnaire "Saint Jean Bosco" à Coat-an-Doch, près de  Plouagat, dans les Côtes d'Armor. Il y parcourut le cycle complet de l'enseignement secondaire. Le 5 août 1942,  il présente une demande d'entrée au séminaire des Missions Etrangères de Paris.  Le supérieur de l'Institut Missionnaire "Saint Jean Bosco", un peu surpris par cette démarche, apportait les informations suivantes, dans une lettre du 13 août suivant :

    " Yves Bourel a fait toutes ses études secondaires à notre Institut Missionnaire de la 6ème à la 1ère inclusivement. À 3 points près,  il a échoué à l'écrit du baccalauréat. Après la retraite de clôture de l'année scolaire, en toute liberté, il a fait sa demande d'entrée au noviciat des Salésiens, et il a été accepté comme futur missionnaire. Cinq de ses camarades de Première se sont décidés eux pour le grand séminaire".

     

    C’est que, suite aux rencontres qu'il avait faites pendant les vacances avec un de ses amis, aspirant des Missions Etrangères et  à l'amitié qui les liait, à la lecture des publications de la Société et des relations faites par des missionnaires, Yves avait choisit  de se diriger vers celle-ci. Il y fut admis le 27 août  pour y commencer ses études de philosophie et sa formation missionnaire. C'était pendant les années difficiles de la guerre.

     

    Cependant, il n'oubliera jamais les richesses spirituelles et intellectuelles qu'une solide formation salésienne lui a données. Il exprimera les sentiments de profonde reconnaissance qu'il doit à ses maîtres dans une lettre qu’il adresse au père Pastol, directeur de cet Institut, le 5 août 1942

    " En vous quittant, je me sépare d'un bon et dévoué père ainsi que   de professeurs éclairés et paternels en la personne des directeurs de Coat.   Au cours des six années d'étude que j'ai passées avec eux, je leur ai témoigné un affectueux respect, affection qu'ils ont su me rendre à chaque instant. Je demeurerai, je n'en doute pas, salésien à l'extérieur, joyeux vif et conquérant, mais je ne doute pas non plus que le prêtre des Missions Etrangères que je désire devenir trouve un énorme profit à arborer l'entrain et la gaieté des  Pères de Don Bosco".

     

    Sous-diacre le 29 mai 1949, diacre le 25 septembre,  Yves fut ordonné prêtre le 17 décembre, samedi des Quatre -Temps de l'Avent. Le 9 février suivant, monseigneur Charles Lemaire, Supérieur général de la Société donnait leur destination à huit nouveaux missionnaires dont deux, Yves Bourel et Marcel Rigolot étaient envoyés au diocèse de Malacca. Le 2 mai 1950, on célébra au séminaire de la Rue du Bac, la traditionnelle cérémonie du départ des jeunes missionnaires. Le père François Haller, du vicariat apostolique de Taitjen en Corée, rappelé en 1949 comme directeur au séminaire de Paris, prononça l'allocution d'adieu. Le 7 mai 1950, Yves  et son compagnon s'en allaient rejoindre leur mission où ils arrivèrent vers la fin du mois. Marcel Rigolot affecté à l'apostolat auprès des Tamouls, resta à Singapour ;  Yves, quant à lui, fut envoyé à Saremban pour y apprendre le chinois hakka.

     

    Voici le témoignage du père Michel Arro, l'un de ses confrères de la Région  Malaisie - Singapour   : " Petit de taille, le cheveu frisé, l'œil pétillant, la démarche rapide, Yves Bourel est un homme au zèle dévorant, toujours gai. En dix ans, il servira quatre paroisses, et apprendra, en plus de l'anglais, deux dialectes chinois : le  hakka et le  teochew.

     

    Seremban – avec ses deux communautés chinoise et tamoule, l'Ecole des Frères, le Couvent des Dames de Saint Maur et les groupes de chrétiens épars dans les plantations de caoutchouc – est une paroisse bien établie, à 300 Kms au Nord de Singapour et 80 Kms au Sud de Kuala Lumpur. Seremban est une ville bien commerçante, à majorité chinoise. Les pères Laurent, puis Dubois y sont les curés successifs d'Yves, avec aussi un prêtre local tamoul. Il va passer là dix-sept mois, bien occupé avec l'étude de l'anglais et du hakka, se laissant surprendre souvent par l'humour suisse bien typé de son pasteur.

     

    En novembre 1951, il déménage à cinquante Kms au Sud-est, à la paroisse chinoise de dialecte teochew de Malacca. Le père René Challet, jeune curé, l'y accueille et en avant pour un deuxième dialecte, au cœur d'une communauté de petits fermiers, qui cultivent rizières et plantations d'hévéas. Ils ne sont pas riches, mais à l'abri du besoin et leurs vies sont structurées selon les traditions apportées de Chine : une communauté patriarcale, une paroisse dirigée par les "dignitaires". Pendant deux ans, le nouveau vicaire visite et anime les groupes épars dans la campagne, tandis que le curé bâtit de nouveaux locaux scolaires.

     

    D'octobre 1953 à mi-1955, Yves vient à Singapour, vicaire du père Francis Chan – qui sera bientôt le premier évêque de Penang – à la vieille paroisse de Serangon, communauté de 4 à 5.000 fermiers et pêcheurs de langue et culture teochew. Là encore, une paroisse bien soudée, traditionnelle et où les vocations abondent. De l'autre côté de la route, se trouve le séminaire préparatoire animé par le père Barthoulot.

    Puis il revient à Malacca, dans un milieu bien connu, avec un nouveau curé, le père Brygier, et un ancien de Chine, le père Coiffard, expert en dialecte teochew. Il y reste jusqu'au début de 1957, et le voilà curé.

     

    Batu Pahat, est une petite ville coquette sur le Détroit de Malacca, à 80 Kms au Sud de Malacca, avec 2 à 300 chrétiens de culture chinoise que le curé de Kluang, le père Munier,  à 50 Kms de là, au centre de la péninsule, visite deux fois par mois, puis tous les dimanches avec une Messe dans l'après-midi.

    Il dit fièrement : "Ma paroisse va de la Mer de Chine à l'Océan Indien». Il est heureux de la venue d'Yves qui, de 1957 à 1960, prendra soin de cette communauté de Batu Pahat en même temps que d'un petit groupe de fidèles dans le village de Yong Peng, à quelque 40 Kms de là.

     

    L'installation est plutôt sommaire : une église en bois et une sacristie avec une chambre pour le père. Bientôt, on lui construira un presbytère, petit mais fonctionnel, toujours en bois. Il passera là trois belles années, rassemblant sa communauté qui s'habitue à avoir un prêtre résident. Les Dames de Saint Maur dirigent une école de filles et le nouveau curé souhaite ouvrir une école pour garçons sous la responsabilité des Frères de Saint Gabriel. Mais cela restera un souhait, car les vocations d'enseignant sont rares.

     

    En Mars 1960, Yves partira en congé, bien décidé à revenir en Malaisie. Mais les circonstances familiales l'obligent alors à rester en France. "Si je suis resté   ici, c'est pour ma sœur",  dira-t-il en pleurant au délégué à la diaspora en décembre 2003.  C’est pour elle que Yves,  l'enthousiaste, le zélé, le fonceur va passer plus de 40 ans en France en divers ministères, puis en retraite anticipée."

    En effet, le 5 mars 1960, il  arrive  à Marseille par le paquebot "Laos" pour prendre son congé normal. Mais sa sœur, Eliane, traversait alors des épreuves douloureuses de santé, ce qui l’avait obligée à quitter l’habit de religieuse et à être hospitalisée. Yves cru de son devoir de la prendre avec lui. Il réussit à convaincre le supérieur de cet Institut psychiatrique de Bégard dans les Côtes d’Armor, qu’elle serait mieux avec lui qu’en milieu spécialisé, et obtint sa sortie, contre l’avis du délégué à la diaspora de l’époque. Et, courageusement, il s’occupa de sa sœur malade, l’emmena avec lui et essaya de l'aider de son mieux

     

    Ayant ainsi renoncé à  un nouveau départ en mission,  il fut autorisé à prendre un nouveau ministère en France. Pendant deux ans (1961-1963), il fut curé de la paroisse Saint Maclou de Beuzeville, dans le diocèse d'Evreux, au nord ouest du chef lieu du département de l'Eure. Puis de 1963 à 1968, il eût en charge la paroisse de Houlbec - Cocherel, à l'ouest de Vernon, dans le même diocèse. De mars 1968 à 1972, il exerça divers ministères : d’abord au service de l'information de la Rue du Bac, puis à Rueil, puis  il assura l'aumônerie à Notre Dame de La Motte,  la Maison Mère des Sœurs des Missions Etrangères. On le retrouvera à Auterive,  dans le diocèse de Toulouse, et ensuite dans celui d'Agen, et enfin dans celui de Belley,  où il restera jusqu’en 1985.

     

    Il regagna alors sa Bretagne natale et son diocèse d'origine. Il fut tantôt curé, tantôt  prêtre habitué  successivement à Tréglamus, à l'ouest de Guingamp, puis à Pommerit-Jaudy, près de la Roche Derrien, et à Goudelin. En août 1987, il fut nommé recteur des paroisses de Mousteru et de Gurunhuel, au sud-ouest de Guingamp. Mais quelques mois plus tard, il se retira définitivement dans le petit village du Merzer, situé à 15 minutes au nord-est de Guingamp.

    Ces changements successifs et rapides manifestent une instabilité certaine, en grande partie due aux difficultés que lui occasionnait la présence à ses côtés de sa sœur. Jusqu’au bout, il aura eu à coeur de lui procurer des conditions de vie favorables à son épanouissement, hélas sans lendemain.

     

    Il fut hospitalisé le 30 décembre 2003. Les examens révélèrent une aggravation d'un accident vasculaire cérébral datant du 7 avril 1999 : une rupture de deux petits vaisseaux à la base de cerveau, et, en plus, s'y ajoutait une affection pulmonaire. Placé sous masque respiratoire, qu'il ne devait plus quitter, il rejoignit la maison du Père, le dimanche 11 janvier 2004,  vers 22 heures.

     

    Ses obsèques furent célébrées dans l'église du Merzer, où il résidait. Une quinzaine de prêtres étaient présents dont trois Mep  :  notre  vicaire général, le père Paul Couvreur, le père Amédée Tual, et le délégué , ainsi que le chancelier de l'Evêché de Saint Brieuc, représentant l’évêque. Une cinquantaine de fidèles, dont monsieur le Maire, ainsi que  la chorale étaient venus, bien qu’Yves  n’ait jamais été leur curé. Ce fut une belle célébration, bien préparée par l'abbé Blouin, curé de Guingamp, responsable de la communauté chrétienne de ce village. Elle fut vivante, recueillie, priante, chantée a capella, avec de très nombreuses communions. Ensuite, la dépouille mortelle de Yves  fut transportée à Montbeton où une messe fut célébrée le jeudi 15 janvier 2004. Yves repose maintenant, auprès de ses nombreux autres confrères, dans le beau cimetière Mep de la maison Saint Raphaël.

     

    Quelques jours avant, sa sœur Eliane, désormais seule,  avait été ré hospitalisée à l’hôpital psychiatrique de Bégard, suite à une décision commune des autorités.  Par crainte du phénomène de décompensation du lendemain, le spécialiste de cette maison a préféré ne pas la laisser venir aux obsèques.

     

    Le père Yves Bourel a vécu des moments difficiles, parfois dramatiques. Nous n’en connaissons qu’une partie, de l’extérieur. Le Seigneur, seul, connaît l’ensemble. Sa générosité a été grande. Mais, certains jours, il a porté une croix trop lourde pour ses épaules.

     

    Dans  le désir tout à fait légitime d’aider sa sœur dans son épreuve de santé, en la prenant avec lui,  il avait présumé de sa résistance intérieure. Après l’avoir fait sortir de Bégard, contre l’avis des médecins, il a cru qu’il pourrait l’aider à retrouver une vie normale. C’eut peut-être été possible si elle avait suivi fidèlement le traitement médical qui lui avait été prescrit et si lui-même  en avait eu la force.  Ce ne fut pas toujours le cas. Mais ils ont quand même vécu ensemble des périodes  de vrai bonheur.

     

    • Numéro : 3884
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : 1950