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Charles BOURDIN (1877-1937)

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    M. Bourdin naquit à Poitiers, paroisse Notre-Dame, le 2 juil­let 1877. Après ses études au petit séminaire de Montmorillon, qui s’honore de compter parmi ses anciens élèves les Bienheureux Jean-Charles Cornay et Théophane Vénard, il entra au grand séminaire de Poitiers où il reçut la tonsure et les deux premiers ordres mineurs. Admis au séminaire des Missions-Étrangères, il arriva à Bièvres en septembre 1896.

    Ordonné prêtre le 22 septembre 1900, et retenu par la maladie au cours de son voyage d’adieux à sa famille, il vit son départ pour les missions retardé jusqu’au mois de mai de l’année sui­vante. Il avait reçu sa destination pour le Vicariat apostolique du Haut-Tonkin (Hunghoa). Il travailla successivement à Ha-thach (1901-1903) et à Yên-bai (1903-1905). De fréquents accès de palu­disme, contracté dans la région montagneuse, l’obligèrent à aller prendre quelques mois de repos au sanatorium de Béthanie à Hongkong, où les soins assidus de M. Marie le rendirent à la santé.

    Cependant, le médecin avertit son malade de ne pas se livrer de nouveau, sous peine de rechute, à ses ennemis les microbes de la haute région tonkinoise. A cette époque, Mgr Mérel, préfet apostolique de Canton, venait de fonder un collège où s’enseignaient les langues vivantes, le français et l’anglais. Fils d’une mère irlandaise, notre confrère s’exprimait en anglais de façon parfaite et pouvait rendre des services en qualité de professeur. Suivant l’usage des convalescents de Béthanie, il fit une promenade à Canton pour se distraire. A cette occasion, comme il racon­tait, les larmes aux yeux, que le médecin du sanatorium lui inter­disait de rentrer dans sa mission, Mgr Mérel se crut autorisé à lui faire des ouvertures, qui eurent pour aboutissement le trans­fert de M. Bourdin de Hunghoa à Canton.

    Cette nouvelle mission devint bientôt la reine du cœur du généreux Poitevin. Elle ne comptait pas, comme aujourd’hui, quel­ques missionnaires seulement. Le nombre des prêtres de la Société des Missions-Étrangères s’élevait à soixante-douze ; c’était avant la guerre, et avant les divisions de territoire qui ont produit six nouveaux vicariats ou préfectures apostoliques.

    Au Collège du Sacré-Cœur M. Bourdin eut pour supérieurs M.  Fouque, puis M. Gauthier, devenu plus tard vicaire aposto­lique de Pakhoi, et M. Clauzet, mort en France en 1918. Ils étaient jeunes et ardents ; ils aimaient leurs élèves. Une de leurs meil­leures réjouissances consistait à parcourir la vaste cité canton­naise à la tête de leurs jeunes gens, au son des fanfares et aux applaudissements de la foule. Le drapeau du Sacré-Cœur servait de fanion à ces étudiants, en majorité païens. C’était l’époque de la grande liberté. Bien que vivant encore sous le régime de la monarchie, la Chine s’affranchissait, se modernisait. Il ne se pas­sait pas de dimanche que nos confrères de la ville de Canton ne fussent invités à assister à deux ou trois réunions. Il était de mode d’avoir des étrangers pour rehausser l’éclat des fêtes : inaugura­tion d’écoles, d’hôpitaux, de dispensaires, autant d’occasions pour les missionnaires de se montrer et de faire plaisir. Encore aujour­d’hui, quand nous parcourons les rues de notre cité, notre vieil évêque découvre à chaque pas des endroits où se célébrèrent des fêtes auxquelles il fut invité ; il en parle avec émotion, car elles lui rappellent des souvenirs aimés.

    Quand les Petits Frères de Marie quittèrent 1’École Pichon pour venir s’établir au Collège du Sacré-Cœur, M. Bourdin fut chargé de la paroisse européenne de Notre-Dame de Lourdes, située sur la concession de Shameen. Caractère enjoué, tempérament géné­reux, toujours prêt à se dépenser, il s’attira sans effort les sym­pathies de ses fidèles : Français, Portugais, Anglais, Américains, Allemands, « ex omni tribu et lingua » . En réalité, la langue de cette population cosmopolite est l’anglais et M. Bourdin était fort à l’aise pour s’en servir.

    Shameen est un poste de tout repos, on n’y est guère en pays de mission ; il n’y a pas de longues courses à faire, pas non plus de préoccupations au point de vue du personnel enseignant, comme dans les districts de l’intérieur. Propreté de l’église, exer­cices religieux régulièrement célébrés, catéchismes et sermons bien préparés, assiduité au confessionnal, pas d’invitations actives ni passives, tel est le facile règlement que doit suivre le curé de Shameen. Dans ces conditions, M. Bourdin crut pouvoir permettre à son vieux père de venir le voir et de s’installer dans sa rési­dence. Pieux, dévoué, discret, le père de notre confrère fut un exemple de bon chrétien. Malgré cela, personne parmi les mis­sionnaires, et l’évêque tout le premier, n’aurait osé affirmer que ce précédent dût être imité. Le père de M. Bourdin demeura un an environ auprès de son fils, après quoi il se rendit compte qu’il valait mieux retourner dans son beau Poitou.

    Atteint par la mobilisation en mars 1915, M. Bourdin revint en France. Placé dans le service auxiliaire, réformé presqu’aussitôt après, il alla s’établir au Collège du Sacré-Cœur à Aix-en-Provence. En septembre 1916, il crut de son devoir de se mettre à la dispo­sition des autorités militaires pour remplir les fonctions d’inter­prète dans les formations annamite et chinoise, trouvant là l’occa­sion d’exercer son zèle auprès des soldats et ouvriers catholiques d’Extrême-Orient.

    Après sa libération, en février 1919, il resta au Collège du Sacré-Cœur jusqu’en 1926. Cette année-là, il fit un voyage en Irlande, pays d’origine de sa mère, l’année suivante aux Etats-­Unis, puis revint en France. Une santé toujours chancelante l’obligea au repos, tantôt à Aix, à Marseille, à Montbeton.

    Autorisé en 1930 à se rendre de nouveau aux Etats-Unis pour y exercer le saint ministère, il avait caressé l’espoir d’y faire un assez long séjour, il dut revenir au bout de deux ans.

    Son plus vif désir était de se rendre utile à la société ; aussi, après des séjours temporaires dans diverses communautés reli­gieuses à Chaville, Jouarre, Paris, accueillit-il avec empressement la proposition que lui fit Mgr de Guébriant de se fixer à Bourg-la-Reine, au Foyer des Etudiants d’Extrême-Orient, pour y prendre, sous la direction de M. Lévêque, la place laissée vacante par le décès de M. Blondel. Il s’y installa le 8 mars 1935, veille des funé­railles de Mgr le Supérieur Général.

    Doué d’une grande facilité d’élocution, il prêtait volontiers, et avec succès, son concours pour les prédications de journées mis­sionnaires. Il prit une part importante aux expositions catholiques de Marseille et de Lyon (mai-juin 1935).

    En 1936, il vint à Meudon, après la mort de M. Bouchet, don­ner ses soins à quelques jeunes gens désireux de se dévouer aux Missions, et les préparer à entrer, suivant leurs aptitudes, dans des établissements d’enseignement secondaire ou au noviciat des Frè­res-coadjuteurs.

    Une nouvelle crise de fatigue, compliquée d’une affection pul­monaire, l’obligea à se faire soigner à l’hôpital Saint-Joseph. Se croyant guéri, il accepta avec joie sa nomination au petit sémi­naire Théophane-Vénard à Beaupréau. Il s’y rendit le 17 octobre ; quinze jours plus tard, à bout de forces, il revint à l’hôpital Saint-­Joseph pour n’en plus sortir.

    C’est là que la mort vint le chercher : il s’y était soigneuse­ment préparé ; ayant reçu avec piété le Sacrement d’Extrême-Onction, il voyait venir avec résignation la fin de son pèlerinage, ce qui ne l’empêchait pas d’échafauder de beaux projets pour l’avenir, si le Bon Dieu lui accordait la faveur de guérir.

    Dans la soirée du 6 janvier, il avait encore conversé agréablement avec plusieurs de nos confrères, qui le quittèrent vers 7 heures. Une heure plus, on nous informait qu’il avait paisible­ment rendu son âme à Dieu.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2550
    • Pays : Vietnam Chine France
    • Année : 1901