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Henri BOUIGE (1868-1922)

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    M. Bouige naquit le 8 juillet 1868 et fut baptisé le 13 suivant, sous les prénoms de Léon-Henri, à Ainay-le-Château, joli bourg de l’Allier, sur les confins du Cher, au cœur même de la France. C’est là que, sous le regard vigilant de parents, riches surtout de biens spirituels et d’esprit de foi, il fit se première communion le 25 avril 1882 et fut confirmé deux ans après.

    À quatorze ans, il fut envoyé à la maîtrise de Moulins d’où, quatre ans après, il sortait, revêtu de l’habit ecclésiastique, pour passer aussitôt au grand séminaire du diocèse. Le 25 février 1888, il y recevait la tonsure, et le 12 juin suivant, les ordres mineurs. En septembre de la même année, il était nommé professeur au célèbre collège des Dominicains à Oullins (Rhône ), où il travailla durant quatre années. A vingt-quatre ans, il obtint son admission au Séminaire des Missions-Étrangères, où il entra le 13 septembre 1892 ; il y reçut la prêtrise le 1er juillet 1894 et partit pour la Mission de Nagasaki le 15 août suivant.

    Envoyé en formation, dès le début, chez M. Raguet, notre maître à tous ès-langue et mœurs japonaises, ses progrès y furent si rapides, qu’au bout de six mois à peine,   il fut chargé du poste de Miyasaki. Les débuts furent pénibles : sous l’extérieur d’un corps taillé en hercule, M. Bouige cachait une âme de grand enfant timide ; sa bonne volonté était desservie par une sorte de pusillanimité qui fut pour lui la cause de réelles souffrances et de mérites devant Dieu.

    En octobre 1897, il fut transféré à Oita et chargé d’une bonne part du district de Bungo. Là aussi, s’enfermant de plus en plus dans la vieille et sombre demeure qu’y occupait la Mission, et bornant ses relations aux quelques pauvres et rares chrétiens qui l’entouraient, il continua à souffrir en silence. Au bout de cinq ans, la Providence lui envoya un sauveur, dans la personne de M. Ferrié, l’apôtre d’Oshima, réduit, par les fatigues et la maladie, à venir tenter une cure d’eaux thermales à Beppu, près d’Oïtta. Logé chez M. Bouige, le missionnaire à l’âme ardente qui cherchait des volontaires pour la campagne rude mais pleine d’espoir qu’il entamait alors à Tokunoshima, lui parla avec tant d’enthousiasme de ses projets, que celui-ci n’hésita pas à s’offrir comme collaborateur de la nouvelle expédition. En automne 1903, MM. Bouige et Gracy partaient joyeux et ardents, pour aborder bientôt à l’île promise de Toku. Des milliers d’insulaires s’y inscrivirent en effet, pour apprendre la voie du salut spirituel, mais aussi dans le but secret d’obtenir, par ce moyen, des fonds abondants pour leurs intérêts matériels ; la prédication et les exemples de nos pauvres confrères ne tardèrent pas à dissiper leurs illusions ; ces soi-disant catéchumènes, peu séduits par l’amour de la croix et de la pauvreté chrétienne, se firent si rares de jour en jour , qu’après un an de travaux et de privations, c’est à peine si les missionnaires obtenaient une dizaine de véritables conversions. On ne pouvait sacrifier plus longtemps deux missionnaires pour d’aussi maigres résultats ; ceux-ci quittèrent Tokunoshima et M. Bouige, bien que restant chargé de cette île, rentra à Oshima pour prendre la direction du poste de Sekirube, où il devait résider durant 19 ans, jusqu’à sa mort qui survint le 12 juillet 1922.

    C’est dans cet humble village, où les chrétiens, bien que très influents, ne formaient pas encore à son arrivée la majorité de la population, qu’il vécut heureux et goûta les plus grandes consolations de sa carrière en mission. Entouré d’un groupe compact de fidèles fervents qui l’aimaient, il y remplit ses devoirs simplement et sans bruit pratiquant à merveille la maxime : « Ama nesciri et pro nihilo reputari. » Familier avec tous, chrétiens et païens, ils les obligeait sans cesse par une large générosité, allant presque, dit-on, jusqu’à la prodigalité, si l’on tient compte de ses minimes ressources. Logé au début dans une vieille masure au toit de chaume, dont la chambre qu’il occupait servait aussi de catéchuménat et d’oratoire, il eut bientôt le bonheur de pouvoir, grâce au secours de la mission et aux talents d’architecte économe et expérimenté de son voisin, M. Halbout, élever une église convenable avec une résidence modeste pour lui.

    Humble et réservé, M. Bouige gardait une extrême discrétion sur tout ce qui le concernait, comme aussi il manifestait une grande aversion à entendre les autres trop parler de soi. Ses meilleurs amis connaissent fort peu de détails sur sa famille, son enfance et ses relations au pays natal. À peine quelques indices laissent-ils supposer combien il dut souffrir de voir sa digne mère, pour laquelle il avait un véritable culte, amenée par la gêne matérielle à lui exprimer le désir de l’avoir auprès d’elle.  Ce n’était certes pas lui , dont une des notes caractéristiques fut l’amour ardent de sa vocation et de notre Société, qui put être tenté de céder à de telles sollicitations. N’écrivait-il pas peu de temps avant sa mort, dans une lettre à sa sœur restée inachevée : « Comment ! tu oses me proposer de quitter ce pourquoi j’ai tout abandonné, ce à quoi j’ai tout sacrifié ! Mais, c’est une trahison que tu me proposes ! … »

    Heureux d’appartenir à Dieu et plein de confiance en Sa Providence, il s’en remettait à Elle, – vraiment trop disent certains, – du soin de le nourrir, de le vêtir et de le loger, comme il donnait lui-même au prochain, sans mesure, sans compter ni prévoir les privations, qu’il en subissent par après. Sa foi profonde était éclairée et nourrie par une science théologique et liturgique étendue, puisée elle-même dans la lecture assidue des meilleurs auteurs ; il lisait la plume à la main, comme en témoignent quantité de notes qu’il a laissées. Son intelligence remarquable, servie par une heureuse mémoire, savait utiliser ces matériaux abondants et variés dans les conversations qu’il rendait si intéressantes à ses heures, dans sa correspondance au style riche et imagé, coulant et alerte, qui faisait de lui l’une des meilleures plumes de notre Mission.

    Au travail humble mais ardu de notre confrère, nous avons la confiance que le Divin Maître aura accordé la récompense promise à la fidélité « supra multa te constituam ».

     

     

     

    • Numéro : 2103
    • Pays : Japon
    • Année : 1894