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Jean-Marie BOUCHUT (1863-1887)

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    M. Jean-Marie Bouchut était né à Saint-Christo-en-Jarret (Loire), le 10 mai 1863. A son arrivée au séminaire des Missions-Étrangères, le 10 mars 1883, il fut reçu par son frère, M. Claude Bouchut, qui l’y avait précédé. Quinze jours plus tard, l’aîné disait adieu au nouvel aspirant et partait pour la mission du Cambodge. C’est aussi à cette portion de la vigne du Seigneur que M. Jean-Marie Bouchut fut appelé à travailler à son tour. Parti à la fin de 1886, il fut placé à son arrivée dans le district de Ba-nam. Nous avons dit plus haut quelles bénédictions le bon Dieu s’était plu à répandre sur ses pre­miers travaux. Sa tâche était déjà finie, il fut appelé à la récompense. Voici maintenant les détails touchants que M. Claude Bouchut don­nait à ses parents sur la maladie et les derniers moments du jeune apôtre, son frère.

    Jean-Marie était descendu de Ba-nam à Xoaï-doï, son futur district, il y a trois mois environ, afin d’essayer son savoir dans l’administration des chrétientés. C’est là qu’a commencé sa maladie, c’est là, à son poste, qu’il est tombé pour ne plus se relever. Quinze jours après, il remontait à Phnom-Penh, où, pendant un mois, je l’ai soigné de mon mieux, où la bonne sœur Éléonore l’a comblé de soins maternels. Pendant ce temps-là, bien souvent nous avons parlé de la famille, bien souvent je me suis aperçu combien son cœur était affectueux. Il me parlait de ses projets d’évangélisa­tion, de ses espérances. Ni l’un ni l’autre de nous ne pensait que la mort était à deux pas, pour rompre si vite ce lien que Dieu venait de reformer.

    Nous pensions que sa maladie n’était qu’une simple dyssenterie. Un moment, il y a eu un mieux sensible. Cependant ce mieux ne continuait pas. C’est alors que je l’ai conduit à l’hôpital militaire de Saïgon, espérant que le changement d’air le remettrait prompte­ment en convalescence. Mais hélas ! après la visite des médecins, sœur Laurence vint me transmettre la terrible nouvelle : « Votre frère est perdu, dit-elle, laissons ce petit ange s’envoler au ciel. » C’est qu’en effet un immense abcès au foie ne laissait aucun espoir.

    Les prières des Confrères, les prières du Carmel n’ont pu obte­nir une guérison. Une opération au foie a été tentée. Rien n’y a fait. Il était mûr pour le Ciel. Le 24 août à huit heures cinq minutes du soir, son âme est montée vers Dieu, pleine de sacrifices et du mérite des bons désirs. Son corps, revêtu des habits sacerdotaux, a été enseveli au tombeau de Mgr d’Adran, à côté de deux évêques con­fesseurs de la foi et de onze missionnaires. Mgr Colombert et vingt-cinq missionnaires l’ont accompagné jusqu’à sa dernière demeure.

    En écrivant ces lignes, je pleure, et cependant je voudrais vous dire de ne pas pleurer. Les huit jours que Jean-Marie a passés à l’hô­pital militaire ont été à eux seuls une vie entière, vu les mérites qu’il a acquis. Le calme, le sang-froid qui le caractérisait pendant sa vie, ne l’ont pas quitté à ses derniers moments. Je n’ai entendu de lui jamais une plainte, jamais un soupir ; toujours calme, toujours de bonne humeur, il remerciait encore sœur Laurence par un sou­rire, quelques heures avant sa mort. Le 22 août, il voulut se pré­parer par une confession générale à l’opération qu’il devait subir. Il voulut que son frère fût le dernier confident de sa conscience.

    Le 23 au matin, il communia avec piété, et attendit le moment de l’opération avec une tranquillité qui faisait croire que c’était tout autre que lui qui devait souffrir. C’est alors qu’il montra toute l’énergie dont il était capable. Le médecin voulut l’endormir, mais lui n’avait garde de laisser passer cette occasion de mériter. Il savoura à loisir toute l’amertume de la souffrance. Un instant son visage blémit. Ce fut tout. Il ne prononça ni un mot ni un cri, ne fit aucun mouvement. Les médecins étaient dans l’admiration ; ils ne purent s’empêcher de louer cette énergie qu’ils n’avaient pas l’habitude de trouver chez les malades. Après l’opération, je serrai la main de mon cher Jean-Marie ; il me serra la mienne, et je compris toute l’étendue de sa souffrance.

    Quelques heures après, il s’offrait en sacrifice pour les païens, pour ses chrétiens qu’il avait à peine pu connaître. Je lui donnai une dernière absolution. Il reçut l’Extrême-Onction, le viatique, l’Indul­gence plénière avec la foi la plus vive. Il croyait être encore assez fort pour recevoir assis ces sacrements. Je le recouchai, et il suivit toutes les cérémonies sans omettre un signe de croix. Après avoir reçu Notre-Seigneur, il sembla comme s’endormir. Je le laissai parler avec Jésus. Sans doute il renouvela alors le sacrifice de sa vie. Il pria pour vous, cher père et chère mère. Je lui demandai un instant avant ce que je devais vous dire de sa part :  « Que je les aime bien », répondit-il. Il conserva sa connaissance jusqu’à la fin, et ne cessa de prier Jésus, Marie, Joseph. L’agonie dura une demi-heure. Il s’endormit dans le Seigneur qu’il avait aimé et qu’il portait dans son cœur . Après sa mort, je l’embrassai une dernière fois pour vous et pour moi.

    Le regret que sa mort a causé à la mission a été universel. J’ai reçu des lettres touchantes de mes confrères. Ceux qui l’avaient vu l’avaient déjà aimé. Il semblait devoir fournir une longue carrière pour la plus grande gloire de Dieu. Mais les païens avaient au Cam­bodge plus besoin de sa mort que de sa vie. Il priera au Ciel pour eux et pour nous.

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1732
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1886