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Eugène BOUCHARD (1827-1896)

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    À la mort de Mgr Lions, il nous restait encore, au Kouy-tcheou, un bon vieux confrère, homme des temps anciens, qui, comme le vénérable évêque, faisait partie des vingt-quatre vieillards de la Congrégation. Dieu vient de le rappeler au ciel, après une belle carrière de quarante-trois ans. J’essayerai de tracer brièvement une esquisse de ses travaux apostoliques.

    M. Eugène-Charles Bouchard naquit à Bolbec (Seine-Inférieure), le 27 mai 1827. Il entra au Séminaire des Missions-Étrangères au milieu de ses études théologiques et y fut ordonné prêtre.

    Parti le 20 août 1853, il se dirigea d’abord vers le Coïmbatour, mission qui lui avait été destinée. Mais, dès son arrivée, il y fut épris d’une violente dysenterie, et les médecins déclarèrent qu’un changement de climat seul pouvait le sauver. En conséquence, il partit pour Hong-kong, et de là fut envoyé dans la mission du Kouy-tcheou, où il arriva le 22 mai 1859.

    Dieu lui avait rendu la santé, et il sut en profiter pour travailler de tout son cœur à la conversion des infidèles. En effet, l’œuvre qui distingua M. Bouchard au Kouy-tcheou, c’est l’ouverture de stations nouvelles en pays complètement païen. « A d’autres les anciens districts, aimait-il à dire ; moi, je suis fait pour défricher les terrains neufs. »

    Nombreuses sont les stations chrétiennes qu’il a ouvertes à la foi, les villes chinoises où il s’est établi le premier et a bâti des églises ou des oratoires ; des districts entiers qui réclament maintenant les soins de plusieurs missionnaires lui doivent leur origine. Un chant du Kouy-tcheou, dû à la muse de M. Chaffanjon, célèbre ainsi ses travaux :

     

    Mais de l’enfer ici qui força les barrières ?

    Ignorez-vous son nom ? Demandez au Kouy-tcheou :

    Son nom, il est écrit en vastes caractères

    Des confins du Su-tchuen aux monts de Kouy-yang-fou !

    Il a passé partout, et partout le Grand Homme

    Sema des chrétientés qui s’en vont grandissant.

    ……………………………………………………………..

     

    Il travailla d’abord sur les confins du Su-tchuen oriental, y fonda plusieurs postes et s’établit, le premier, dans la ville de Tong-tsé. Chassé de là par les rebelles qui prirent la ville en 1863, il dut fuir, en se faisant descendre du haut des murs à l’aide d’une pièce de toile. Mais il y revint peu après avec les Impériaux, et y bâtit l’église qu’on voit aujourd’hui.

    Chargé du poste de Tsen-y en 1868, lorsque M. Mihières, son prédécesseur, fut nommé supérieur de la nouvelle mission du Kouang-si, il y essuya quelques mois après, en 1869, le feu de la première persécution qui a rendu cette ville célèbre au Kouy-tcheou, pour la fréquence et la méchanceté de ses assauts contre l’Église. Mais

     

    Qu’on le chasse

    D’une place,

    Il commence autre part

    Père Bouchard.

    Il s’en alla donc dans les quartiers de Mey-tan, de Ta-pao, de Sé-lan, de Yu-kin, où nous n’avions point de chrétiens. Là, comme partout, il fonda des chrétientés, et les villes de Mey-tan et de Ta-pao virent bientôt des oratoires s’élever dans leurs murs.

    M. Bouchard n’avait pas plus tôt ouvert et organisé un district avec résidence en ville, qu’il demandait un successeur afin de pouvoir aller dans la campagne, de maison en maison, prêcher la foi aux païens, ou plutôt pour la faire prêcher, car M. Bouchard, qui était déjà d’un certain âge à son arrivée au Kouy-tcheou, ne put jamais réussir à parler bien couramment la langue du Céleste Empire. Mais il avait le don de trouver des catéchistes et des prédicateurs et de les faire travailler sous sa direction. Il a obtenu ainsi des résultats qui pourraient rendre jaloux les meilleurs linguistes, ce qui prouve qu’on ne doit pas se décourager, lorsque parfois Dieu refuse le don des langues.

    Ce fut seulement à la fin de sa carrière, quand l’âge et les infirmités lui eurent rendu les voyages presque impossibles, que Mgr Guichard put lui faire accepter un poste dans une ville voisine de la capitale, à Tsin-tchen, station fondée par lui-même, quelque dix ans auparavant.

    Il y passa les dernières années de sa vie. Voyant sa santé décliner, il se préparait à la mort en toute douceur et patience. Elle vint le trouver le 6 mai 1896 et le cher bon vieux, la bonne maman Bouchard, comme nous aimions à l’appeler, alla recevoir au ciel la récompense de son long et laborieux apostolat. Il s’endormit doucement entre les bras de MM. Esslinger et Desvoivres, muni des sacrements de la sainte Église, nous laissant à tous un modèle de zèle et de bonté, de ces deux vertus qui résument toute sa vie.

     


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 647
    • Pays : Inde Chine
    • Année : 1853