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Francis BOSQUET (1851-1930)

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    Le 2 juin 1930, à onze heures et demie de la nuit, s’éteignait doucement à la Mission de Pondichéry le vénéré M. Bosquet, à l’âge de soixante-dix-neuf ans.

    Né à Saint-Servan, au diocèse de Rennes, le 4 septembre 1851, Francis-Stanislas-Marie Bosquet, ses études terminées, était entré au Grand Séminaire de Rennes. On approchait alors des tristes jours de l’année terrible ; en 1870, le jeune séminariste touchait à ses vingt ans. Les revers de nos armées excitèrent dans son âme le désir de servir la patrie en danger. Il consulta le Supérieur du Séminaire, qui le laissa libre de sa décision. Il quitta donc le Séminaire, mais avant qu’il eût eu le temps de contracter un engagement, l’armistice était signé. Notre séminariste se remit de tout cœur, à ses études théologiques, qu’il alla terminer au Séminaire de Saint-Sulpice.

    Ordonné prêtre en 1876, il fut nommé vicaire dans son diocèse d’origine. Après un an ou deux de vicariat, il fut admis au Séminaire des Missions-Etrangères de Paris et, son année de probation terminée, il reçut sa destination pour la Mission de Pondichéry. Il débarqua dans l’Inde en septembre 1879.

    L’Inde sortait alors, mais à peine, de cette époque que l’on appelle encore aujourd’hui la grande famine, époque d’évangélisation fructueuse, à laquelle remonte la fondation des districts de nouveaux chrétiens dans les Nord et Sud  Arcot. Sur la fin de 1879, le grand mou-vement de conversions s’était un peu ralenti ; le missionnaire, absorbé les trois dernières années par des nécessités de toute sorte, se voyait devant une tâche immense : il fallait repren­dre, pour l’organiser et pour l’instruire à fond, cette masse de néophytes venus au mission-naire durant les mauvais jours. Aussi le grand missionnaire que fut M. Darras, l’apôtre du North-Arcot, demandait-il du renfort à grands cris. On lui envoya le jeune M. Bosquet. L’accueil fut cordial, certes : l’ardent missionnaire était heureux de recevoir ce jeune confrère qui allait être, pensait-il, son bras droit, et le nouveau venu, de son côté, était heureux de consacrer toutes ses forces à cette belle œuvre d’évangélisation. M. Darras était un ascète, un pénitent, un homme doué d’une activité extraordinaire et incapable de rester longtemps à la même place ; M. Bosquet, d’autre part, était d’une délicatesse et d’une réserve qui touchaient à la timidité. Après huit jours passés ensemble, M. Darras partait en randonnée apostolique, laissant son vicaire, qui ne savait pas la langue, avec un catéchiste absolument incapable de comprendre un seul mot, soit de français soit d’anglais ! M. Bosquet, à tort ou à raison, trouva la situation bizarre, et en écrivit à Mgr Laouënan, tout en lui demandant… un autre poste. Il ne devait pas être le seul vicaire à quitter ainsi M. Darras après quelques semaines : ces héros de l’apostolat n’ont-ils pas le tort de juger parfois tout le monde à leur taille ?

    De Chetput, M. Bosquet fut transféré à Salem comme vicaire de M. Bertho, aujourd’hui notre doyen, magnifique vieillard de quatre-vingt-cinq ans, qui se repose d’une vie apostolique bien remplie en notre Sanatorium de Saint-Théodore. Là, M. Bosquet se trouva dans son élément, si bien que, M. Bertho ayant été transféré à un autre poste, ce fut lui qui devint titulaire de Salem. Salem est une grande ville, chef-lieu d’un collectorat ou district civil. Le nouveau pasteur avait l’avantage, appréciable pour un missionnaire de l’Inde, de par-ler l’anglais couramment ; aussi fut-il nommé conseiller municipal de la ville. Ce titre lui donnait une certaine influence ; il en profita, tout en soignant la chose publique, pour amnéliorer le sort de ses chrétiens.

    Quelques années plus tard, M. Bosquet était en charge du district de Tiroupatour. Là il trouva une situation délicate et difficile, laissée par son prédécesseur ; il sut manœuvrer avec sagesse et arranger toutes choses au mieux des intérêts de tous. Dans l’administration de ses chrétiens, bien que très doux de tempérament, il ne manquait pas d’énergie. Il ne craignait d’ailleurs ni la fatigue, ni le travail, ni le régime alimentaire de la brousse. Vers 1904, la maladie le contraignit à rentrer en France. Il faillit ne pas revenir, dans l’Inde, car une pneumonie double le mit subitement à deux doigts de la mort ; iltriompha cependant du mal et, dès qu’il se crut suffisamment guéri, il revint dans sa chère Mission.

    M. Bosquet approchait de sa soixantième année, quand une affection cardiaque vint l’abattre : il lui fallut renoncer à la vie active du missionnaire, voire à tout effort physique tant soit peu pénible. Il demanda à se retirer à Pondichéry, ce qui lui fut accordé : il y restera les vingt dernières années de sa vie.

    La retraite de notre confrère n’était pourtant pas absolue : il s’adonna, autant que ses forces le lui permettaient, aux fonctions de directeur des Sœurs de Saint-Louis de Gonzague, puis des Carmélites, et de confesseur de la communauté du Saint-Cœur de Marie: il se mit grandement estimer de toutes ces Sœurs indigènes. Il était vraiment pour elles comme un père plein de condescendance. Les chrétiens de la ville, eux aussi, aimaient à recourir à son ministère ; les malades affluaient chez lui pour obtenir sa bénédiction ; la veille des fêtes, il passait des heures au confessionnal. Mais avec l’âge survint une infirmité peu compatible avec le ministère de la confession, la surdité, qui lui défendit d’entendre les pénitents à l’église. D’un autre côté, les fortes chaleurs l’éprouvaient beaucoup et chaque année il lui fallait aller chercher à  l’hôpital Saint-Marthe de Bangalore un climat plus supportable. La fraîcheur de l’air, les soins du médecin, les attentions des bonnes Sœurs, le remettaient sur pied, et deux mois après, M. Bosquet nous revenait, rajeuni et souriant.

    À partir de 1928, on s’aperçut que ce beau vieillard baissait, le souffle n’était plus normal, les jambes fléchissaient. Depuis deux ou trois ans, il avait été, sur sa demande, déchargé de toute responsabilité ; il continuait pourtant à dire sa messe chaque matin, et à donner la bénédiction du Saint-Sacrement au Carmel ; il était heureux de se retrouver tous les jours dans cette chapelle, où tout respire le calme, la douceur, la dévotion. A la Mission, au milieu des confrères, il passait inaperçu, écoutait, prenant rarement la parole ; mais en petit comité, avec ses familiers, il s’ouvrait, s’ani­mait, et parlait volontiers « du bon vieux temps ».

    Sur la fin d’avril de cette année 1930, M. Bosquet n’osa pas aller à Bangalore : un mal d’estomac l’avait par trop affaibli, il voulait reprendre des forces avant de risquer le voyage. Le mal n’était pas grave ; il en fut pourtant très affecté. Nul doute que, durant les cinq semaines qu’il fut obligé de garder la chambre, il n’ait souvent songé que la mort approchait et ne se soit préparé au grand passage. Ce bon serviteur de Dieu était prêt assurément à rendre ses comptes au divin Maître : la vie, toute de piété et de régularité, qu’il menait à la Mission depuis vingt ans, l’exemple de toutes les vertus sacerdotales qu’il donnait à ses confrères, les bons conseils qu’ils trouvaient toujours près de lui : tout cela n’est-il pas la meilleure des préparations ?

    Soudain, dans la nuit du 28 mai, notre cher malade fut frappé d’une attaque d’hémiplégie. Vu le grand âge et la faiblesse du malade, tout espoir de guérison était perdu. Il reçut les derniers sacrements le 30 mai, et s’endormit pieusement dans le Seigneur le 2 juin 1930, après 50 années d’apostolat.

     

     

    • Numéro : 1400
    • Pays : Inde
    • Année : 1879