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Pierre BORIE (1820-1891)

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    N’ayant encore reçu aucune notice sur les travaux apostoliques de notre regretté confrère, dans la mission de Malacca, nous nous con­tentons de reproduire l’article suivant du Conciliateur de la Corrèze :

    Aujourd’hui nous avons le regret d’apprendre la mort d’un homme dont le ciel, il est vrai, s’emparait depuis bien des années. Après une longue et cruelle maladie contractée au service de la foi, M. l’abbé Dumoulin Borie s’est doucement endormi dans la paix du Seigneur à l’âge de 71 ans.

    Dumoulin-Pierre-Henri Borie était né au Moulin de Cors le 1er janvier 1820. C’était le treizième enfant d’Augustin Borie, ancien capitaine des aérostiers de Meudon, et de Rose Labrunie ; un de ses frères, le troisième, lui servit de parrain. Cette tutelle spirituelle, le filleul la garda jusqu’à la fin de ses jours. Car selon l’exemple de saint Dumoulin Borie, l’évêque martyr, il devint successive­ment prêtre, missionnaire et victime glorieuse de l’apostolat.

    Comme lui il fut préparé de longue main au sacerdoce, d’abord, au presbytère de Sionnac par leur vénérable oncle l’abbé Borie, ancien détenu en 91, ancien émigré en Espagne, puis aux séminaires de Servières, de Tulle et des Missions Étrangères. Comme lui une dispense d’âge lui accorda la prêtrise et il courut aussitôt montrer la croix aux infidèles de l’Extrême-Orient. Ordonné prêtre à Paris à vingt-trois ans, aussitôt après Dumoulin-Pierre Borie s’embarquait pour Singapour et la Malaisie.

    Arrivé là, il fut envoyé pour relever avec le P. Dacotey, la chré­tienté de l’île siamoise de Jonselang, puis en 1846, sur sa demande, il entreprit l’évangélisation des sauvages aborigènes de la presqu’île de Malacca.

    Après de nombreuses explorations dans les montagnes et en par­ticulier au Mont Ophir, il put décider les sauvages errants à s’établir d’une façon permanente dans des territoires concédés par la compa­gnie des Indes. C’est ainsi qu’il fonda au milieu d’eux le premier poste de mission à Doussoun Maria, la bourgade de Marie.

    La maladie contractée dans cette contrée malsaine le força d’in­terrompre, après trois ans, l’œuvre commencée ; il rentra en France où, bientôt remis, il ne séjourna guère. Revenu en Malaisie, il n’aban­donna la mission qu’au bout d’un quart de siècle.

    Le second poste qu’il fonda chez les sauvages fut Maria Pindah, se faisant comme à Dousson Maria, agriculteur, créant des champs, des plantations, ingénieur, ouvrant des routes, établissant des travaux d’art, architecte, bâtissant villages et églises.

    Il conservait là-bas le souvenir du Limousin. C’est en l’honneur de son cher pays natal qu’il établit dans un gigantesque châtaigner, notre arbre national, le clocher de Maria Pindah.

    Le missionnaire devint aussi médecin et il conjura toute une épidémie de petite vérole, instituteur et il fonda de nombreuses écoles, savant et ses excursions dans l’intérieur des terres lui permirent de relever de précieuses notes d’observation, les matériaux de grands ouvrages qu’il projetait sur l’histoire, l’ethnogénie, la linguistique et la géographie de la presqu’île malaise.

    Une facilité d’assimilation et une mémoire qui tenait du prodige, l’aidaient extraordinairement. Un fait le prouvera. Récemment à Cors, un auditeur lui rappelait son premier sermon qu’il avait prononcé à  Beynat. Il le débita tout entier d’un bout à l’autre après cinquante ans environ ! Le texte était emprunté au Cantique des cantiques.

    En 1870, il était rentré en France, atteint par une grave maladie ; cependant il se rétablit de nouveau, mais point assez pour repartir malgré ses désirs. Il demanda alors à Mgr l’évêque de Tulle le plus petit poste du diocèse qui serait vacant pour y consacrer le reste de sa santé. C’est alors qu’il fut nommé curé de Chartrier-Ferrières en 72, puis de Saint-Julien-Maumont. Il se rapprochait de chez lui et à cette dernière cure, se trouvait au milieu de sa famille. Il eut dans ces paroisses la consolation de diriger par ses récits seuls, des âmes vers les missions étrangères.

    Miné par le mal, il fut même obligé d’abandonner tout service paroissial en 1880 et habita le Moulin de Cors où une chapelle domes­tique attend la béatification de son frère le martyr pour lui être consacrée.

    L’abbé Borie n’avait point cessé de travailler.

    Deux œuvres très importantes émanèrent de sa plume. D’abord il avait écrit de Malaisie de nombreuses lettres dans les Annales de la propagation de la Foi. Il donna, en 1886 chez Mazeyrie à Tulle, un volume, illustré par l’habile crayon de son neveu le lieutenant colonel Borie, intitulé : « La presqu’île de Malacca, les Malais et les sauvages », daté de Cors le 24 novembre 1885. L’an dernier une réédition a été faite, revue et corrigée avec soin, et considérablement augmentée surtout quant aux détails personnels que dans son humilité il avait laissés dans l’ombre et qu’il a dû ajouter par ordre formel de son évêque et de ses confrères.

    Mais son ouvrage le plus important est resté malheureusement inédit. C’est un énorme dictionnaire, en plusieurs volumes, intitulé Dictionnaire théorique et pratique de la langue malaise, composé sur le dictionnaire malais-anglais de W. Marsden, augmenté d’une partie théologique, historique, géographique, biographique, mythologique et nautique et disposé de façon à pouvoir servir de dictionnaire malais-français et français-malais avec adaptation aux mots anglais et portugais.

    Ce dictionnaire est accompagné d’une grammaire et d’appendices ou éclaircissements de toute nature scientifique. Une carte magis­trale de la presqu’île malaise pourra y être jointe pour l’intelligence du texte. La Société des Missions-Étrangères ne laissera certainement pas sans être publié un tel monument qui sera comme le piédestal de savant élevé à la gloire de notre compatriote.

    Et certes ce ne sera que justice rendue à ses éclatants services que rehausse maintenant la modestie extrême qui les a entourés.

    D’un tempérament vif et même fougueux, il s’était tellement dompté par vertu chrétienne qu’il s’était créé une seconde nature toute de bonté, de douceur et de charité. Il se faisait adorer.

    À Chartrier-Ferrières, à la faveur de la nuit, il fut obligé de se dérober à ses paroissiens qui voulaient le retenir de force au milieu d’eux. Son bonheur était de se soumettre à la discipline la plus rigou­reuse et aux ordres de ses supérieurs.

    C’était le seul modérateur de son zèle apostolique.

    Quinze cents personnes au moins ont pu juger ce zèle qui l’animait par le sermon ardent prononcé par lui en 1884 à  l’inauguration de la vierge de Roche de Vic. Naguère encore se sentant mieux, il parlait de repartir pour les pays infidèles. Hélas ! le mieux était factice, l’abbé Borie s’était définitivement retiré au sanatorium de Saint-Raphaël (près Montauban) de la Société des Missions Étrangères.

    Après de longues souffrances, samedi 30 mai, il sentit sa fin appro­cher, il demanda les sacrements et dimanche, fête du Saint-Sacre­ment, Fête-Dieu, après l’extrême-onction, il expirait doucement sans agonie au milieu de ses confrères, en les bénissant le sourire angélique aux lèvres.

    Ses obsèques ont eu lieu lundi avec grande pompe à Saint-Ra­phaël.

    M. le lieutenant-colonel Borie, son neveu, représentait la famille Borie.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 510
    • Pays : Malaisie France
    • Année : 1846