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Hippolyte BOREY (1850-1934)

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    Après de fortes et brillantes études secondaires au séminaire de Luxeuil et une année de philosophie au séminaire de Besançon, Hippolyte Borey fut admis au Séminaire des Missions-Étrangères. Ses études terminées, il reçut sa destination pour Pondichéry où il débarqua en 1875. Après un court séjour au Collège colonial, il fut envoyé à Vadugerpatti pour apprendre le tamoul, sous la direction de M. Faure. C’est là qu’il fit ses premières armes.

     

    Dans le sud de l’Inde surtout, en 1877, sévit une terrible famine, causée par la sécheresse. Ce fut alors que dans le nord de notre Mission, un grand mouvement de conversions se produisit, allant s’accentuant à mesure que la faim se faisait sentir plus pressante. Or, à cette époque, M. Fourcade évangélisait la région d’Alladhy où des villages environnants arrivaient beaucoup de catéchumènes. Aussi comprit-il bien vite qu’il ne serait bientôt plus maître de la situation et qu’il n’aurait plus bien en main tant de nouveaux convertis dispersés dans de si nombreux villages : c’est pourquoi il résolut de fonder un district à Tindivanam, petite ville, chef-lieu d’un sous-Collectorat, sur la ligne du chemin de fer de Madras à Trichinopoly. A cet  effet, il demanda un aide à Mgr Laoënan. M. Borey, déjà initié à la vie apostolique par M. Faure, fut envoyé pour porter secours à M. Fourcade. Celui-ci, jeune, doué d’une forte santé, d’un caractère vif et ardent, était certainement l’homme de la situation. Sous des dehors paisibles et calmes, M. Fourcade était un homme de prompte résolution. Aussi curé et vicaire ne resteront pas longtemps ensemble. Le temps de se voir, de se communiquer leurs impressions, et en route pour Tindivanam. A son vicaire, le curé avait communiqué ses directives. L’heure était à l’action. Arrivés à Tindivanam, ils descendaient de cheval devant la maison de M. Dick, un Anglo-Indien catholique. « C’est là, M. Borey, lui dit-il, que vous habiterez en attendant des temps meilleurs, une église et un presbytère à vous ; pour le moment, allez au plus pressé, aux âmes » ; et M. Fourcade d’enfourcher sa monture et de reprendre la direction d’Alladhy. En fait d’installation, c’était plutôt sommaire, mais apostolique. Si hospitalier que fût M. Dick, M. Borey s’aperçut bien vite qu’il n’avait pas la liberté de ses mouvements. Aussi ne tarda-t-il pas à se mettre en quête d’un terrain. Il en trouva un, au nord de la ville, et quel terrain ! aride, désolé, où rien ne poussait, pas un arbre pour donner le moindre ombrage ; se contenter de ce que l’on a un principe de la vie apostolique. M. Borey n’hésite pas. Devenu maître du terrain, il bâtit une hutte en torchis avec toit en feuilles de cocotier. Ce fut le presbytère. Il construisit à côté une église servant en même temps de salle de réunion, et de dortoir pour la nuit. Le catéchuménat était ouvert. Plus tard, M. Fleury acheta un autre terrain ; des constructions provisoires de M. Borey, il ne reste plus rien. Que de fois, dit le successeur de M. Borey, je me suis arrêté silencieux et méditatif devant ce désertique berceau de Tindivanam et me suis dit à moi-même : « Quels apôtres étaient mes devanciers ! »

     

    Avec un régime peu confortable et se dépensant sans compter, M. Borey ne pouvait tenir longtemps. Il tomba malade et une mauvaise fièvre mit ses jours en péril. Ses supérieurs jugèrent qu’un retour en France lui était nécessaire. Il partit donc, et son absence dura dix ans. Il  prit du ministère dans son diocèse d’origine et, ayant recouvré une santé suffisante, il s’arracha de nouveau aux joies de la famille, peut-être aussi à celles d’une paroisse où il avait rencontré tant de sympathies pour retourner à son poste. De retour dans sa Mission, il fut renvoyé à Tindivanam et M. Fleury fut nommé supérieur du petit séminaire de Pondichéry. M. Borey trouva son ancien district dans un grand désarroi pour des causes indépendantes de son prédécesseur. Il s’aperçut bien vite que tout péchait par la base, qu’il ne suffit pas de replâtrer une fissure dans le mur quand les fondations sont mal faites. Il reprit à pied d’œuvre l’instruction de ses nouveaux chrétiens. Tous, petits et grands, y passaient à leur tour, village par village. Avec une ardeur naturelle, le zélé missionnaire se donnait de tout cœur à la tâche. Il rencontra bien des difficultés de la part de quelques mauvaises têtes, mais sa patience et des secours matériels finirent par avoir raison des récalcitrants.

     

    Pensant à l’avenir, M. Borey voulut fonder une école de filles qui fut confiée aux Religieuses du Bon Secours. L’essai, hélas, ne réussit pas, et ce ne fut pas une des moindres douleurs qui assombrît l’âme de l’ardent missionnaire. Il bâtit une chapelle à Peramandai, gros village de 500 nouveaux chrétiens. Bien d’autres projets roulaient dans son âme d’apôtre, et dont la réalisation s’imposait dans un bref délai, quand en 1895, il fut nommé Principal du Collège colonial. A cette époque, notre Confrère avait 45 ans : esprit cultivé, ami de la littérature et des belles lettres et sachant faire observer la discipline aux élèves, il était bien à sa place.

     

    Quatre ans plus tard, en 1899, le Collège colonial est laïcisé et M. Borey est nommé à la paroisse de Notre-Dame des Anges. Les dix ans passés en France l’ont habitué au ministère paroissial. Sa grande facilité d’élocution fait de lui un orateur apprécié. Ce ne sont plus les randonnées à cheval à travers les rizières, sentiers, broussailles comme à Tindivanam , mais il exercera son zèle sous une autre forme. La population de la paroisse est hétérogène, composée d’éléments purement européens et de créoles ; parmi eux il y a des mécréants, des indifférents, mais le dévoué curé se fera tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ ; il donnera souvent des retraites paroissiales, appellera des prédicateurs extraordinaires, s’efforcera de donner aux cérémonies du culte, les jours de fête, la plus grande solennité possible et,  il aura à cœur  l’embellissement de son église. C’est là qu’il travailla pendant 26 ans, aussi longtemps que ses forces le lui permirent.

     

    Son grand âge escorté de nombreuses infirmités obligèrent son supérieur à confier la paroisse aux mains expérimentées de M. Paillot qui avait été le compagnon de labeur de M. Borey . Celui-ci se décida à prendre sa retraite, et passa d’abord quelques années avec M. Capelle à Balmadies.  Ensuite, il se retira au Sanatorium Saint-Théodore ; et  là, sentant ses forces revenir et avec elles le désir de travailler encore, il accepta d’être l’aumônier des Sœurs Franciscaines à Kotagiri. A l’âge de 77 ans, il reprit sa plume pour écrire les instructions qu’il faisait aux Religieuses, se remit au confessionnal et à l’enseignement du catéchisme tamoul aux orphelines indiennes dont les Sœurs avaient la charge.  En 1931, une attaque de paralysie mit ses jours en danger. Il reçut les derniers sacrements et dut rentrer au Sanatorium où il passa la plus grande partie de son temps dans la prière et la méditation devant le Saint-Sacrement. Le 3 octobre 1934, il rendait son âme à Dieu.

     

     

    • Numéro : 1256
    • Pays : Inde
    • Année : 1875