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Pierre BONVENT (1883-1964)

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    Joseph BONVENT est né le 3 janvier 1883 à Saint-Just-d’Avray, dans le département du Rhône. Il fut admis au séminaire des Missions Etrangères le 14 septembre 1903. Ordonné prêtre le 29 juin 1907, il fut affecté au Siam et s’embarqua le 13 août 1907.

     

    Mgr VEY, alors vicaire apostolique de Siam, l’envoya apprendre les langues vietnamienne et siamoise à Chanthaboon, et le confia au P. PEYRICAL, alors curé de cette ville où se trouvait une importante population vietnamienne de 4.000 âmes, émigrée de la basse Cochinchine, et presque entièrement catholique. Le jeune Père n’arriva jamais à maîtriser parfaitement les deux langues ; il en savait cependant assez pour assurer les catéchismes, les confessions et la prédication. Mais cette lacune fut peut-être la cause d’un certain complexe qui devait, avec le temps, conduire à une sorte d’agoraphobie, lui interdire un jour tout ministère et l’obliger à regagner la France.

     

    Mais la France il la regagna d’abord pour une tout autre cause ; en 1914 il fut mobilisé et fit la guerre pendant quatre ans. A son retour, il retrouva à Chanthaboon ses confrères, les PP. PEYRICAL, FAIVRE, CARTON et CALENGE, dont l’exemple et les conseils portaient tout naturellement à une piété solide mais raisonnable. Le P. BONVENT, étant le benjamin des vicaires, parlait peu par réserve et timidité ; c’était vraiment un silencieux et un méditatif. Dans cette paisible atmosphère, le Père aurait dû s’épanouir et fortifier sa vocation missionnaire. Sincèrement, il prit en ascète, et peut-être trop strictement à la lettre, cet aphorisme : le prêtre est un autre Christ ; cette parole le remplissait trop de confusion et de crainte. De plus, la nourriture quotidienne peu variée, un climat fort débilitant, de longues chevauchées ou randonnées vers les petits postes chrétiens, les fièvres intermittentes, furent des raisons déterminantes pour anémier physiquement et mentalement le sympathique P. BONVENT. Il quitta Bangkok en 1922, sans espoir de retour, mais laissa au Siam un souvenir très fidèle.

     

    Rentré en France, il fut envoyé se reposer à Dormans, où se construisait la chapelle des victoires de la Marne. En 1922, les Pères des Missions Etrangères assuraient le service de l’œuvre en formation, et leur supérieur était le P. ROULAND, frère spirituel de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; c’est lui qui accueillit fraternellement le P. BONVENT.

     

    Celui-ci ne put rester inactif bien longtemps. Il rendit quelques services aux environs et en 1927, Mgr TISSIER le nomma curé de Vincelles. Résidant parmi ses paroissiens, pas exigeant pour son confort personnel, très attentif à la vie des gens, il s’efforçait de découvrir en eux « à défaut des pratiques religieuses, du moins les dispositions chrétiennes par lesquelles, tout de même, Dieu est accueilli et travaille les âmes ». Dans l’entre-deux guerres, presque chaque année vers juillet, il partait à bicyclette, musette en bandoulière, revoir les secteurs du front de Champagne. Il passait la nuit à l’abri d’un bois, se souvenant et priant.

     

    En 1936, il fut nommé curé de Verneuil. S’il devait constamment compter, surtout l’hiver, avec la bronchite, la laryngite, les rhumatismes, les mauvaises nuits sans sommeil, là n’était pas son épreuve principale. A partir de 1949 son souci, sa croix fut la surdité grandissante ; il craignait d’être réduit à une inaction trop hâtive. Curé d’un secteur où la pratique religieuse était rare, où régnait une indifférence spirituelle assez générale, il se sentait chargé de montrer un visage aimable de prêtre de Jésus-Christ, de manifester l’existence d’un Dieu proche des hommes par la bonté, la disponibilité, le dévouement de son représentant.

     

    Cependant sa santé ne cessait de se délabrer et en 1954 il reçut avec sérénité l’Extrême-Onction. Quand il commença à se remettre, il fut emmené en voiture à Beaugrand, tout près de son pays natal dont l’air et les montagnes lui firent le plus grand bien. Il était confus des attentions dont il était l’objet alors que tant de ses confrères d’Extrême-Orient entraient dans une ère de terrible persécution.

     

    Quand il revint à Verneuil, il apparut nécessaire de le soulager d’un ministère trop lourd pour ses forces. Il accepta le poste plus léger de Villers-en-Argonne ; il devait y trouver un presbytère provisoire et une église grande sinistrée de guerre dont les Beaux Arts allaient seulement entreprendre la reconstruction... Il suivit attentivement les lentes étapes de la résurrection de sa très belle église ; mais surtout il s’appliqua à connaître ses nouveaux paroissiens si différents des précédents, à les comprendre, à les aimer. On admirait son humilité, sa piété, sa résignation, son courage dans la souffrance physique ; « il se représentait comme un être plutôt à charge qui ne mérite que l’oubli, en attendant que le Bon Maître veuille bien le recueillir ».

     

    Au lendemain de l’achèvement de la reconstruction de Villers-en-Argonne, le 13 novembre 1962, le moment vint du départ définitif du bon curé, vaincu enfin par la gravité de ses infirmités, conscient d’accomplir un suprême devoir pastoral en laissant à un confrère plus jeune la charge de ses paroissiens. Il entra dans la maison Saint-Joseph d’Epernay, qu’il nommait avec reconnaissance l’ « Oasis ». En pénétrant dans cette maison, « je dois avouer que l’abandon du ministère et de la vie active m’a coûté plus que les fatigues les plus dures subies précédemment ; l’acceptation m’a demandé plus d’efforts que la réalisation de gros travaux manuels ou administratifs. Mais je suis en possession d’une joie nouvelle ; je m’exerce à pratiquer une vie plus intime avec Notre Seigneur, principalement par l’étude de ses Evangiles. Et le chapelet glisse plus souvent entre mes doigts ».

     

    Jusqu’au dernier moment, il resta fidèle à sa chère société des Missions Etrangères. Il fallait voir avec quelle ferveur il en parlait ; il vivait par la pensée et la prière avec elle et surtout avec sa chère Mission du Siam. Une anecdote recueillie lors de son jubilé sacerdotal est un témoignage frappant de son attachement à l’esprit de sa société. Pour tous les services rendus au diocèse, Mgr PIERARD, évêque de Châlons, aurait été heureux de le nommer chapelain épiscopal. Le Père refusa fermement : « Il n’est pas dans nos habitudes à nous missionnaires d’accepter des honneurs ».

     

    Le P. BONVENT est mort le 23 mars 1964. Il avait de l’angine de poitrine et une bronchite chronique lui fatiguait beaucoup le cœur. On l’a trouvé mort dans son fauteuil. C’est au cimetière de Dormans qu’il a voulu reposer, auprès du P. ROULLAND, exprimant ainsi un même attachement à sa famille spirituelle et à son diocèse d’adoption. La cérémonie des obsèques fut présidée par l’évêque de Châlons, qui prononça l’éloge funèbre ; la société y fut représentée par les PP. CUSSAC et RENOU.

     

     

     

    • Numéro : 2966
    • Pays : Thaïlande France
    • Année : 1907