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Antoine BONNET (1869-1927)

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    M. Antoine Bonnet naquit à Brignon (Haute-Loire) le 1er juin 1869, d’une famille honorable et profondément chrétienne, une de ces familles où le sacerdoce est un honneur que l’on se transmet de génération en génération comme un legs sacré. Sans remonter bien haut, nous trouvons un grand-oncle du défunt chanoine de la cathédrale du Puy. Aux jours terribles de la Révolution, son arrière grand-père remplissait quelque fonction publique dans la commune ; ce fut pour lui l’occasion d’être utile à la cause religieuse : le souvenir de cette demeure qui plusieurs fois abrita les prêtres traqués par les pour­voyeurs de la guillotine, s’est perpétué jusqu’à nos jours. Est-il étonnant que la Providence ait choisi dans cette famille un vaillant mis­sionnaire ?

    Le jeune Antoine Bonnet présenta de bonne heure des marques de vocation sacerdotale, qui furent cultivées avec soin par l’abbé Mathieu, alors vicaire de la paroisse. Tempérament vivant, caractère éveillé, étourdi même à l’occasion, tout cela aurait pu égarer un esprit moins  clairvoyant ; le vicaire distingua bien vite les richesses de cœur, la piété de l’âme de cet enfant, il fit de lui son petit clerc. Quelque peu gâté par la maman, Antoine grandit avec ses qualités et ses défauts.

    A cette époque, toutes les familles aisées du pays mettaient leurs enfants à « La Chartreuse ». Les écoliers se liaient d’amitié, et au cours des vacances, se retrouvaient presque constamment soit à la paroisse, soit dans la famille Bonnet qui était au bourg. Durant ces années d’études, le jeune Antoine se fit remarquer par son application au travail, son obéissance, sa piété. Sa pensée dominante, il le dira plus tard, était la pensée d’être misssionnaire ; il n’en parla à personne, pas même à son directeur ; seul il prit sa décision de partir pour les Missions-Etrangères de Paris. Un beau jour donc, la famille se trouvant à l’église, il prépare son baluchon, emprunte un billet de cent francs au portefeuille paternel, et prend la route du Puy, non sans avoir écrit « Adieu » sur un carreau de vitre couvert de givre ! Son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes l’emportait au Séminaire de la rue du Bac après l’avoir arraché à sa famille d’une manière si peu ordinaire. Ce même zèle, de la rue du Bac, le conduira en Birmanie, et l’y retiendra plus de trente ans.

    Quel est le jeune Missionnaire qui n’a eu l’ambition, tout en développant et en étendant les postes fondés par ses devanciers, d’en fonder lui-même un nouveau ? Les peines et les privations que cette sainte ardeur coûta à M. Bonnet, personne ne les saura ; pour lui c’était là chose naturelle et qui va de soi, jamais il ne s’en prévalut le moins du monde ; ce qui caractérisa son zèle, ce fut, avec la persévérance et la gaieté retenue et discrète, une simplicité qui trouve tout naturel. Ses confrères de Birmanie savent bien qu’il quitta tout bonnement une résidence confortablement située dans la ville de Twanté, pour s’établir à trente kilomètres plus loin en pleine brousse ; pauvre hutte et maigre pitance y furent son partage de longues années.

    Dénué de ressources, élabli près de Carians incapables de l’aider, trop timide pour faire appel à la générosité d’autrui, il eut à surmonter des difficultés bien capables de décourager un missionnaire de tempérament moins heureux. En Birmanie, un poste n’est fondé que lorsqu’une école de garçons et une école de filles sont créées. Ces écoles, destinées avant tout aux orphelins, ne tardent pas à se remplir, et la dispensation de la doctrine ne va pas sans être accompagnée du riz quotidien. Dès lors, on conçoit les soucis de notre confrère chargé de plus de soixante-dix personnes ! mais il n’y paraissait rien ; des trésors de bonté, la Providence aidant, vinrent à bout de cette grosse dif­ficulté.

    Une large part de cette bonté allait à ses confrères. De quelque côté qu’on abordât Nyaunggon, les communications n’étaient guère commodes ; on n’y allait sûrement pas pour le plaisir du voyage. C’était une toute autre attraction qui encourageait le visiteur. De toutes les attentions qu’on vous réservait et dont on vous comblait dès votre arrivée à l’ermitage, l’accueil si avenant du Père était certainement la plus engageante. Aussi n’était-il pas de ces parents qu’on ne tient pas à reconnaître ; nous voulions tous être de sa famille, et les jeunes en particulier ne le connaissaient guère que sous le nom de « Tonton ».

    Avec les années vinrent aussi les infirmités. Terrassé par le climat de la Birmanie, il ira une première fois demander au pays natal, de lui rendre sa belle santé. Tout le temps qu’il passe en France est employé à préparer son retour dans sa Mission ; au bout de queques mois, il ne peut résister au désir de rejoindre son chez soi : quelle joie de se retrouver au milieu de ses enfants de la brousse ! des malles bien garnies sont là pour témoigner qu’il ne les a pas oubliés.

    Le diabète est une maladie tenace, un traitement de quelques mois n’a pu procurer qu’une amélioration passagère. Quelque temps après son retour à Nyaunggon, les symptômes du mal reparaissent très vite, suivis de près d’accès violents et fréquents. De 1914 à 1924, c’est la souffrance sans répit : une soif ardente, les pieds brûlants, les épaules affaissées. Pendant toute cette période, M. Bonnet fait preuve d’une endurance peu commune. Aux confrères qui lui parlent d’un nouveau retour en France, il montre un petit coin du cimetière, le sien, pense-t-il. Mais des complications survenant, une opération chirurgicale s’impose : il faut repartir. Il avait tant peiné et tant espéré finir son église pour offrir à Notre-Seigneur une demeure digne de Lui, que cette pensée ne le quitta plus ! Cette préoccupation n’était un secret pour personne, mais sa digne cousine, Mlle Habougit, pourrait seule nous dire ses regrets d’être obligé de retarder l’achèvement de l’entreprise. La généreuse hospitalité et les soins les plus dévoués qu’elle lui prodiguait, un état de santé loin de la perfection, même après l’opération, rien ne put le retenir : le pays natal lui avait donné tout ce qu’il pouvait lui donner, un adoucissement à ses douleurs, mais non la guérison, car elle était impossible ; dès lors souffrir pour souffrir, il valait mieux que ce fût là où il pouvait encore fournir quelque travail : il nous revint à Rangoon, toujours courageux et de bonne volonté, mais nous constatâmes vite que ses forces n’étaient plus, tant s’en fallait, à la hauteur de son courage ; lui seul se faisait illusion sur son propre compte, mais quelques mois après, il fut forcé de se rendre à l’évidence. Il était revenu avec l’idée tenace de finir son église, la Providence en jugeait autrement, et voulait couronner cette vie d’apôtre par un grand sacrifice : le retour en France, sans l’espoir de revoir jamais la chère Birmanie…..

    Nous l’avons vu partir les larmes aux yeux ; et nous, nous ne pouvions nous empêcher d’admirer son attachement si profond pour son poste, pour ses chrétiens : pour nous, exemple inoubliable, et pour lui, couronnement dans le sacrifice d’une vie toute de charité.

    Aux témoins de sa dernière maladie, à tous ceux qui l’approchaient, il  répétait : « Je ne dois pas mourir ici, je dois être enterré dans un cimetière, au milieu de mes enfants », ou encore : « Faites savoir à mes confrères de là-bas que ma pensée est pour eux. »

    M. Bonnet fut pleuré de tous : de ses confrères, de ses chrétiens, de ses compatriotes. Toute la paroisse de Brignon vint assister à ses obsèques. Nous n’oublions pas dans nos prières notre cher confrère, ni tous ceux qui par leurs soins assidus et dévoués ont adouci ses derniers moments, ni surtout cette excellente Mlle Habougit : nous lui sommes redevables de tout ce qu’elle a fait pour notre confrère, reconnaissants de l’intérêt qu’elle continue à porter à l’œuvre de son cher cousin.

    • Numéro : 1998
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1892