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Alfred BONNET (1859-1919)

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    Naquit à Saint-Eloy-les-Mines, dans le Puy-de-Dôme, le 7 août 1859. Il termina ses études théologiques au Séminaire des Missions-Étrangères où il fut ordonné prêtre en 1885 et c’est tout ce que nous savons des vingt-six premières années de sa vie.

    Il arriva au Tonkin méridional le 10 février 1886, au lendemain de l’insurrection qui y avait mis tout à feu et à sang. Les chrétiens avaient été massacrés par milliers et les chrétientés pillées et livrées aux flammes. Le spectacle qui s’offrit aux yeux du jeune missionnaire frappa très fortement son âme ardente et sensible ; personne n’aima plus vivement les chrétiens qu’il avait vu tant souffrir, et personne n’eût moins de tendresse pour les païens dont il avait constaté la cruauté.

    Aussi ne cacha-t-il pas sa joie quand, à peine débarqué, il reçut l’ordre d’aller au-devant des rebelles. Les chrétiens échappés au massacre s’étaient réfugiés en trois ou quatre centres, mais surtout à Xadoai, chef-lieu de la Mission. Il y en avait au moins vingt mille. Arriver jusque-là, tout piller et tout massacrer, c’était le principal objectif de l’ennemi. Depuis plusieurs mois, M. Klingler, avec quelques hommes, lui barrait la route, à trois, quatre lieues de la Mission. Mais les attaques devenaient de plus en plus fréquentes et intenses, M. Bonnet fut envoyé à son aide. Les défenseurs n’étaient que quatre cents, armés de mauvais fusils ou de lances, derrière une palissade qui entourait de misérables paillotes : mais ils avaient un bon chef dont l’âme indomptable se communiquait à tous. Et voici qu’un autre arrivait dont l’âme n’était pas moins ardente. De plus c’était un fort bel homme et c’est aussi quelque chose quand il s’agit d’entraîner des combattants. Presque chaque jour les rebelles se  montraient, et leurs attaques étaient toujours repoussés. Enfin ils voulurent frapper un coup décisif, et soudain ils parurent au nombre de trois ou quatre mille. Ils poussaient devant eux de grands  rouleaux de paille et d’herbe pour incendier la palissade et le poste. Tout à leurs préparatifs, ils ne s’aperçurent pas qu’on les tournait ; tout à coup, M. Klingler assaillit leurs derrières avec une poignée d’hommes, et les autres braves, conduits par M. Bonnet, les chargea avec tant d’impétuosité qu’ils se débandèrent presque aussitôt. M. Bonnet aimait à dire qu’il n’avait jamais tant ri de sa vie. Les rebelles se bousculaient comme des fous et couraient en tout sens. La Mission était sauvée.

    En juin, on envoya M. Bonnet dans le district du Dongthanh, dont il fut le premier titulaire. Il n’y passa que trois ans, mais ce fut assez pour qu’il obtint un peu de justice aux chrétiens dépouillés de tout et pour qu’il rendit leur vie normale aux chrétientés dispersées. Enfin il y détermina un mouvement de conversion très remarquable, par sa continuité, car il dure encore, et a doublé le chiffre des chrétiens de ce district, qui comprend actuellement plus de 8.000 âmes. Tout allait trop bien pour que le diable ne se mit pas de la partie. Semblable en bien des points à son maître et ami, M. Klingler, le jeune missionnaire rencontra les mêmes ennuis. On pourrait citer les noms et tous ne seraient pas annamites. Ces ennemis se démenèrent si bien, que le pauvre missionnaire se vit obligé d’abandonner un travail si bien commencé. Attaché comme il 1’était à ses chrétiens et à son œuvre, ce fut pour lui un coup terrible, auquel ne résista pas sa santé déjà très ébranlée par les fatigues et les privations. Il lui fallut un repos d’un an et demi à Hongkong et encore un an de repos dans la Mission avant de pouvoir reprendre la vie de la brousse.

    En janvier 1894, il fut nommé chef de district du Ngansau. Là encore, le cher confrère se dépensa sans mesure, et là aussi, comme partout où il a passé d’ailleurs, les chrétiens connaissant sa bonté si confiante, en abusèrent parfois. Mais cette bonté attirait à lui les âmes et elle suscita bientôt un mouvement de conversion considérable. Un village enthousiasma particulièrement le brave missionnaire : ses 12.000 habitants demandèrent tous à se faire chrétiens. L’apôtre retrouvait toute sa jeunesse ; il ne parlait plus que de Triban, il n’y avait plus que Triban au monde. Oh ! les beaux projets, les magnifiques espérances ! Hélas ! il y eut un moment où le Protectorat de la France sembla n’exister que pour les païens et il arriva ce qui devait arriver : les bonnes volontés encore peu affermies se découragèrent et le beau rêve de l’apôtre s’évanouit. Le pauvre missionnaire tomba de nouveau malade et dut retourner à Hongkong. Il revint guéri, mais les observateurs comprenaient bien que quelque chose était mort en lui. La blessure qu’il avait au cœur était de celles qui ne se ferment jamais entièrement. Son franc rire ne partait plus si spontanément et il ne se livra plus que très rarement à ces fines caricatures dont il avait le secret et qui déridaient les fronts les plus réfractaires.

    Au commencement de 1904, M. Bonnet fut chargé de la maison centrale de la Sainte-Enfance de la Mission à Ngheyen, et du district de ce nom. C’est là que s’écoulèrent les quinze dernières années de sa vie. Le calme succédait à la tempête ; mais, dans la vie du missionnaire le calme est toujours relatif. Entouré de ses pauvres orphelins, qu’il aimait comme une mère, vénéré de ses chrétiens, il était heureux. Toutefois une infirmité qu’il avait contractée avant l’âge, exigeait des soins spéciaux ; mais comme il eût fallu quitter ses orphelins et s’éloigner de ses chrétiens, il remettait de jour en jour son départ. Enfin, des crises alarmantes le décidèrent à aller à Hanoï et il entra à l’hôpital Lanessan le 20 juin 1919. Malheureusement c’était trop tard. Il s’en rendit compte et bientôt demanda lui-même à recevoir les derniers sacrements. Peu après, le malade entra dans un état de prostration dont il sortait que quand on lui adressait la parole, et le 29 juillet, à huit heures et demie du matin, sans secousse, le cher confrère s’endormit dans le Seigneur.

     

     

    • Numéro : 1688
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1885