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Hubert BOMBLED (1924-1988)

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    « Le Japon est toujours en train de chercher ailleurs. Pourquoi exception pour religion? » Cette réflexion griffonnée au revers d’un papier d’emballage et trouvée dans les papiers du P. Bombled traduit bien la conviction qu’il avait : pour répondre à l’attente des Japonais, un missionnaire ne doit pas renier sa qualité d’étranger, ni craindre d’affirmer son originalité. Tout au long de sa vie le P. Bombled a gardé cette conviction et manifesté une saine liberté vis-à-vis des conventions. Peut-être faut-il trouver là le secret de l’influence exercée par lui et l’explication de la sympathie que lui vouaient ses amis, chrétiens ou non-chrétiens, beaucoup, parmi ces derniers, le considérant sans doute comme un missionnaire parfaitement adapté à son pays d’adoption.

     

    Hubert Bombled est né dans le Nord, à Caudry, le 29 juin 1924. Plus tard, il a habité Bavay où son père dirigeait une bonneterie. Après des études à l’Institution Notre-Dame de Valenciennes, il s’est offert à travailler pour le Royaume de Dieu et il est entré au grand séminaire de Cambrai, en 1942. Ordonné prêtre le 11 juillet 1948 à Cambrai, il a passé deux années comme vicaire à Fourmies.

     

    Il connaissait bien Mgr Lemaire, originaire de la même région. Ses rencontres avec cet ancien missionnaire de Mandchourie lui ont donné l’idée de partir en mission. Mais, très attaché à sa famille, il considérait comme un grand sacrifice d’avoir à la quitter. Il fit ce sacrifice et ne le regretta pas.

     

    Le 10 octobre 1950, l’abbé Hubert Bombled se présente au séminaire des Missions Étrangères, rue du Bac, pour une année de probation. Il s’inscrit pour des études à l’Institut catholique de Paris, mais il se trouve tout de suite d’autres activités comme aumônier de divers mouvements. Les libertés qu’il prend en dehors du cadre de vie d’un aspirant bien rangé laissent perplexes les directeurs du séminaire. Néanmoins il est définitivement accepté et s’embarque pour le Japon le 25 septembre 1951 sur La Marseillaise avec un groupe de jeunes partants. Les missionnaires voyagent en deuxième classe, mais Hubert est toujours fourré chez de nouveaux amis d’autres classes. Il organise une chorale et prend sa part d’apostolat parmi les passagers. Il se livre aussi à son sport favori, la natation.

     

    Les missionnaires arrivent à Yokohama le 27 octobre et vont saluer les autorités à l’évêché. Puis ils gagnent la maison des Missions Étrangères à Yokohama et les études de langue commencent. Mais Hubert n’est pas homme à rester longtemps assis à un bureau ou à user ses genoux sur un prie-Dieu ; il entraîne ses compagnons pour des visites de la ville, des tournées dans les magasins, ou des promenades dans les environs. Après quelque temps, muni d’un vocabulaire élémentaire en japonais, il persuade ses supérieurs de lui confier la responsabilité de l’information missionnaire dans la région. Il se procure une voiture américaine d’occasion, y charge un projecteur cinématographique et un film, Les cloches de Nagasaki, qui relate la vie et la mort d’un médecin chrétien, le professeur Nagai Takaschi, et il fait le tour des paroisses pour y montrer ce film. Ces tournées permettront à un certain nombre de jeunes et d’adultes de faire la connaissance de l’Église catholique.

     

    Sans professeur qualifié, le P. Bombled apprend vaille que vaille le japonais. Il le fait surtout en conversant avec les gens. Allant toujours de l’avant, il se met à donner des cours de français, ce qu’il continuera de faire par la suite. Le dimanche, il se rend à une base de radars américaine pour y célébrer la messe.

     

    Un fait montre bien son intrépidité. En moto, il entreprend l’ascension du mont Fuji  (3778m), aidé, certes, pour porter la moto dans les passes difficiles. Toujours est-il qu’on le voit à califourchon sur sa moto au sommet de la montagne sacrée, ce qui lui vaut une certaine notoriété dans la presse locale, et une réputation de sportif qu’il gardera toute sa vie.

     

    En octobre 1953, il est nommé vicaire de la paroisse de Shimizu. Rapidement il se fraye un chemin sur des sentiers non battus : il rend visite aux pasteurs protestants et leur propose d’organiser, de concert avec eux, un Noël chrétien ouvert à tous dans une salle de la ville. La réunion a lieu avec sermon, chœurs, chant du P. Bombled. C’est un succès dont on se souviendra.

     

    En janvier 1955, le P. Bombled est chargé du poste de Yoshiwara où existent un jardin d’enfants et une simple maison, tenant lieu de presbytère, mais qui n’a pas d’église. Qu’à cela ne tienne : le curé se transforme en quêteur. Il va solliciter les Frères des Écoles chrétiennes, organise une collecte et réussit à construire une chapelle pour la modique somme d’un million de yens. Cette église, restaurée, sert encore aujourd’hui.

     

    Le Père curé fonde une chorale, une troupe de boy-scouts. Très sociable, de contact facile, il visite les familles chrétiennes, fait de nouvelles connaissances ; désireux de développer la paroisse, il songe à une desserte et achète un terrain dans la ville de Fujinomiya. Mais en 1960, il rentre en congé en France et un confrère est nommé à sa place.

     

    Ce congé durera treize mois, car le Père en profite pour quêter pour la fondation d’une nouvelle paroisse. En juin 1961, ayant réuni des fonds jugés suffisants, il est de retour au Japon et participe aux négociations pour l’achat d’un terrain à Kusanagi, sur le territoire de la paroisse de Shimizu. L’acquisition faite, les constructions commencent. Économe, le Père fait bâtir une chapelle simple et un presbytère dont le confort est rudimentaire. La bénédiction a lieu le 4 mars 1962.

     

    Les nouveaux paroissiens provenaient de différentes paroisses et ne se connaissaient pas entre eux. Pour faciliter les présentations, le curé a l’idée d’emmener tout le monde en camping. Un beau soir d’été, les chrétiens gagnent la fameuse plage de Miho, avec son pin légendaire, où ils dressent des tentes et passent la nuit. Le lendemain, messe en plein air, jeux, agapes ; l’ambiance est créée, l’esprit fraternel restera. Par la suite, les paroissiens, curé en tête, participeront à l’entretien de la paroisse : nettoyage de l’église, désherbage du jardin, travaux de peinture... Le Père fonde encore une troupe de scouts, une chorale, dirige les chants, en un mot, anime la paroisse.

     

    Mais sans doute, le poste de Kusanagi n’offrait-il qu’un champ d’activité trop restreint pour un apôtre aussi dynamique. En décembre 1969, il est nommé curé de Numazu, ancienne et importante paroisse. Il y restera 17 ans. Là, il manifeste les mêmes qualités d’organisateur et d’homme de contacts : il fonde une troupe de boy-scouts et une de girl-scouts, rencontre les protestants et organise avec eux des récitals de Christmas carols sur la place de la gare lors de la veillée de Noël, il accueille des groupes de chrétiens venus d’autres paroisses... Chargé d’un jardin d’enfants, il a des relations détendues avec les autres responsables et les professeurs. Cordial avec les parents, il sait être très accueillant pour les enfants.

     

    Entre temps, avec un ami non chrétien travaillant à radio Shizuoka, il donne des interviews et des causeries à la radio, ce qui l’oblige à étudier et à améliorer ses connaissances en japonais. Il publie des articles dans un journal local. Il édite aussi en disques, avec accompagnement musical, des paraboles de l’évangile : l’enfant prodigue, le bon samaritain...

     

    Toujours souriant et sociable, il rend visite aux familles et aux malades, reçoit les gens au presbytère. On raconte qu’un jour, un infirme s’étant présenté à la paroisse, mi par curiosité mi pour s’informer, le Père le reçut, engagea la conversation avec lui, puis l’emmena dîner au restaurant. Touché par ce geste, l’infirme se convertit au christianisme. Une autre fois, le P. Bombled se rend en Corée pour effectuer pendant un mois un service de volontaire dans une léproserie.

     

    Aimant le sport et les voyages, il se ménage aussi des moments de détente. Plusieurs fois, il entreprend de longues randonnées en moto à travers le Japon, jusqu’au Hokkaidô ou au Kyûshû. Souvent, les jours de réunion, il parcourt le trajet Numazu-Shimizu et retour, cent dix kilomètres, en bicyclette. Il pratique la natation ; et une aventure est restée gravée dans le souvenir des chrétiens. Un été, il participe à un concours organisé par un club sportif : il s’agit de faire la traversée à la nage entre l’île de Matsushima et la ville d’eaux d’Atami. Il s’élance avec le peloton des nageurs. Sur la rive opposée, on attend les concurrents. Ces derniers arrivent les uns après les autres. Mais point de nageur étranger... On ne l’aperçoit nulle part en mer et il est porté disparu. Émoi général. Un peu plus tard, on le retrouvera souriant et sans complexe. Ayant pris quelque retard, il avait abandonné la course et était allé atterrir ailleurs sans la songer à avertir les organisateurs.

     

    Ces années passées à Numazu constituent sans doute les meilleures années de sa vie missionnaire. Après commence le déclin. En avril 1981, nommé dans une paroisse de Yokohama, Isogo, il se trouve séparé de ses confrères des Missions Étrangères, éloigné de la nature, face aux exigences d’une société de grande ville. Quelle est la cause exacte des troubles qui se manifestèrent alors : diabète, atteinte au cerveau ? Personne ne le sait exactement. Toujours est-il que le P. Bombled perd la notion du temps, il a d’inquiétantes Pertes de mémoire. Informé, l’évêque lui accorde un congé en France Pour se remettre. Là il passe de nombreux examens médicaux. Extérieurement il a l’air en bonne santé, et on l’autorise à revenir au Japon. Il est nommé socius à la paroisse de Shimizu. Certes il rend volontiers service, mais il se confirme que l’on ne peut plus lui confier de responsabilités paroissiales. Après cette expérience à Shimizu (mars 1983 - mai 1984), une autre à la léproserie de Koyama (mai décembre 1984) n’est pas plus concluante. La belle vitalité que tous admiraient a disparu.

     

    Rentré en France Pour Noël 1984, il fait encore plusieurs essais de travail dans son diocèse d’origine et ailleurs, puis se retire à la maison de repos de Lauris. En février 1988, il accepte d’aller rendre service provisoirement à la cathédrale d’Alès. C’est là qu’il décède quelques jours plus tard, le 16 février. La Faculté diagnostiquera une rupture d’anévrisme.

     

    En réalité, le P. Bombled aurait bien voulu retourner au Japon où il avait laissé son cœur. Mais le Père des cieux est venu le chercher pour un pays plus merveilleux.

     

    Par sa carrure, son dynamisme, dons d’organisateur et de chanteur, par sa personnalité et ses aventures aussi, Hubert Bombled a laissé un souvenir inoubliable à ceux qui l’ont connu. De caractère enjoué, il était toujours souriant, gardant toujours son calme au milieu des activités auxquelles il se donnait sans compter. Très sociable, il recherchait la compagnie Dans les réunions de confrères, Hubert excellait à créer une ambiance amicale par ses chants et ses vivats sonores. Fidèle à la prière, il était bon pour les enfants, les malades et tous ceux qui étaient dans l’ennui. En somme, cet étranger a été un vrai messager du Christ pour les Japonais, avec son sourire et sa bonne humeur, son entregent, tout son cœur, tout son être. Et les Japonais, chrétiens ou non, l’ont bien accueilli. À travers sa chaleur humaine, ils ont perçu quelque chose de la bonté de Dieu.

     

    Un confrère a résumé en peu de mots l’essentiel de son histoire : « Il a consacré plus de trente ans de sa vie au service de l’Église du Japon ». Un autre s’est composé une image-souvenir avec cette citation et cette mention :

     

    Je chanterai le Seigneur

    toujours et partout

    29 juin 1924.

    16 février 1988

     

     

    • Numéro : 3921
    • Pays : Japon France
    • Année : 1951