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François BOIS (1845-1885)

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    M.  François Bois naquit à Moye, en Savoie, le 7 décembre 1845 ; il fit ses études au Petit Séminaire de Rumilly et entra en 1861, au Séminaire des Missions-Étrangères ; il partit pour le Su-Tchuen en 1869.  Il se mit aussitôt à l’étude de la langue, dit Mgr Pinchon, et il fit tellement de progrès, qu’en peu d’années, il parvint à la parler avec plus de facilité peut-être que sa langue maternelle.  Chargé d’abord du district de Louy-Kiang, il s’occupa activement de l’organisation des écoles et de l’évangélisation des païens. Son zèle s’exerçait sur­tout parmi les classes les plus pauvres : visiter, exhorter, aider les pauvres était une vraie joie pour lui ; il leur donnait du riz, des vête­ments, de l’argent, parfois sans trop compter.  Qu’importe, disait-il, c’est si bon de donner.

    De Louy-Kiang, M. Bois passa dans le district de Louy-Ngan, où il resta plusieurs années. Ensuite il fut envoyé dans un très vaste district, comprenant trois sous-préfectures : Che-Fang, Te-Yang et Tchong-Kiang. Il y était depuis deux ans dans la tranquillité la plus entière, lorsqu’une femme vint à mourir dans la ville de Tchong-Kiang. Les chrétiens peu nombreux dans cette ville, pensèrent que l’occasion était favorable pour augmenter leur nombre ; ils invitèrent M. Bois leur curé, à venir passer la fête de Noël au milieu d’eux. Ils espéraient par là, rendre les funérailles de cette femme plus fruc­tueuses pour la religion. M. Bois, content de rencontrer cette occa­sion de faire le bien, s’empressa d’aller à Tchong-Kiang, et y fit porter tout ce qu’il avait de plus convenable pour rehausser la solennité de la fête : Hélas, le diable, ennemi de tout bien, en profita pour troubler la paix ! Pendant la nuit, vers onze heures, tout à coup la maison mortuaire fut environnée par quelques centaines de mauvais garnements ; en un clin d’oeil, portes et fenêtres volèrent en éclats ; les ornementations de la maison, les vases sacrés, les habits et ornements, tout fut pillé. Mais c’était surtout à la vie du mission­naire qu’on en voulait ; on le cherchait partout. Les chrétiens s’empressèrent aussitôt d’ouvrir un passage sur l’arrière de la mai­son, et notre cher confrère put prendre la fuite. Quant à ce qu’il avait apporté avec lui, tout fut enlevé.

    Le bon Père vint alors à la capitale pour nous faire le récit de ses malheurs. Comme bien vous le pensez, nous nous empressâmes de lui procurer les habits, ornements et vases sacrés nécessaires. Malheureusement, dans sa fuite M. Bois avait pris froid, n’étant qu’à demi-vêtu et par une saison relativement rigoureuse ; il toussait beaucoup ; nous lui donnâmes tous les soins possibles. Après quinze jours passés avec nous, il repartit pour son district, où l’appelaient de nombreux malades ; pendant plus d’un mois, il y fut tellement occupé qu’il ne put revenir à la capitale que vers le nouvel an chinois, afin d’assister à la retraite pastorale qui se fait chaque année à cette époque. M. Bois, plein de sollicitude pour ses néophytes et peut-être pas assez pour lui-même, prenait peu de soin de sa santé. Enfin vers la mi-carême, il vint rendre visite à M. Mau­point, son confrère le plus proche. Ils passèrent quelques jours ensemble et se rendirent chez M. Bompas, curé de Sou-Kia-Ouan, à peine éloigné d’une petite journée de route.

    Dès son arrivée dans cette localité, M. Bois se sentit pris d’un froid intérieur et d’un tremblement continuel. Il n’y voyait aucun danger, non plus que ses confrères, du reste il mangeait comme à l’ordinaire, récitait son bréviaire et célébrait la sainte Messe tous les    jours ; mais le froid intérieur et le tremblement continuaient et même augmentaient ; un médecin fut appelé, exa­mina l’état du malade et refusa de lui donner des remèdes. Ce médecin, en se retirant, dit aux chrétiens que M. Bois était dans un danger imminent et sans espérance de guérison. Le lende­main, jour des Rameaux, le pauvre malade se trouva beaucoup plus faible et ne put ni se lever ni célébrer la sainte Messe. Ses confrères le préparèrent aussitôt aux derniers sacrements, qu’il reçut avec sa piété ordinaire, croyant assez peu d’ailleurs au danger où il se trouvait. Le même jour, vers midi, hélas ! il entra en agonie, mais gardant une entière connaissance ; à trois heures et demie, il rendit son âme à Dieu, muni de tous les secours de notre sainte religion, entouré de ses deux confrères, et de plus de cent chrétiens en prières et en larmes.

    Telle fut la fin inattendue de notre pieux missionnaire. Dès le lendemain, les chrétiens de Sou-Kia-Ouan qui sont nombreux, commencèrent à réciter les prières des morts qu’ils ont continuées durant deux jours. M. Bompas fit aussitôt acheter un petit monti­cule qui domine la localité et se trouve tout près de l’église ; c’est là que repose notre bien-aimé et regretté confrère en attendant le jour de l’éternelle résurrection.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1034
    • Pays : Chine
    • Année : 1869