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Édouard BŒHRER (1856-1919)

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    M. Édouard Bœhrer naquit à Schlestadt, en Alsace, le 4 septembre 1856. Après la guerre de 1870-71, sa famille se rendit à Paris et il entra au Séminaire des Missions-Etrangères en 1877, après avoir fait sa philosophie à Issy.

    Jovial et plein d’entrain., il gagna vite l’affection de ses condisciples. A cause de sa parfaite connaissance du plain-chant et de sa belle voix de basse, il fut nommé maître de chœur et remplit cette charge à la satisfaction générale. Pendant son séjour au Séminaire, avant son appel au sous-diaconat, il fut, avec plusieurs autres aspirants, gravement atteint de la fièvre typhoïde et ne dut son salut, après Dieu, qu’aux soins dévoués et intelligents des bons Frères de Saint-Jean de Dieu. Ordonné prêtre le 26 septembre 1880, il reçut sa destination pour le Japon Méridional qui comprenait alors les diocèses actuels de Nagasaki et d’Osaka. Avant de s’embarquer, il alla revoir sa chère et catholique Alsace et le lieu de sa naissance. Le bon curé qui l’avait baptisé, le reçut avec un empressement tout paternel, et fit de lui les plus chaleureux éloges, à la messe célébrée par le jeune missionnaire.

     

    Arrivé à Nagasaki le 15 janvier 1881, M. Bœhrer fut aussitôt nommé professeur au Séminaire pour aider M. Fraineau. Il y enseigna la rhétorique tout en apprenant la langue japonaise, et fut très goûté de ses élèves. Le voyant si jeune et d’une si bonne mine, les chrétiens pensaient que, par une faveur toute spéciale du Saint Père, il avait été ordonné prêtre longtemps avant l’âge requis. Cependant bien qu’il fut doué pour le professorat, il ne se trouvait pas, au Séminaire, dans son véritable élément. Sa grande activité ne pouvait s’y développer pleinement ; il désirait avant tout se consacrer à la vie de missionnaire.

    Après un stage de huit mois à Kobe, ses vœux furent enfin exaucés. Mgr Petitjean lui confia le grand et beau district de Iwojima, à l’entré du port de Nagasaki. Ce district est formé de plusieurs îles assez difficiles à desservir ; mais le jeune missionnaire, dans toute la force de l’âge vigoureux quoique petit, donna libre cours à son zèle ; et, aidé de catéchistes intelligents et dévoués, ramena à la foi de leurs pères deux villages de descendants d’anciens chrétiens, que la crainte d’une nouvelle persécution avait jusque-là retenus loin de nous. M. Bœhrer construisit deux églises, en répara une troisième et se fit surtout remarquer par son dévouement envers ses ouailles à l’occasion d’une épidémie de choléra qui ravegea la contrée pendant deux étés consécutifs. Oubliant la fatigue, bravant le danger avec un courage que renforçait son amour des âmes, il s’attira l’admiration et le respect des païens eux-mêmes, spécialement des officiers du gouvernement. Aussi, quand il ouvrit une souscription pour édifier l’église de Takajuna, où se trouve une mine importante de charbon, les directeurs et les ingénieurs de la mine, la plupart protestants anglais et francs-maçons, répondirent très généreusement à son appel.

    Après cinq ans d’un ministère fructueux et plein de consolations, il fut appelé à travailler dans un milieu tout différent. Jusqu’alors son zèle s’était dépensé dans la campagne, auprès des chrétiens pauvres, illettrés, mais, en dignes fils de persécutés, pleins d’une foi profonde que presque tous avaient confessée, et d’une soumission admirable à leur pasteur. Désormais M. Bœhrer évangélisera les villes et bourgades païennes, où abondent les esprits en opposition complète avec le christianisme et pleins de préjugugés contre notre sainte religion. Que d’obstacles il devra surmonter

    C’est à Oita ( l’ancienne Funai évangélisée par saint François Xavier) que notre  missionnaire fit ses premières armes, en 1887. C’était la belle période d’évangélisation au Japon. Avides de voir et d’entendre les misssionnaires étrangers, et de connaître une doctrine nouvelle, les Japonais se présentaient en foule aux conférences publiques, et nombreuses étaient les visites privées des païens désireux de s’instruire. Pour tirer le meilleur parti possible de ces bonnes dispositions, notre confrère s’empressa de perfectionner sa connais-sance du japonais ; car les auditeurs ne sont pas indulgents envers l’étranger qui ne parle pas correctement leur langue. Prononciation et  constructions défectueuses les incitent aisément à la raillerie.

    Poussé par le désir de se rendre utile aux âmes, très doué pour l’étude des langues et sachant garder une rare présence d’esprit, M. Bœhrer arriva promptement à s’exprimer d’une façon convenable. Aussitôt il parcourt les principales cités du département d’Oita, il y donne des conférences dans les théâtres, les écoles et, à défaut d’autre local, dans les hôtels. La bonne nouvelle est ainsi prêchée dans toutes les localités importantes de son immense district ; et des postes secondaires sont établis dans les sous-préfectures de Nakatsu, Takeda, Usuki, Takada. L’infatigable missionnaire visitait tour à tour ces stations et instruisait les catéchumènes. Travail si considérable qu’à un certain moment il ne put suffire à la tâche ; on lui adjoignit alors deux prêtres japonais, et quelqutes catéchistes.

     

    Ces résultats, néanmoins, ne le satisfaisaient pas complètement et il formait de vastes projets pour l’avenir, quand la maladie l’arrêta. Après avoir vainement essayé plusieurs traitements, il dut se rendre en 1890 au sanatorium de Béthanie. Puis son état ne s’améliorant pas, il partit pour la France, où les bons soins de sa famille, et l’air natal, le guérissent complètement. Il repartit aussitôt pour sa patrie adoptive, où il arriva vers la fin de 1892.

    Le district païen de Fukuoka lui ayant été assigné, il s’y rendit avec joie et très décidé à y renouveler son labeur acharné d’Oita. Mais les circonstances n’étaient plus les mêmes ; les Japonais ne se montraient plus comme  naguère avides d’entendre parler les missionnaires étrangers. M. Bœhrer se vit contraint d’attendre des ­temps meilleurs pour reprendre ses conférences. Il donna alors des soins à la partie matérielle de son poste. Grâce à quelques généreux fidèles il parvint à recueillir assez d’aumônes pour doter sa bonne ville de Fukuoka d’une belle église en briques dédiée à Notre-Dame des Victoires, et d’un presbytère solidement construit.

    Ces constructions terminées, il reprit son travail d’évangélisation. Mais malgré tout son zèle il ne put faire entrer que quelques âmes dans le bercail de l’Eglise. Combien son cœur  souffrit de cette disette, seuls le savent ses confidents intimes ! Toutefois sa tristesse, pendant ces années de sécheresse, fut tempérée par un immense abandon à la volonté de Dieu.

     

    M. Bœhrer avait une robuste constitution. Cependant le climat débilitant du Japon l’avait, à la longue, fortement anémié ; et il devait plus d’une infirmité à ses 39 ans de séjour en Mission.

    En 1919, dans les premiers jours de janvier, des douleurs aux jambes l’obligèrent à s’aliter. Sans se prononcer définitivement, les médecins conclurent à l’artériosclérose. Il lui fallut alors se borner à célébrer la messe le dimanche de loin en loin, dans son presbytère, mais il fit régulièrement tous ses exercices de piété. Enfin il supporta avec beaucoup de résignation aussi bien son infirmité que la solitude de sa chambre de malade, car ses confrères, surchargés de travail, ne pouvaient lui faire que de rares visites.

    Cet état se prolongeant, M. Bœhrer pensa que le climat du pays natal amènerait sa guérison, et, vers la fin d’août, il partit pour sa chère Alsace redevenue française. Malheureu-sement, à peine débarqué à Marseille, il eut un refroidissement ; une rechute s’en suivit et il dut se procurer des béquilles avant de partir pour Paris. Le voyage lui fut très pénible et, à son arrivée à la rue du Bac, le docteur reconnut qu’il souffrait d’une phlébite. On transporta alors le cher malade à l’hôpital Saint-Joseph. Le mal ne cessant de s’aggraver et le cœur ne fonctionnant plus normalement, M. Bœhrer demanda les derniers sacrements et les reçut avec une piété édifiante.

    Quelques jours après, M. Delmas, Supérieur du Séminaire, se rendit à son chevet et, après avoir entendu sa confession, le quitta plutôt favorablement impressionné. Mais, peu après, le malade était frappé d’hémiplégie du côté droit et désormais il lui devenait impossible de proférer une seule parole. Par écrit il demanda l’indulgence plénière et suivit avec une telle attention les belles paroles du Rituel que d’abondantes larmes sillonnèrent ses joues. La sainte Eucharistie lui fut administrée tous les jours. Enfin le 27 novembre, à 7 heures 55 du soir, le cher missionnaire rendait son âme à Dieu.

    Les obsèques eurent lieu le 1er décembre à la chapelle du Séminaire des Missions-Etrangères. M. le Supérieur, qui avait été jadis le vicaire du défunt, au Japon, officia lui-même. L’inhumation eut lieu au cimetière Montparnasse. Ainsi les restes de M. Bœhrer reposent loin de la Mission qu’il a tant aimée, mais son souvenir y restera toujours vivant.

    • Numéro : 1484
    • Pays : Japon
    • Année : 1880