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Émile BODINIER (1842-1901)

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    M. Bodinier, missionnaire au Kouy-tcheou depuis 1865 et provicaire depuis 1866, est mort à Kouy-yang, le 2 février 1901, à 9 heures du soir. En lui, disparaît un des plus anciens et des plus méritants de nos confrères.

     

    Les premières années de sa vie de mission se passèrent au petit Séminaire. Il y apprit la langue chinoise tout en enseignant le latin aux élèves jusqu’en 1869, époque à laquelle M.Lions, alors supérieur intérimaire, en l’absence de Mgr Faurie, le mit à la tête du district de Jen-houay-hien,, sur les confins du Su-tchuen. Il était à peine établi dans ce poste qu’éclata la persécution de Tsen-y-fou, et le district de Jen-houay-hien fut atteint par la tourmente. Un catéchiste ayant été saisi par les païens, M.Bodinier se dévoua pour le sauver. Arrêté à son tour et battu cruellement, le missionnaire dut être transporté à Tong-tse-hien pour guérir ses blessures.

     

    Peu de temps après, M.Niaux s’étant vu chassé de Che-tsien-fou, M.Bodinier fut chargé de traiter son affaire avec les mandarins, et réussit  à acheter, dans la ville même, une maison qu’il convertit en oratoire.

     

    En 1872, Mgr Faurie lui confia l’administration de la ville et du district de Tsen-y. C’est là que notre confrère a travaillé le plus longtemps.

     

    Le district de Tsen-y était encore sous le coup de la terreur inspirée par la persécution, et les chrétiens osaient à peine se montrer ; la maison du missionnaire et l’oratoire étaient délabrés. Notre confrère se mit à l’œuvre avec entrain. Il visita ses néophytes, les instruisit, releva leur courage et réussit même, chaque année, à enregistrer de nombreuses conversions parmi les païens. En 1873, il bâtit une grande église  qui, hélas ! lui donna bien des soucis. L’entrepreneur ayant mal exécuté ses plans, l’église était à peine terminée que déjà la charpente, le toit, le clocher et les murs menaçaient de s’effondrer. Le Père, pour éviter un malheur, dur se résigner à tout démolir. Il craignait bien que la démolition du monument ne produisit un effet désastreux sur l’esprit des païens dans cette ville si hostile, mais il n’en fut rien. Un oratoire moins vaste remplaça bientôt la grande église, et les Chinois de Tsen-y n’y firent presque pas attention.

     

    M.Bodinier, on peut le dire, était maître de la situation. Sinologue consommé, il parlait bien et à propos. Sa haute taille et sa prestance commandaient le respect. La politesse chinoise n’avait pas de secrets pour lui, et il en accomplissait tous les rites avec une aisance extraordinaire. Les mandarins locaux aimaient à entretenir des relations amicales avec le missionnaire et lui rendaient souvent visite. Les affaires litigieuses ( il y en a partout, hélas ! au grand désespoir des missionnaires) se traitaient toujours à l’amiable entre le Père et les autorités civiles.

     

    Peu à peu, le calme se rétablit à Tsen-y. Notre confrère en profita pour ouvrir un orphelinat et des écoles. Il tenait à surveiller lui-même l’instruction des élèves. C’est ainsi que se formaient les enfants des nouveaux convertis : au bout d’une année ou deux d’études, ils rentraient chez eux et enseignaient à leurs parents les prières et les pratiques de notre sainte religion.

     

    Jusqu’en 1885, M.Bodinier fut vraiment heureux au milieu de ses chrétiens  dont le nombre augmentait rapidement. Son compte rendu accusait 1400 baptisés pour la seule année 1884. Il faisait très régulièrement la visite de son vaste district ; mais il était obligé de l’interrompre de temps en temps pour venir à Tsen-y surveiller ses écoles et son orphelinat, ce qui n’était pas sans lui imposer un grand surcroît de fatigue.

     

    À cette époque (comme maintenant d’ailleurs), Tsen-y était le centre de la partie nord de la Missiion. Au delà de cette ville se trouvent les districts de Tong-tse, May-tan, Ou-tchouan, Se-lan, Jen-houay et autres encore. Or, c’est par Tsen-y, à cinq jours de marche de Kouy-yang, qu’il faut passer pour se rendre dans ses districts éloignés.

     

    M.Bodinier avait construit une résidence assez vaste pour pouvoir héberger tous les confrères de la région, qui avaient l’habitude de se reposer chez lui en venant à la capitale et en retournant dans leur poste. De plus, au moment des récoltes et aux environs du premier de l’an chinois, l’un ou l’autre venait prendre à Tsen-y quelques jours de vacances.

     

    Dès qu’un missionnaire tombait malade ou avait une affaire importante à régler,  c’est à M.Bodinier qu’il allait demander remède ou conseil.  Doyen de la plupart des confrères , il accueillait tout le monde avec empressement et était toujours prêt à rendre service. Sans en avoir le nom, il était procureur, voire même supérieur du nord. Homme d’ordre dans les affaires, si quelqu’un contractait une dette à la procure improvisée de Tsen-y, M.Bodinier ne manquait pas de lui envoyer la note à payer ; mais on a remarqué qu’il faisait bon être son débiteur : le créancier ne fut jamais dur pour ceux auxquels il avait avancé de l’argent.

     

    Qui pourra dire les services rendus, les soins prodigués, les conseils donnés, les courages relevés par ce missionnaire au cœur si large ? Si la tranquillité n’avait pas été troublée, qui sait combien de centaines ou même de milliers de chrétiens  son troupeau se serait augmenté ? Et lui, probablement, il serait encore à Tsen-y, car il ne désirait certes pas quitter ce poste. Mais Dieu a permis, dans ses impénétrables desseins, qu’une effroyable tempête vint ravager deux fois de suite la moisson qui donnait de si belles espérances. Il faudrait Jérémie pour raconter et pleurer les ruines physiques et morales amoncelées par les terribles persécutions de 1884 et 1886.

     

     

    En 1884, la populace de Tsen-y, après avoir lu les proclamations affichées à l’occasion de la prise de Fou-tcheou par l’amiral Courbet, se rua sur les établissements des catholiques. En quelques instants, tout fut pillé, saccagé ; toutefois la résidence du missionnaire resta debout.

     

    Le préfet d’alors se disait l’ami de M.Bodinier ; il aimait à lui rendre visite, et le missionnaire croyait pouvoir compter sur sa protection. Dès le 28 septembre ce mandarin, averti de ce qui se passait en ville, et prié d’arrêter les individus sans aveu qui cherchaient à soulever le peuple, répondit en conseillant à notre confrère de retourner en France . M.Bodinier lui fit observer qu’ayant un grand nombre d’enfants dans les écoles de la ville et beaucoup de chrétiens à la campagne, son devoir était de ne pas les abandonner. Le préfet ne fit absolument rien pour protéger l’église, et, quand notre confrère, traqué par une foule de bandits, se présenta à son prétoire pour lui demander asile et protection, il refusa de le recevoir, et lui reprocha de n’avoir pas encore quitté la ville. M.Bodinier se retira alors chez le sous-préfet qui lui donna asile dans son prétoire. C’est là qu’il apprit l’étendue des malheurs qui venaient de fondre sur la chrétienté.

     

    Les enfants des écoles étaient partis de côté et d’autre, et les quarante jeunes filles de l’orphelinat avaient disparu. On n’a jamais su au juste ce qu’elles étaient devenues, mais on ne le devine que trop. Tous les chrétiens étaient chassés de partout ; leurs maisons dévalisées, incendiées, démolies. Ils étaient condamnés à errer dans les bois et les montagnes, à se cacher dans les cavernes, sans vêtements, sans nourriture, et cela, au cœur de l ‘hiver.

     

    Les districts du nord furent atteints et ruinés. M.Ronat, à Tong-tse, vit sa maison pillée. Il se réfugia au prétoire, et ses chrétiens subirent le sort de ceux de Tsen-y. A Siu-yang, Mey-tan, les missionnaires et les néophytes eurent à déplorer la même infortune, il y eut même là quelques morts. Les missionnaires passèrent plusieurs mois chez les mandarins sans avoir la consolation de célébrer la sainte messe ou de sortir du prétoire.

     

    On comprend combien M.Bodiner souffrit à la vue de tels désastres ; mais il était doué d’une grande force d’âme. Comprenant que les hauts mandarins ne feraient rien pour réparer les dommages causés à la Mission et aux chrétiens, il demanda ai vicaire apostolique la permission d’aller à Shanghaï et à Pékin pour plaider lui-même une cause si juste. Il partit, mais, hélas ! pendant un an et demi, il se donna beaucoup de mal en pure perte. La raison de l’insuccès de ses démarches fut que la persécution du Kouy-tcheou était considérée comme une suite naturelle de la guerre entre la France et la Chine.

     

    Les autres missionnaires du nord ayant été conduits sous escorte à la capitale, les chrétiens de cette région se virent privés de leurs pasteurs et de toute consolation pendant dix-huit mois.

     

     

    Au commencement de 1886, M.Bodinier, n’espérant plus rien des hommes et comptant uniquement sur Dieu, quitta Pékin et reprit la direction de son district. En même temps, après de longues négociations, les autorités de Kouy-yang permettaient aux missionnaires de regagner leurs différents postes.

     

    En passant à Tong-tse, M.Bodinier trouva la résidence de M.Ronat habitée par un bonze : une hideuse idole trônait dans l’oratoire, au-dessus de l’autel où la divine Victime avait été tant de fois immolée. Transporté alors d’une sainte colère, il chassa le prêtre païen, renversa l’idole de Satan, et préposa un chrétien à la garde de la résidence. Ce coup d’audace réussit ; ni le mandarin local, ni les païens de la ville n’osèrent réclamer. Deux jours plus tard, M.Bodinier arrivait à Tsen-y, où MM.Ronat et Jouishomme l’avaient déjà précédé. Grande  fut la joie des trois missionnaires de se voir ainsi réunis après une longue séparation ; mais bientôt ils durent se séparer à nouveau. M.Ronat se rendit à Tong-tse et M.Jouishomme à Siu-yang ; eux aussi avaient des ruines à relever.

     

    Hélas ! la paix conquise, en dépit de la mauvaise volonté des mandarins, ne devait pas durer longtemps. Dès le mois d’avril, les mauvais bruits et les menaces de mort commencèrent à circuler parmi le peuple. Alors M.Bodinier, qui n’avait rien à attendre des mandarins , songea à se protéger lui-même.

     

    Il fit venir quelques chrétiens robustes et dévoués pour garder sa maison. Son intention était d’imposer aux méchants et d’inspirer du courage à ses chrétiens  effrayés. Peut-être aurait-il réussi à empêcher ses ennemis de mettre leurs sinistres projets à exécution, sans les événements du Su-tchuen.

     

    Le 1er juillet, la Mission de Tchong-kin était pillée et saccagée. La nouvelle de l’attentat se répandit comme une trainée de poudre au Kouy-tcheou, et, le 13 du même mois , les chrétientés des environs de Tsen-y étaient attaquées et plusieurs néophytes mis à mort. Le &è, un premier assaut est livré à la résidence de Tsen-y par une bande de vauriens qui sont facilement repoussés. Le 18, l’établissement est complètement cerné ; les assaillants sont devenus légion. Que peuvent quelques chrétiens contre une pareille foule ? Le préfet, qui ne veut pas assumer la responsabilité du meurtre d’un missionnaire, envoie une escouade de satellites au secours de M.Bodinier ; ils ont ordre de le conduire au prétoire, où il sera en sûreté. Ici, laissons la parole à notre confrère : « Un Père chinois et les chrétiens suivent ma chaise à pied ; ils sont tout près de moi. Quelle scène ! quel trajet ! Nous avons à peine fait dix pas que deux chrétiens sont massacrés sous mes yeux ; un troisième est tué un peu plus loin. Je m’attends à mourir avant d’arriver au prétoire. Au détour d’une rue,  une bousculade se produisit ; c’est une nouvelle attaque contre notre cortège. Un soldat de l’escorte est blessé, la lance d’un bandit pénètre dans ma chaise, m’effleure légèrement et blesse au cou un chrétien qui se tient aux brancards tout à côté de moi ; son sang coule en abondance. Enfin nous arrivons au prétoire ; le mandarin donne l’ordre de fermer et de barricader les portes. La foule, pendant quelque temps encore, profère des cris de mort ; puis l’appât di pilage la rappelle à ma résidence. En une nuit, tout est incendié ou démoli. J’entends du prétoire les hurlements de cette tourbe  ignoble mêlés au crépitement de l’incendie. Le lendemain, il ne restait rien de notre bel établissement de Tsen-y, pas même une pierre des murs d’enceinte. »

     

    Des scènes semblables eurent lieu dans les districts du nord. Le prêtre chinois Thomas Lin fut tué à Pou-lao-tchang avec trois chrétiens. Partout, maisons, écoles, églises, pharmacies, étaient brûlées et les chrétiens subissaient un nouveau pillage. M.Chaffanjon, missionnaire de Mey-tan, erra longtemps à l’aventure, dénué de tout, ignorant s’il y avait encore des missionnaires en vie, car les païens disaient que nous étions tous massacrés.

     

    Les confrères se virent une fois de plus dans la nécessité de quitter leurs chrétiens et de se réfugier à Kouy-yang. La Mission entière ressentit le contre-coup de ces terribles évènements. Pendant une période de dix années, les chrétiens furent sans cesse en butte à toutes sortes d’injustices et d’avanies de la part des païens.

     

    C’est alors que M.Bodinier, nommé provicaire, entreprit un second voyage à Pékin. Les autorités du Kouy-tcheou refusant de nous rendre justice, il fallait à tout prix que quelqu’un allât plaider notre cause devant la plus haute juridiction de l’empire. En partant, notre provicaire ne se doutait pas que son absence serait longue. Mais la malveillance, la mauvaise foi et les calomnies des mandarins de Tsen-y et de Kouy-yang retardèrent longtemps la conclusion du procès et, qui plus est, nos ennemis réussirent même à empêcher le retour de M.Bodinier au Kouy-tcheou. Mgr Deflèches, le saint évêque du Su-tchuen oriental, avait passé par les mêmes épreuves. Notre cher exilé erra donc pendant dix ans sur les côtes de la Chine résidant tantôt à Shanghaï, tantôt à Pékin, tantôt à Hong-Kong. Il serait fastidieux de raconter une à une les manœuvres déloyales auxquelles les mandarins eurent recours pour tromper leurs supérieurs de Pékin, qui d’ailleurs de demandaient eux-mêmes qu’à être trompés.

     

    Revenons au Kouy-tchéou. Les districts du nord, d’où les missionnaires étaient banis, furent visités d’abord par deux prêtre chinois. En 1890, M.Poinsot reprit vaillamment possession de district de M.Bodinier. Toutefois il dut habiter en dehors de la ville. En 1896, les Chinois humiliés par les défaites que le Japon leur avait infligées et vaincus par l’énergie de M.Gérard, ministre de France à Pékin, permirent au provicaire de rentrer à Tsen-y. Ils payèrent une indemnité à la Mission et aux chrétiens et relâchèrent quatre néophytes innocents qu’ils détenaient, depuis 1886, dans les prisons de la ville.

     

    Cette fois M.Bodinier pouvait revenir ; aussi n’attendit-il pas son rappel pour se rapprocher de Kouy-tcheou. Il était déjà au Yun-nan, lorsqu’il reçut la lettre de son évêque qui l’invitait à rentrer dans la Mission : huit jours de route seulement le séparaient de Kouy-yang. Nous étions tous réunis pour la retraite annuelle, lorsqu’il arriva. Sa belle barbe était devenue blanche ; mais sa santé était demeurée robuste. Il se remit de tout cœur aux travaux du ministère : « Je sens, nous disait-il, que j’ai là, dans ma tête, tous les sermons  et catéchismes que j’ai été empêché de faire ; il faut qu’ils en sortent. »

     

    Monseigneur le chargea d’une des paroisses de Kouy-yang, qui ne comptait pas moins de 600 chrétiens, et possédait  deux orphelinats. On voit que ce n’était pas une sinécure que le vicaire apostolique lui confiait. Le provicaire se mit à l’œuvre avec zèle. Le jeudi, sans négliger les soins que réclamait la chrétienté, il avait l’habitude de faire une excursion à la campagne ou dans les montagnes des environs, car il nous était revenu botaniste.

    En effet, pendant les loisirs de son long exil, il s’était adonné très sérieusement à l’étude des fleurs. De Hong-Kong, il avait fait au Muséum de Paris plusieurs envois qui furent très appréciés et lui valurent même une distinction. Son nom est cité avec honneur dans les revues et dictionnaires de botanique. Au Kouy-tcheou, grâce à ses patientes recherches, il réunit toutes les espèces qui constituent la flore du pays , et, à sa mort , il nous a laissé une collection complète des fleurs qu’il avait recueillies à Pékin, à Hong-Kong , à Shangaï, au Kouy-tcheou et ailleurs.

     

    Outre la botanique, M.Bodinier avait aussi étudié l’anglais, qu’il comprenait parfaitement. La connaissance de cette langue lui a rendu bien des services en dehors de la Mission et ici même à plusieurs occasions.

     

    Au mois de septembre 1899, in confrère des environs pria le cher provicaire de l’aider à faire la visite d’une station où il y avait de nombreux catéchumènes à préparer au baptême. Toujours serviable et dévoué, M.Bodinier accepta avec plaisir. Il passa dix jours dans cette chrétienté, située sur une montagne . La pluie ne cessa de tomber tant que dura la visite.

     

    L’habitation du Père était petite, froide et humide. Bientôt, M.Bodinier, qui ne se ménageait pas pour les confessions et les instructions, se sentit indisposé. La visite finie, il rentrait chez lui, lorsque, en route et à la tombée de la nuit, on l’appela auprès d’un malade. Il ne put regagner sa résidence que très tard, après avoir été trempé jusqu’aux os par une averse de pluie. Son premier fait fut de prendre quelques remèdes. Il se croyait guéri, mais il n’en était rien : la toux et la fièvre ne le quittaient presque plus. Cependant il continuait son travail habituel sans s’inquiéter des malaises fréquents auxquels il était sujet.

     

    En juillet 1900, il fut pris de vomissements accompagnés d’une forte diarrhée. Vers la fin d’août, on dut l’administrer. Le cher malade se releva cependant au mois de septembre, et put célébrer la sainte messe. Il voulut même entendre les confessions. Main, un dimanche, il s’évanouit à l’autel. Depuis le commencement de novembre, il ne quitta guère la chambre ; les vomissements et la diarrhée avaient cessé, mais il ressentait une oppression très pénible, le jour et la nuit, ne pouvant dormir que deux ou trois minutes de suite. Vers le milieu de décembre, cet oppression cessa complètement pour faire place à l’œdème qui envahit peu à peu le corps du malade et ne cessa d’augmenter jusqu’au 2 février, jour de sa mort.

     

    M.Bodinier fit preuve d’une grande patience pendant sa maladie, et sa piété édifia tous ceux qui l’approchaient. Il fit une confession générale et demanda plusieurs fois pardon aux confrères des peines qu’il avait pu leur causer. Souvent il prononçait des invocations pieuses ; son crucifix était toujours devant ses yeux, et il disait sans cesse : « Mon Dieu, tout pour vous. » Le 2 février, comme le danger paraissait imminent, on lui renouvela les derniers sacrements, qu’il reçut en pleine connaissance. A 9 heures du soir, il demanda à être replacé sur son lit. On s’empressa de l’y transporter ; il poussa un léger soupir ; et, deux minutes après, il n‘était plus. Le bon Dieu avait pris son âme et lui avait épargné les affres de l’agonie.

     

    Les funérailles eurent lieu le 6 février. Notre cher défunt repose maintenant, dans le cimetière de la Mission, à côté des Faurie, des Vielmon, des Mihières, nos illustres devanciers. Comme eux, il a travaillé longtemps au Kouy-tcheou ; mais il a, en plus , le mérite et la gloire d’avoir souffert perdécution pour la justice : « Beati qui persecutionem patiuntur justitiam »

    • Numéro : 867
    • Pays : Chine
    • Année : 1865