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Auguste BLONDEL (1873-1935)

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    M. Blondel appartenait au diocèse d’Arras qui a toujours fourni de nombreuses recrues à l’apostolat. Sans connaître des détails bien précis sur son enfance, nous savons, néanmoins, que ses premières années s’écoulèrent dans la paix et la tranquillité auprès de parents profondément chrétiens. M. Blondel aimait à rappeler comment il était habitué dès son jeune âge à tenir les comptes du magasin d’épicerie de ses parents. Aussi plus tard, lorsque, chargé du poste de Yên-Bai, il fera les commissions des Confrères de cette région, le verrons-nous apporter le même soin à ce travail, et marquer avec exactitude dans le petit carnet de chacun : dépenses et recettes.

     

    À Laventie vivait, il y a près d’un demi-siècle, un curé-doyen, M. Adam dont notre confrère gardait le meilleur souvenir et à qui, disait-il, il devait d’être prêtre et missionnaire. Ce vénéré chanoine, aidé d’un vicaire zélé, avait su grouper en un petit patronage les enfants et les jeunes gens de la paroisse ; puis, ce fut bientôt une école presbytérale qui, sous la direction de ces deux prêtres, devint pour le diocèse d’Arras une pépinière de vocations. C’est là que M. Blondel étudia les premiers éléments de latin avant d’être admis au petit séminaire d’Arras. Après avoir reçu le diaconat, il demandait son admission au Séminaire des Missions-Étrangères et y arrivait tout joyeux le 5 mai 1897. Il y fut de suite en famille, car il retrouvait là des condisciples d’Arras, et son caractère gai et enjoué lui attira vite la sympathie de tous. A la rue du Bac, il fut, comme en mission, d’une bonhomie inaltérable, actif, infatigable, toujours prêt à rendre service. Ordonné prêtre le 5 mars 1898, il recevait ce jour-là sa destination pour la Mission du Haut-Tonkin, séparée de celle de Hanoï trois ans auparavant. Elle ne comptait encore qu’une trentaine d’ouvriers apostoliques, missionnaires et prêtres indigènes ; le travail n’y manquait pas et Mgr Ramond était heureux de recevoir de Paris de nombreux auxiliaires. M. Blondel rayonnant de santé et toujours gai fut le bienvenu.

     

    Après quelques semaines passées à l’évêché, il fut envoyé à Tuyên-Quang pour y faire l’intérim d’aumônier militaire à la place de M. Pichaud que la maladie obligeait à plusieurs mois de repos. Son séjour dans cette région ne fut pas de longue durée. À cette époque, M. Duhamel, originaire lui aussi de Laventie, dirigeait le district de Vinh-Lôc à la limite des deux Missions de Hanoï et de Hunghoa. Déjà il avait baptisé de nombreux infidèles et le nombre des catéchumènes augmentait toujours.  M. Blondel lui fut adjoint pour apprendre ce qu’est le labeur apostolique et se rendre compte que l’œuvre d’évangélisation, si elle procure de grandes consolations au missionnaire, ne va pas sans beaucoup de difficultés et de déboires. A si bonne école, M. Blondel s’initiait à l’œuvre des nouveaux chrétiens et constatait peu à peu ce qu’il faut de patience, de résignation et de dévouement pour la mener à bien.

     

    Il allait bientôt être à même de mettre à profit ces leçons sur un autre champ d’action. Mgr Ramond l’envoyait à Yên Bai dans la Haute-Région comme auxiliaire de M. Méchet ;  notre confrère y travailla plus de 25 ans. Au début, tandis que M. Méchet s’occupait des chrétiens de ce centre urbain et de l’hôpital militaire, M. Blondel rayonnait aux alentours, organisant la nouvelle paroisse de Phuc-Lôc sur le bord du Fleuve Rouge et les chrétientés qui en dépendent. L’œuvre était laborieuse : ici, les néophytes récemment baptisés n’avaient guère l’esprit chrétien ; là, les vieux chrétiens groupés en villages ou dispersés dans la forêt ne pouvaient que rarement assister à la messe du dimanche. Ne les voyant qu’aux grandes fêtes ou lors de la visite bisannuelle, comment M. Blondel eût-il pu, en ces huit ou quinze jours passés dans chaque chrétienté, inculquer profondément à ses ouailles les principes de la vie chrétienne ?

     

    Un autre ministère non moins laborieux était la visite des malades. Que de mérites n’a-t-il pas acquis ! Que de courses à pied le plus souvent pour arriver à leurs demeures : ici, longeant la voie ferrée pendant cinq ou six kilomètres ; là, pataugeant dans la boue des rizières ou passant et repassant dans l’eau des arroyos ; ailleurs, se frayant tant bien que mal un chemin à travers la brousse intense ; et cela, par tous les temps et parfois à une distance de 15 à 20 kilomètres de Yên Bai. Combien de fois, surpris par la nuit en quelque village éloigné, ne fut-il pas obligé de descendre le Fleuve Rouge sur un frêle radeau de bambous ! M. Blondel ne se plaignait jamais et pourtant il revenait souvent exténué, car malgré une apparence extérieure de bonne santé, il avait lui aussi ses petites infirmités qui lui rendaient tous ces voyages par monts et par vaux très pénibles. Quand il arriva à Yên Bai, les travaux du chemin de fer battaient leur plein. D’innombrables coolies, venus en grande partie des provinces du Delta, étaient occupés ou au terrassement de la voie, ou à la construction des ponts ; nombreux furent ceux qui, après quelques semaines de séjour dans cette région toute nouvelle pour eux tombèrent malades : paludisme, dysenterie et béribéri régnèrent bientôt dans toute cette partie du Tonkin et y firent beaucoup de victimes. L’hôpital que M. Méchet venait de fonder était trop petit pour recueillir tous ces pauvres gens ; combien cependant y trouvèrent avec les soins corporels les secours spirituels et les encouragements à l’heure de la mort ; pour un grand nombre d’entre eux l’entrée à cet hôpital fut la porte du Paradis. Dans ce ministère tout de charité M. Blondel eut sa large part ; lors de ses passages à Yên Bai, il ne manquait jamais d’aller visiter ses malades. Avec M. Méchet, il cherchait tous les moyens d’améliorer leur sort et de leur procurer aide et consolation dans leurs épreuves. Tous ceux qui ont connu les débuts de l’hôpital de Yên Bai ne peuvent oublier avec quel dévouement nos deux confrères ont travaillé à cette œuvre charitable.

     

    Quelques années après, M. Méchet quittait Yên Bai et, de ce fait, M. Blondel se voyait chargé et de la chrétienté de cette ville et de tout le district. La voie ferrée entre Yên Bai et Lao-Kay étant terminée, les familles catholiques des provinces du Delta hésitèrent moins à monter vers la Haute-Région. Que de services le bon M. Blondel rendit à tous sans distinction ! À celui-ci, il facilite l’installation à proximité de terrains cultivables ; à celui-là, il procure buffles ou instruments aratoires ; à d’autres, il fait l’aumône surtout lorsque la maladie vient les éprouver et tous profitent des bonnes relations qu’il a avec les autorités pour lui confier leurs requêtes. Sa charité pour les confrères n’était pas moindre. La cure de Yên Bai est un lieu de passage pour les missionnaires et les prêtres indigènes de la région, et le titulaire du poste est un peu leur procureur. Tous pouvaient compter sur la bienveillante hospitalité de M. Blondel.

     

    Aux nouveaux groupes de chrétiens formés çà et là dans la région de Yên Bai, M. Blondel aurait voulu donner une vie chrétienne plus intense, car il se rendait compte lui-même que l’instruction religieuse de ses fidèles laissait à désirer ; il espérait que prochainement ces groupes formeraient peu à peu de belles chrétientés, mais Dieu ne lui donna pas cette consolation ici-bas.

     

    En 1928, en effet, une bien dure épreuve vint frapper  notre confrère qui se voyait menacé de perdre la vue. Sur les conseils des médecins, il rentra en France pour y consulter des spécialistes. La vue ne revint pas, et durant de longs mois il fut dans l’impossibilité presque complète de lire et même de se conduire. Dans la suite, il se produisit une certaine amélioration qui lui permit de prendre un peu de ministère à Bourg-la-Reine, quand le 12 février 1935 un télégramme nous annonçait sa mort. Les renseignements qui nous furent envoyés nous apprirent que depuis deux ou trois mois, M. Blondel était fatigué, mais rien cependant, ne laissait soupçonner pareille issue. Au début de février, il était venu faire une visite au Séminaire de Paris. Quelques jours plus tard il fut grippé et eut de fortes crises d’asthme. Le docteur ne croyait pas que  notre confrère fût en danger grave. Hélas, les crises reprirent bien vite et plus fortes. Le 11 février vers 10 heures du soir, M. Lévêque entendant du bruit dans la chambre de l’étage supérieur y monta aussitôt ; grand fut son étonnement de voir M. Blondel assez fatigué et assoupi dans son fauteuil. – Je vais mieux et respire plus facilement, se contenta-t-il de dire. Par précaution, M. Lévêque proposa au cher malade de lui donner l’absolution que celui-ci accepta aussitôt. Le lendemain matin, 12 février, il remonta prendre des nouvelles et trouva son confrère étendu sur le lit, les mains jointes sur la poitrine. C’était le repos éternel ! Il était mort vers minuit. De Bourg-la-Reine, le corps fut ramené au Séminaire de la rue du Bac pour le service religieux et fut ensuite transporté par la famille à Laventie, son pays natal.

     

    À Yên Bai, le 27 février, une foule nombreuse et recueillie se pressait dans l’église paroissiale pour assister au service solennel célébré par M. Jacques pour le repos de l’âme de son regretté prédécesseur. Européens et Annamites étaient venus nombreux rendre ce pieux devoir de reconnaissance à leur ancien curé. Dans les dernières années de sa vie, souffrances physiques et morales ont été le partage du cher défunt ; notre consolation est de penser qu’elles auront embelli sa couronne et que, du haut du Ciel, il priera pour ses confrères et pour ses chers fidèles du district de Yên Bai.

     

    • Numéro : 2343
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1898