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Michel BLIVET (1909-1982)

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    Enfance et jeunesse

     

    Michel Blivet naquit à Saint-Aignan-sur-Cher, le 18 juillet 1909. Il était le troisième d’une famille qui compta cinq enfants, quatre garçons et une fille. Son père, médecin, quitta Saint-Aignan pour aller s’établir à Ravières, dans l’Yonne. C’est là que Michel Blivet fit ses études primaires. Il en fit aussi une partie à Lyon, car il fut confirmé à l’Externat Saint-Joseph le 25 mars 1920. Son père fut victime de la « grippe espagnole » en 1918. En 1921, Michel Blivet commença ses études secondaires au collège des Jésuites de Mont-Roland (Dôle). En 1928, il échoua à la seconde partie de son baccalauréat. C’est pourquoi il redoubla sa philosophie à Lyon, au collège Sainte-Hélène, dirigé également par les Jésuites. Il réussit son baccalauréat. Il pensait alors à faire sa médecine. C’est pourquoi il fit deux années préparatoires de PCN (physique, chimie, sciences naturelles) dans les années 1929-1931, puis commença les études de médecine pendant l’année 1931-1932.

     

    A la fin de cette première année de médecine, il changea complètement de direction. Il entra chez les Montfortains, mais n’y resta que quelques mois. A son avis, il y avait dans cette maison un certain relâchement qui ne lui plaisait pas. Il désirait quelque chose de plus strict. Il entra donc chez les Carmes et fit une année de noviciat à Agen. Cette année terminée, il fit profession temporaire pour un an et fut envoyé à Monte-Carlo pour commencer ses études de philosophie scolastique. Précédemment, il avait été réformé temporairement. Mais peu de temps après son arrivée à Monte-Carlo, il fut de nouveau convoqué devant une commission médicale et reconnu bon pour le service. De ce fait, il fit un an de service militaire comme infirmier à l’Hôpital militaire de Mulhouse. C’est de là que, le 14 août 1935, il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères, car il n’était pas non plus satisfait du régime chez les Carmes. Il fut admis le 24 septembre et entra au séminaire de Bièvres le 16 octobre 1935, une fois son temps de service militaire accompli. Il était également dégagé de ses vœux d’un an chez les Carmes.

     

    Michel Blivet continua ses études à Bièvres et à Paris sans incident. Il avait trouvé ce qui lui plaisait. Ordonné prêtre le 29 juin 1939, il reçut sa destination pour Mandalay, dans la Birmanie du Nord, où se trouvait déjà son frère Pierre.

     

    Comme tout jeune « partant », il prépara son départ. Mais la déclaration de guerre en septembre 1939 vint tout bouleverser. Mobilisé comme infirmier à Remiremont, il fut fait prisonnier lors de l’avance foudroyante des Allemands. Il fut envoyé dans un camp en Prusse orientale, il y faisait très froid et le régime alimentaire était sévère. Il écrivait à sa mère qu’il était au « régime du Curé d’Ars ». Libéré dans les premiers mois de 1941, il fit du ministère en France en divers diocèses, notamment à Toulon, puis dans l’Yonne, et enfin à Voiron. C’est là qu’il apprit que son départ pour la Birmanie était possible. Il quitta la France le 23 septembre 1946 et s’embarqua à Glasgow le 4 octobre.

     

     

    En mission

     

    Dès son arrivée en mission en 1946, le P. Michel Blivet fut envoyé à la léproserie Saint-Jean près de Mandalay pour y commencer l’étude du birman. Au bout de quelques mois, il gagna le poste de Nabet où il avait plus de facilité pour y apprendre cette langue réputée difficile. Il se plut beaucoup dans ce village situé en dehors de toute grande voie de communication, car le P. Blivet aimait le calme. L’année suivante, en 1948, comme il était déjà capable de « voler de ses propres ailes », on lui confia le poste de Nyaungbintha. Là vivent des Chins, descendus des montagnes depuis de longues années, et qui sont  « birmanisés » . En plus du village central, la « mission » comporte aussi plusieurs villages environnants, peuplés également de Chins. Les catholiques, convertis depuis quelques années seulement, n’étaient pas tous de fervents catholiques. C’est à poursuivre leur formation chrétienne que s’attacha le P. Michel Blivet. Lui-même vivait une vie d’anachorète ; quand il n’avait pas à voyager pour la visite de ses différents villages, il se retirait dans la forêt pour y prier, méditer pendant des heures, puis il revenait au village pour instruire soit les enfants soit les adultes. A cette époque, le pays était loin de jouir de la paix et les difficultés ne manquaient pas dans le secteur où se trouvait le P. Blivet. Mais cette situation ne perturbait pas le P. Blivet. Homme de foi, il mettait toute sa confiance en Dieu et continuait tranquillement son travail sacerdotal. Les gens admiraient son calme.

     

    En 1964, Mgr J. U Win, archevêque de Mandalay, lui demanda de venir prendre en charge des catholiques de la léproserie Saint-Jean et du village tout proche. C’est avec grand regret qu’il quitta son poste de la forêt. A la léproserie Saint-Jean, il se mit courageusement au travail, secondé d’ailleurs pendant les deux premières années par les religieuses franciscaines de Marie qui avaient encore la charge de l’établissement. (La léproserie fut ensuite nationalisée...) Il sut très bien s’adapter à sa nouvelle fonction, se mettre à la portée des lépreux, compatir à leurs souffrances. Aussi fut-il vivement regretté lorsque la maladie l’obligea à rentrer en France où il arriva le 4 juin 1977. Mais depuis déjà environ un an il était en état de dépression qui ne faisait que s’aggraver de jour en jour.

     

     

    En France (1977-1982)

     

    Il arriva en piteux état, complètement « démoli ». Il refusait de manger, avait des idées de suicide. Il fut d’abord soigné dans plusieurs hôpitaux à Paris, sans résultat significatif. On l’envoya donc à Montbeton où il arriva le 29 août 1977. Naturellement, ce n’est pas le fait de l’envoyer à Montbeton qui le guérit comme d’un coup de baguette ! Mais il fut hospitalisé à la clinique de Fronton, une clinique spécialisée en ce genre de maladies. Là il fut pris en main par une doctoresse qui réussit à le remettre sur pied en quelques mois ; il put regagner la maison de Montbeton ; il avait à prendre des médicaments pour un traitement d’entretien ; il fallait d’ailleurs veiller à ce qu’il soit fidèle à suivre les prescriptions médicales, car il n’avait guère confiance en toutes ces médications. Si on s’aperçoit que quelque chose a l’air de  « clocher » dans son état, on téléphone à la doctoresse ; elle prescrit le médicament voulu et tout rentre dans l’ordre. On peut dire qu’il est guéri. On lui confie quelques petites occupations dans la maison. Entre 1979 et 1981, il fait divers remplacements pendant lesquels son ministère est très apprécié. Malheureusement, il néglige volontairement de prendre les médicaments d’entretien qui lui sont nécessaires et c’est la rechute. Il est soigné de nouveau à Fronton et remis à peu près sur pied ; mais on découvre alors qu’il a aussi une cirrhose du foie par manque de vitamines. Il est hospitalisé à Montauban, mais la situation se complique, car les médicaments qu’il devrait prendre et pour sa dépression et pour la cirrhose du foie sont absolument incompatibles. Malgré tout ce que l’on put faire pour lui, son état s’aggrava de jour en jour et il décéda à l’hôpital de Montauban le 28 mars 1982.

     

    Le P. Clovis Mainier, vicaire général de Mandalay, qui a bien connu le P. Blivet a bien voulu donner quelques « notes » à son sujet : « Le P. Blivet aimait venir une fois la semaine à l’évêché pour rompre la solitude de Saint-Jean. Ancien étudiant en médecine et infirmier, les Pères aimaient lui demander conseil au sujet de leur santé ; mais ses avis étaient loin d’être suivis, car il prescrivait surtout le jeûne ; il ne croyait en effet ni aux « médecines » ni aux injections... Il avait découvert cette méthode du jeûne en lisant un ouvrage du Docteur Shelton, un médecin américain. Cette méthode peut avoir du bon, mais il l’appliquait avec radicalisme. C’est peut-être à cause de cela qu’il s’affaiblit et fut obligé de rentrer en France. C’est peut-être aussi à cause de cela qu’il refusait de manger. Original, il l’était ; les confrères pouvaient le taquiner, il ne s’offusquait pas et savait répondre plaisamment : ce qui lui attirait la sympathie de tous. Il a offert sa vie pour ses anciens paroissiens ; du ciel il continuera à intercéder pour tous ceux qu’il a aimés et servis. »

     

     

    • Numéro : 3633
    • Pays : Birmanie France
    • Année : 1946