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Jean-Baptiste BLANCHETON (1869-1897)

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    Jean-Baptiste Blancheton était né à Saint-Just de Baffie, au diocèse de Clermont. Il appartenait à une famille profondément chrétienne ; un de ses oncles, son parrain, était membre de la Congrégation de la Mission. Sa mère, déjà atteinte du mal qui devait bientôt l’emporter, lui disait au moment où il se disposait à aller aux Missions-Étrangères et en s’occupant elle-même des préparatifs du départ :  Nous ne nous reverrons probablement pas en ce monde, mais qu’importe ! Va où le bon Dieu t’appelle. J’ai encore trois fils, je voudrais que tous trois te suivissent.

    Après avoir commencé ses études à Courpière, le jeune Blancheton les termina au petit séminaire de Clermont. Il fit son service militaire dans l’artillerie, où un coup de pied de cheval lui cassa la jambe. Cet accident n’entrava nullement sa vocation et à la sortie du régiment, il entra au grand séminaire de Montferrand. Un de ses condisciples a rendu de lui ce témoignage que toujours il s’était fait remarquer par une profonde humilité et une inaltérable douceur. Il se montra de même au Séminaire des Missions-Étrangères où il entra en 1892. Les lignes suivantes nous diront ce qu’il pensait de l’humilité au point de vue de l’apostolat :

    Ce ne sont pas les beaux discours qui convertissent les âmes à Jésus-Christ. Le diable se moque de tout cela. La prière et le sacrifice, dans un cœur tout rempli de Jésus et tout enflammé de son amour : voilà les armes, les seules armes capables de mettre en fuite le malin les seuls moyens infaillibles de lutter avantageusement dans la lice et de conquérir beaucoup sur le royaume de Lucifer pour étendre celui de Jésus... Comme le diable tremble à la vue d’une âme munie de pareilles armes habilement déguisées sous le manteau d’une profonde humilité ! Qu’elle est forte, cette âme ainsi parée, courant sus à Satan et à ses suppôts avec ce cri de guerre : Non, de moi-même, je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne puis rien, mais je puis tout en Celui qui me fortifie.

    Ordonné prêtre en septembre 1894, M. Blancheton partait le 21 novembre de la même année, pour la Cochinchine septentrionale, où il arriva en janvier 1895. Il fut placé près de M. Dangelzer, provicaire de la Mission, et demeura avec lui jusqu’au carême de l’année suivante.

    Je puis affirmer, écrit M. Dangelzer, que, pendant tout ce temps, il ne m’a pas causé le plus petit chagrin, pas la moindre contrariété. Dès le premier jour, il se mit à étudier la langue annamite avec une ardeur admirable, sans se laisser décourager par les difficultés. Il se servait de nos petits élèves pour mieux se former à la prononciation ; bientôt même il se chargea de faire le catéchisme aux enfants pour les préparer à la première communion, et ainsi, au bout de quelques mois seulement, il put commencer à exercer un véritable ministère.

    M. Blancheton était d’une scrupuleuse exactitude dans l’accomplissement de ses exercices de piété ; sa conduite était en tous points édifiante. Jamais on ne l’entendit discuter bruyamment ou critiquer les autres ; il écoutait plus volontiers qu’il ne parlait, se contentant de répondre quand on l’interrogeait. Il ne cherchait pas à se faire valoir par les petites industries que peut suggérer l’amour-propre ; il était toujours fidèle à ce principe de l’Imitation : ama nesciri et pro nihilo reputari.

    Comme l’humilité est la mère de la charité, jamais M. Blancheton n’a fait de peine à personne ; il profitait de toutes les occasions pour obliger ses confrères ; et les fatigues qu’il a affrontées pour ses néophytes, ont sans doute accéléré la crise qui a mis fin à ses jours. Pour moi, en particulier, il m’a aidé de tout son cœur dès le commencement, et de si bonne grâce, que je n’ai jamais été gêné quand il s’agissait de lui demander un service.

    Pour pratiquer ainsi l’humilité et l’amour du prochain, ce cher M. Blancheton devait avoir un grand amour du bon Dieu. Ces brûlantes aspirations tracées de sa main nous le disent éloquemment : « Quelle chose admirable que la charité ! C’est la source et le principe de tout ce qu’il y a de bon et de beau. La charité : mais c’est Dieu lui-même : Deus chantas est ! La charité, n’est-ce pas le commencement et la fin de tout ?  Oh ! comme on doit être heureux au ciel de contempler les mystères, les merveilles insondables de la charité divine !... Et dire qu’on cherche tous les jours à la bannir de ce monde ! qu’ils sont coupables, les fauteurs de désordre qui pèchent contre la charité et le Saint-Esprit !... Mon Dieu, préservez-nous d’un si grand malheur ; embrasez-nous tous les jours davantage de votre saint amour ; consumez-nous tout entiers dans les flammes de votre charité ; tirez-nous de la terre au ciel, tirez-nous à vous, ô Dieu d’amour. Que si nous sommes trop indignes de vous voir et de vous aimer éternellement au ciel, faites, oh ! faites que du moins nous vous aimions sur la terre, ô Charité infinie, source de tous les biens !

    Lorsque les circonstances m’obligèrent de me séparer de lui et de lui confier une chrétienté voisine, M. Blancheton se montra de suite très capable de diriger les anciens chrétiens. Dans l’espace de quelques mois, il eut la satisfaction de baptiser plus de 150 catéchumènes, et de former plusieurs nouvelles stations qui continuent à prospérer sous son successeur.

    Vers la fin de l’année 1896, Mgr le Vicaire apostolique l’appela à Hué pour gérer la procure de la Mission. Notre-Seigneur, écrivait-il à cette occasion, m’envoie une croix que mon peu de foi me fait trouver assez lourde. Qu’il en soit encore béni ! Tout ce qu’il fait pour nous est bien fait ; nous n’avons qu’à nous y soumettre.  M. Blancheton justifia, dans sa nouvelle situation, le choix et la confiance de Sa Grandeur ; il mérita, en outre, la reconnaissance de tous ses confrères par les bons procédés dont il usait à leur égard. Mais bientôt Dieu le trouva mûr pour la récompense.

    M. Blancheton, écrit un autre confrère, descendit à Thuan-an dans l’octave de l’Assomption. Il était bien fatigué. Quand le médecin, chef de l’ambulance, vint le visiter, il reconnut le malade atteint de phtisie galopante et nous prédit une fin prochaine.

    Bientôt le Père demanda à retourner à Hué ; le docteur, consulté, s’y opposa formellement ; il prévoyait, nous dit-il, une abondante hémorragie au déclin de l’accès de fièvre qui agitait notre confrère. Et, en effet, le jour même où le docteur parla ainsi, vers les sept heures du soir, quand la fièvre tomba, le malade nous appela en toute hâte :  Vite, disait-il, administrez-moi le sacrement d’extrême-onction, car la crise annoncée par le docteur va se produire.  À peine avait-il prononcé ces paroles, que le sang jaillissait de sa bouche à gros bouillons. J’attendis que l’hémorragie eût cessé ; c’est en pleine connaissance que le malade fut administré ; il répondait lui-même aux prières.

    Depuis ce jour jusqu’à la fin, ce fut une suite presque ininterrompue d’hémorragies et de syncopes. Il s’est endormi bien paisiblement et a rendu sa belle âme à Dieu, le 15 septembre, octave de la Nativité de la Très Sainte Vierge, assisté de trois de ses confrères.

    M. Blancheton ne se croyait pas phtisique, mais attribuait toutes ses souffrances à la fièvre. Cependant, il s’attendait à une fin prochaine et s’y était préparé. Il salua ainsi M. Mendiboure à son arrivée de France :  Vous venez me remplacer en Cochinchine septentrionale ; je vous souhaite d’y faire un plus long séjour que moi.

    Sa mort a été pour nous un véritable sujet d’édification. Jamais une plainte n’est sortie de sa bouche, sinon pour exprimer son regret de ne pouvoir vaquer à ses exercices spirituels. Une heure avant de mourir, il dit à M. Darbon qui lui présentait un breuvage:  Je n’ai plus la force de remercier Dieu, faites-le pour moi.

    Dans les derniers jours de sa maladie, le docteur ne sachant plus quel remède lui donner, voulait au moins calmer ses douleurs au moyen de la morphine. M. Blancheton refusa, disant que la morphine était un remède inventé par le diable, et qu’il désirait endurer en pleine connaissance toutes les souffrances que le bon Dieu voudrait lui envoyer.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2138
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1894